Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamad Al-Sayed Saïd,  Qui peut sauver le Liban d’une guerre civile ?
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 Semaine du 6 au 13 décembre 2006, numéro 639

 

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Opinion

Qui peut sauver le Liban d’une guerre civile ?

Mohamad Al-Sayed Saïd

Politologue

Alors qu’une guerre civile acharnée est sur le point de se déclencher en Iraq, le Liban est lui aussi au bord du précipice. De nombreux facteurs poussent ce pays vers cette situation d’affrontement entre communautés. Certains sont nouveaux alors que d’autres sont plus anciens et sont dernièrement réapparus. Le Liban vit une division confessionnelle. D’ailleurs, les hommes politiques appellent l’équilibre confessionnel au Liban « un équilibre de la catastrophe », c’est-à-dire que tout changement important mènerait à de graves explosions. Les ingérences américaines et européennes ont toujours été un facteur d’ébranlement de cet équilibre libanais. De plus, la faiblesse des Arabes, leurs divergences politiques et leur interaction compliquée avec les politiques internationales ont facilité les choses à tous ceux qui ont voulu exploiter le Liban pour des projets et des stratégies politiques ayant pour objectif de déstabiliser la région.

De nombreux facteurs attisent actuellement le feu des conflits confessionnels. Le plus important est certainement la tentative de réaliser les objectifs politiques qui n’ont pu être accomplis lors de la guerre israélo-américaine contre le Hezbollah au Liban en juillet dernier. Saper le pouvoir politique du Hezbollah et le désarmer par la force représentent l’un des principaux objectifs des politiques américaine et israélienne. Liquider politiquement et militairement le Hezbollah réalisera l’un des objectifs de la politique américaine et israélienne. Ce, dans le cas d’un scénario militaire qui viserait à mettre un terme au dossier nucléaire iranien et à liquider le camp radical dans tout le monde islamique.

De plus, le destin du Liban et notamment du Hezbollah relève d’une importance capitale pour le destin de la Palestine. En effet, l’encerclement du mouvement islamique dans les territoires occupés et le renversement du Hamas nécessitent l’anéantissement du Hezbollah, que ce soit en sa qualité de modèle réussi de la résistance contre Israël ou de force de soutien pour le Hamas. Sans oublier que ces deux mouvements sont les deux principaux alliés de la Syrie et de l’Iran dans la région.

Le deuxième facteur qui n’en est pas moins important est la tentative de la Syrie de rétablir son pouvoir au Liban après l’avoir perdu à la suite du retrait de ses forces en application de la résolution 1 595. C’est l’une des plus importantes cartes pour Damas, que ce soit pour jouer un plus grand rôle régional ou pour se défendre face aux pressions américaines visant à renverser son régime. Il est clair que la Syrie estime que le moment est devenu propice pour rétablir une partie de son pouvoir au Liban. En effet, elle estime que le Hezbollah a réalisé une victoire militaire qu’il est indispensable d’exploiter et que l’hégémonie de la majorité parlementaire au Liban est devenue insupportable étant donné le tribunal international sur l’affaire de l’assassinat de Hariri et également la reprise de relations quasi déclarée entre certaines forces de la majorité libanaise d’une part, et Israël d’autre part.

Le principal indice de la proximité de la guerre civile est que les différentes parties de la politique libanaise, le Hezbollah, les forces nationales, les forces islamistes et la coalition du 14 mars, adoptent des initiatives agressives les unes contre les autres. En effet, au nom de la souveraineté du Liban, la coalition du 14 mars revendique sérieusement le désarmement du Hezbollah. Quant à ce dernier, il veut couper court à toute politique ou position visant son désarmement, il veut priver les Etats-Unis et Israël d’utiliser le Liban pour encercler l’Iran et la Syrie et veut aussi traduire sa victoire militaire au cours de la dernière guerre en un pouvoir politique surtout qu’il a présenté de grands sacrifices. De plus, le Hezbollah veut évidemment rétablir une partie de son poids et de sa représentation politique dans les organismes d’Etat perdus suite aux dernières élections et aussi après le retrait des forces syriennes.

La guerre civile semble davantage probable si les deux principaux adversaires visent à réaliser des objectifs supplémentaires à travers des stratégies agressives.

Cependant, la guerre civile au Liban peut être évitée contrairement au cas iraqien. Alors que les grands blocs politiques entrent dans de larges affrontements, le citoyen libanais veut s’en écarter au maximum. Les blocs politiques s’empressent d’obtenir des armes et de s’entraîner, mais les souvenirs amers de la guerre civile qui s’est prolongée de 1976 à 1990 ne peuvent être ignorés. De plus, toutes les parties de la scène politique souffrent de faiblesse. En effet, le Hezbollah est sorti affaibli de la dernière guerre et les habitants du Sud-Liban et du sud de Beyrouth souffrent de conditions déplorables qu’il n’est pas possible d’aggraver par une guerre civile. Quant aux organisations chrétiennes, elles se sont fortement épuisées en conséquence de leur défaite lors de la guerre civile ainsi que durant la période du fort pouvoir de la Syrie et du Hezbollah.

De plus, les forces chrétiennes sont divisées entre elles. Quant au secteur sunnite qui se range sous l’emblème de ce qu’on appelle le courant de l’avenir et la majorité parlementaire, il n’a jamais représenté une grande force militaire sur la scène libanaise et il peut tout perdre s’il entre dans une guerre civile. Par ailleurs, la coalition du 14 mars ne peut risquer d’entrer dans une guerre civile de peur de sortir perdante à cause de sa faiblesse militaire.

Plusieurs raisons poussent aussi les parties étrangères à éviter la guerre civile. Les Etats-Unis et Israël craignent de s’enliser dans un tel conflit d’autant plus que Washington fait face à une véritable catastrophe en Iraq. Ces deux forces craignent la défaite de leurs alliés dans la guerre civile. Ce qui est tout à fait probable. Le fait qui ramènera la Syrie au Liban ou qui obligera même les Etats-Unis à demander son intervention comme ce fut le cas en 1976. Quant à la Syrie, elle craint moins la guerre civile libanaise. Cependant, elle ne la préfère pas pour des raisons similaires. Si elle perd la guerre ou si elle favorise les conditions de l’ingérence internationale, elle se trouvera dans des conditions plus difficiles car elle deviendra complètement encerclée par des forces extérieures et régionales hostiles et sans alliés sur la scène politique libanaise.

Avec toutes ces considérations, nous devons nous souvenir que les guerres civiles n’éclatent pas pour des causes raisonnables, mais généralement pour des causes que refusent la raison et la logique. L’environnement psychique et politique au Liban se détériore maintenant d’une manière qui peut devenir incontrôlable. Ce qui signifie qu’il sera difficile d’éviter la guerre civile au Liban si l’Egypte, l’Arabie saoudite et les autres parties du régime arabe n’interviennent pas pour trouver une résolution pacifique rapide sur le conflit au Liban.

Les Libanais considèrent l’Egypte comme l’unique force équilibrée car elle n’est ni l’allié, ni le parrain d’aucune des parties du conflit.

Cependant, les Libanais déplorent l’absence du rôle égyptien, et nombreux estiment même qu’il ne sera pas efficace après 30 ans d’absence sur la scène politique libanaise. Notre mission est donc de leur prouver que l’Egypte est le seul pays arabe capable de sauver le Liban et de retracer la réalité régionale .

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