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Polémique . L’affaire de Aména Abdel-Wadoud, qui s’est faite imam aux Etats-Unis, a provoqué un débat enflammé en Egypte. Echos.

Lorsque la femme monte au minbar

Aména Abdel-Wadoud a scandalisé les musulmans du monde entier. Ce professeur d’études islamiques à l’Université de Virginie a présidé la prière du vendredi le 18 mars dernier à New York. Aucune mosquée n’avait souhaité accueillir cette première femme imam. Seule une cathédrale new yorkaise mit une salle à la disposition de cette féministe âgée de 30 ans. Elle prononça son prêche devant une assistance composée d’hommes et femmes mélangés. Certaines fidèles priaient sans voile.

Evidemment, cet événement sans précédent suscita une polémique dans tout le monde musulman. D’autant plus qu’une autre femme imita Aména. Naïma Gouhaï, une Italienne d’origine marocaine, dirigea une prière dans la province de Sienne, en Italie.

Autorités religieuses de l’islam et opinions publiques ont condamné les initiatives des deux femmes. Le débat a bien sûr aussi eu lieu en Egypte : une femme peut-elle présider la prière ? Au début de l’affaire, le mufti Ali Gomaa a affirmé qu’une imam ne pourrait pas exercer en Egypte. En revanche, selon lui, ce serait possible dans d’autres pays d’Europe et d’Amérique du nord. Là où la société est prête à accepter un tel phénomène.

Pour ce qui est de la tradition, les grands oulémas en islam sont contre la présidence de la femme pour la prière. Tandis que d’autres, comme Al-Tabari (838-923) et Ibn Al-Arabi (1165-1241) y étaient favorables.

C’est sur la base des opinions de ceux-ci qu’un responsable au ministère des Waqfs dans un programme télévisé s’est déclaré favorable à l’idée : « Le prophète a demandé une fois à Oum Waraqa, une femme qui connaissait bien le Coran, de servir d’imam pour sa famille », a-t-il affirmé. Déclaration malvenue. Une semaine après, deux communiqués étaient publiés par Dar al-iftaa et le ministère des Waqfs. Les textes condamnaient l’affaire et réfutaient ces affirmations. « La femme imam n’est pas chose permise par la charia. Les avis exprimés sont des opinions personnelles et n’ont aucune relation avec la position du ministère », indique le communiqué.

Le cheikh d’Al-Azhar, Mohamad Tantawi, en rajoute. Il exprime à son tour sa désapprobation en martelant que l’imam ne peut être qu’un homme. « La femme imam fera la prière devant les hommes. Ceux-ci vont être distraits en la voyant. La spiritualité de ce moment de communion avec Dieu disparaîtra », affirme la haute autorité sunnite.

La Dr Soad Saleh, doyenne de la faculté d’études islamiques pour filles, milite pour que la femme ait davantage accès aux postes religieux. Mais elle est contre l’imam femme. « La femme peut être imam seulement pour les femmes et les enfants et c’était le cas d’Oum Waraqa ». Depuis le temps du prophète et jusqu’à maintenant, pas une seule femme n’a présidé la prière dans une mosquée. La fille du prophète, Al-Sayeda Aïcha, était une femme érudite. Elle connaissait les préceptes de l’islam mieux que les savants de l’époque. Cependant, le prophète ne lui a jamais demandé de présider la prière pour des hommes. Ce sont les arguments du camp du NON.

L’affaire est donc entendue. Et un large consensus s’est formé pour condamner celles qui avaient osé monter aux minbars. Hommes et femmes cadres des autorités religieuses ont rangé idées contradictoires et adopté une position commune.

Mais l’affaire rebondit et prend une autre dimension. Colin Powell, l’ex-secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, avait affirmé que les Etats-Unis « vont libérer la femme. Elle pourra monter au minbar dire le discours du vendredi et devenir l’imam devant des hommes ». Ces propos sont considérés par certains comme la preuve d’une volonté américaine de s’ingérer dans la religion musulmane. « Le fait que la femme n’ait pas accès au minbar ou à l’imamat ne diminue en rien son statut. Pourquoi l’Occident se voit-il comme le seul garant de l’égalité des sexes ? », interroge Soad Saleh. Et d’ajouter : « Il n’y a pas de femme pape ou rabbin ».

Abdallah Al-Samawi, du comité de fatwa d’Al-Azhar, pense, lui, que Aména Abdel-Wadoud n’appartient pas à l’islam : « Elle est soutenue par les Américains qui veulent ranimer des conflits pour affaiblir les pays arabes et islamiques ».

Cependant, un autre son de cloche se fait entendre. Certaines féministes regrettent que les médias n’aient relayé qu’un seul point de vue, celui des religieux.

« Du point de vue juridique, hommes et femmes peuvent exercer toutes les professions », souligne Fardos Al-Bahnassi, féministe. Elle s’étonne pourquoi cette affaire a eu tant d’écho en Egypte, alors qu’il y a des choses beaucoup plus importantes, comme la situation économique. « Cette affaire a été beaucoup médiatisée. D’autres, comme la réforme de la loi sur l’adultère, n’ont pas eu la couverture qu’elles méritaient », conclut-elle.

Sabah Sabet
Guillaume Tallon

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