Semaine du 17 au 23 avril 2013 - Numéro 970
La chute des symboles

Amira Samir, Le Caire.

Sectarisme . Comme tant d’autres, une de nos lectrices dénonce la connivence de la police lors des violences qui ont éclaté la semaine dernière à la Cathédrale Saint-Marc au Caire. 

 

Etant égyptienne, je refuse ce qui s’est passé à la Cathédrale copte orthodoxe de Abbassiya au Caire après les funérailles de 4 jeunes tués à Khoussous. Il est inacceptable de laisser passer ce drame sans sanction sévère des coupables. Car il s’agit de l’attaque d’un symbole religieux, national et humain. La Cathédrale n’est pas seulement le siège du pape des chrétiens coptes orthodoxes, mais c’est un lieu sacré pour tous les chrétiens du monde. Il ne faut pas oublier qu’à l’ère du président Abdel-Nasser, l’Etat a contribué à la construction de la Cathédrale, pendant le règne du pape Kirollos VI. Et voilà que quelques décennies après, le même Etat est en train d’humilier ce symbole en l’attaquant avec violence, visant les personnes et les familles en deuil qui venaient de sortir de la Cathédrale.

La connivence des baltaguis (hommes de main) avec le ministère de l’Intérieur est provocatrice. Tout le monde a bien vu que les baltaguis étaient protégés par la police. Ils se sont servis des blindés pour monter sur les hauts murs de la Cathédrale. Sans compter que le ministère de l’Intérieur a déclaré que les coptes avaient commencé les affrontements. Je suis désolée de dire qu’avec tout ce qui se passe ces jours-ci, sous le gouvernement des Frères musulmans, ce pays n’est plus le nôtre.


En marche arrière

Karam Hashem, Alexandrie.

Savez-vous que l’Egypte est le seul pays où un criminel peut être filmé et ses photos et ses vidéos publiées sur Internet sans qu’il soit poursuivi par la justice ?

Savez-vous qu’en Egypte un criminel vit en sécurité, plus que les citoyens pacifiques ? Savez-vous qu’en Egypte c’est le ministère de l’Intérieur qui protège les criminels au lieu de les poursuivre ?

Oui, tout cela se passe en Egypte.

Et c’est tout à fait logique dans un pays où tout est inversé. Tout le monde se donne le droit de faire n’importe quoi, n’importe quand et n’importe où. C’est tout à fait normal de voir une personne qui insulte et qui se bagarre dans la rue sans aucune raison. Il est tout à fait normal de voir des jeunes qui harcèlent des filles en pleine journée et devant tout le monde sans aucune tierce intervention. Et c’est aussi normal en Egypte que des accidents aient lieu tout près des postes de police sans aucune intervention de sa part. Dans mon pays, le ministère de l’Intérieur n’interpelle que les victimes, jusqu’à preuve du contraire.

Dans mon pays, les voleurs sont au sommet de l’Etat. Les meurtriers sont ceux qui parlent de paix. Les extrémistes sont ceux qui accusent l’opposition d’avoir recours à la violence pour déstabiliser le pays.

En résumé, mon pays avance. Mais en marche arrière.


Le progrès de notre pays

Ossama Badawi, Nouveau Caire.

Nous devons tous nous unir pour construire notre pays qui doit se remettre. Il est inconcevable de voir certaines forces politiques s’imposer sur la scène sans avoir eu de véritable rôle dans la révolution du 25 janvier. Il faut se rassembler sous la bannière du drapeau égyptien pour aller tous vers la construction et l’intérêt du pays.

Il faut savoir que les conflits internes comme externes doivent être notre priorité.

Le gouvernement dirigé par Hicham Qandil a beaucoup de pain sur la planche : l’économie, les protestations sociales, l’insécurité, les coupures d’électricité et le manque d’eau. Nous devons élire un nouveau Parlement, selon les règles de la légitimité constitutionnelle. Il faut penser aussi aux problèmes de l’enseignement et de la santé, stimuler l’investissement et la mise en place de règles solides pour réaliser ces objectifs.

Les hommes d’affaires et les investisseurs égyptiens doivent contribuer à la mise en place de nouveaux projets et à la création d’emplois. Et je pense que l’exploitation des technologies de l’information est un domaine qui permettra de résoudre le chômage des jeunes. Nous sommes confrontés à des défis importants et il est urgent de s’unir pour notre pays.


L’absurdité va bon train

Magda Youssef, Le Caire.

Dans le journal Al-Shorouk, le ministre de l’Approvisionnement des Frères, Bassem Ouda, a déclaré que le ministère a pu réaliser un vrai progrès senti par la plupart du peuple égyptien. Il a aussi déclaré qu’il y a un vrai accomplissement, documenté par des chiffres positifs qui démontrent cela.

Personnellement, lorsque je trouve de telles déclarations dans les journaux, je cherche à les lire. Croyez-moi, c’est un moyen de divertissement gratuit qui vous garantira quelques minutes de gros éclats de rire. Ensuite, vous réaliserez à quel point on est plongé dans l’absurdité.

Les responsables et les ministres de ce pays durant beaucoup d’années et depuis longtemps ont été complètement séparés des réalités de la vie.

Et comme son président, ce ministre s’est mis à parler des achèvements pendant que le peuple ne trouve rien à manger.

Les vrais achèvements qu’on doit mentionner c’est la suppression des subventions à beaucoup de produits essentiels, tels le riz, le sucre et d’autres.

Le manque d’essence est aussi une sorte d’achèvement qu’on ne peut pas nier. Telles sont les récoltes de ladite « Nahda » (renaissance) de Morsi.

Je pense que ces personnes ne réaliseront l’effet de leurs mensonges qu’après avoir fait chuter le pays.

Même si on arrive encore à résister à ces bêtises, un jour le peuple ne pourra plus résister aux actes de vandalisme pour obtenir son dû.


La saison de l’innocence

Raghda Asham, le Caire

 

Qui n’a pas encore été innocenté par la justice ? Vous peut-être ? Et vous monsieur, qui êtes au fond ? Tout le monde est-il innocent … ou pas encore ? C’est par ces commentaires que sur Facebook les internautes ont réagi après avoir appris que la Cour d’appel du Caire avait décidé d’innocenter l’ancien premier ministre et ancien candidat à la présidence, Ahmad Chafiq.

Celui-ci avait été poursuivi pour corruption liée aux deux fils de l’ancien président, Hosni Moubarak.

Loin du fait qu’il soit vraiment innocent dans cette affaire ou pas, chaque jour je me demande : puisqu’il est avéré finalement que tous les hommes de l’ancien régime sont innocents et qu’ils n’ont pas abusé de leurs postes, qui sont donc ceux qui ont fait plonger le pays dans la corruption, la pauvreté et l’ignorance ?

L’Egypte a toujours été un pays riche en ressources humaines et naturelles. Mais au fil des années, elle a tout perdu pour devenir un pays misérable. Il n’y a plus de classe moyenne, le fossé entre riches et pauvres augmente de plus en plus. Et en regardant le visage des gens dans la rue, on peut tout de suite constater que personne n’est satisfait de ce qui se passe.

Tous ces verdicts d’innocence ne sont que la conséquence d’un contrat entre l’ancien et le nouveau régime, tous les deux corrompus. La seule victime est le peuple égyptien qui continue à souffrir et qui en a assez. Je vous assure, chers lecteurs, que si les choses continuent de cette façon, une deuxième révolution ne sera pas très loin.