Semaine du 19 au 25 décembre 2012 - Numéro 953
Qu’est-ce qu’un pays ?

Rim Abdallah, Port-Saïd.

 

crise politique . Plusieurs de nos lecteurs s’interrogent sur les temps difficiles que traverse l’Egypte en ce moment et l’union à laquelle nous devons tous appartenir.
 
En suivant les nouvelles du pays sur les différentes chaînes télévisées, à la radio et dans les journaux, je me suis posé cette question : pour moi, qu’est-ce qu’un pays ? Et j’ai trouvé les réponses suivantes. Un pays est une terre à laquelle on se sent attaché. C’est la terre des ancêtres, c’est là où se trouvent la famille, les racines. Un pays c’est une patrie, c’est le lieu où nous sommes nés. Un pays c’est là où vivent tous ceux qu’on aime, c’est là aussi où on veut vivre, passer sa vie et mourir. Un pays c’est là où on apprend à être un citoyen qui a des droits et des devoirs. C’est là où on apprend à être respecté et à respecter les autres. C’est là aussi où on apprend que tous les gens sont égaux devant la loi. Un pays c’est là où vivent beaucoup de gens qui portent une même nationalité, qui sont complètement différents les uns des autres, mais qui arrivent à vivre ensemble et à bien s’entendre. C’est là où on se sent en sécurité et en paix. C’est là où on veut établir une famille, avoir des enfants et c’est là où on veut les éduquer. Malheureusement, avec les événements récents, beaucoup d’Egyptiens ont commencé à sentir que l’Egypte n’est plus leur pays. Je parle surtout des jeunes qui n’ont pas vécu la souffrance de l’occupation, les douleurs de la guerre et la joie de la liberté. Croyez-moi, aucun pays ne peut remplacer le vôtre. Même si vous pouvez émigrer et vivre loin, vous ressentirez toujours qu’une chose vous manque, une certaine chaleur que vous ne trouverez pas ailleurs. C’est ce qui fait de notre pays un lieu très distinct. Au lieu de penser à émigrer et à construire une nouvelle vie ailleurs, ayez la patience de reconstruire votre pays. Croyez-moi, c’est maintenant qu’il a besoin de vous.
 

Pourquoi cette division ?

Youssef Fathi, Le Caire

 

Permettez-moi chers lecteurs d’Al-Ahram Hebdo de poser la question éternelle : pourquoi cette division dans le pays ? Et à qui profite cette division ? Des manifestations ici et là, pour et contre Morsi ou la Constitution. Des opposants à Mohamad Morsi devant le palais présidentiel après avoir franchi un barrage gardé par l’armée, à quelques kilomètres d’une manifestation de partisans du chef de l’Etat islamiste. 

Comment croire qu’après s’être débarrassé d’une dictature laïque, on assiste à ce qui est pire encore : une dictature islamiste. Un grand bravo à tous ces manifestants qui ont réussi à franchir un barrage de blocs de béton et de barres de métal, installé pour protéger le palais présidentiel. Malheur à l’autre camp, qui se dit islamiste, alors qu’il n’a rien à voir avec l’islam. Ce camp qui ne cherche qu’à enfoncer le pays dans plus de catastrophes. Pourquoi tous ces affrontements, ces accrochages, ces morts et ces blessés ? La crise qui traîne en longueur ne fait qu’aggraver l’incertitude qui pèse sur notre pays, l’Egypte. Et l’Egypte, qui est un grand pays, ne mérite pas cela de nous.

 


J'accuse Morsi

Mona Adel, Alexandrie

 

Quand Mohamad Morsi sera mentionné dans l’histoire moderne de l’Egypte, on se rappellera qu’il a été le président qui a divisé le pays. Oui, j’accuse Morsi d’avoir déchiré notre pays en des groupes en conflit, et cela alors que le pays a besoin de tous ses enfants unis et en accord. C’est à cause de lui que les Egyptiens ont été classifiés en libéraux, islamistes, feloul, salafistes, Frères musulmans et autres. Et au milieu de tout cela, nous avons oublié que nous étions avant tout tous des Egyptiens. Malheureusement, c’est ce qui rend le pays maintenant faible. C’est à cause de nos divisions qu’on n’arrive pas à faire sortir le pays des conflits qui le frappent.
 

A quand des jours meilleurs ?

Nadia Youssef, Le Caire.

 

Comme beaucoup d’Egyptiens, je suis très inquiète de cette soi-disant loi sur la hausse des prix des produits de première nécessité. Déjà avant cette loi, les Egyptiens souffraient de leurs dépenses quotidiennes qui étaient sans cesse en hausse. Maintenant, la situation va de mal en pis, même si la décision a pour l’instant été remise. Comment vivre ainsi avec de telles tensions économiques et politiques ? Comme si cela ne suffisait pas. La politique nous étrangle, la crise persiste, des Egyptiens meurent, d’autres sont blessés par dizaines, et la liste risque d’être bien longue. Où allons-nous ? Où va le pays ? Pouvons-nous encore espérer des jours meilleurs ?
 

Au peuple de dire son mot

Abdallah Al-Mohab, Le Caire.

 

Depuis des mois, l’opposition, largement soutenue par une grande partie des médias, tonne et trépigne contre l’assemblée constituante, parce que les « islamistes » y sont majoritaires et imposent « leur » Constitution. Bien que n’ayant aucune sympathie pour les Frères musulmans et encore moins pour les salafistes, je trouve cette accusation inexacte et fallacieuse. Inexacte parce que, pour prendre ce simple exemple, on ne trouve pas dans le texte qui est soumis au vote des Egyptiens l’affirmation que la charia primera sur toutes les lois, ce qui est pourtant la première revendication des « islamistes ». Fallacieuse, car qui peut croire  sérieusement que, si les résultats des élections dans les deux Chambres avaient été inverses, les « libéraux », y obtenant la majorité, n’auraient pas fait exactement la même chose, c’est-àdire s’attribuer la majorité des sièges à la constituante et imposer « leur » Constitution ? En tout état de cause, c’est au peuple de dire si cette Constitution lui convient ou non ...
 

Le pays des contradictions

Mohamad Hassan, Le Caire.

 

Il n’y a qu’en Egypte qu’on trouve tout et son contraire. En Egypte, pays des contradictions, les gens disent des choses et en font une autre. Par exemple, une même personne peut critiquer le fait de trouver des ordures dans la rue, juste après s’être débarrassé des siennes en les jetant devant la porte d’un immeuble voisin déserté. C’est en Egypte qu’on peut trouver un barbu qui empêche les gens d’agir librement, pendant qu’il se donne le droit de faire tout ce qu’il veut, tant qu’il le fait en cachette. C’est en Egypte qu’on peut trouver un homme de religion qu’on appelle « cheikh », qui parle de la tolérance et comment on doit être tolérants comme les prophètes et les saints, et en même temps, n’épargne aucun effort à insulter tous ceux qui le contrarient. C’est en Egypte seulement qu’il y a des gens qui manifestent contre les manifestations de l’opposition. C’est en Egypte qu’on peut trouver des gens qui répètent sans cesse qu’ils respectent les juges et le droit de leur pays, et en même temps, ils envoient des baltaguis pour interdire aux juges l’accès à la Haute Cour constitutionnelle. Et c’est toujours en Egypte qu’on peut trouver un président qui prend une décision le soir, sans l’étudier ni connaître ses conséquences, et l’annule à 2h15 le matin, parce qu’il a soudainement réalisé que ce n’était pas le bon moment pour l’appliquer. C’est ce qu’est devenue notre Egypte, un pays de contradictions.