Semaine du 31 octobre au 6 novembre 2012 - Numéro 946
Un gaspillage inutile

Soheir Mohamed, Le Caire.

 

Exploit .Une de nos lectrices commente l’initiative du parachutiste autrichien, Félix Baumgartner, qui a fait un saut de 38 km à partir de l’espace. Initiative parrainée par une compagnie

de boissons énergisantes.

 

L’incroyable saut de Félix Baumgartner a fasciné le monde.

Personnellement, j’étais bouche bée devant la télévision en regardant Baumgartner sauter d’une hauteur de 38 km.

Cet Autrichien est le premier homme à franchir le mur du son en chute libre. C’est certainement un exploit extraordinaire. Mais ce qui a surtout retenu mon attention c’est que ce saut de Baumgartner faisait partie d’une campagne de publicité parrainée par la compagnie américaine Red Bull, grand fabriquant de boissons énergisantes. Cette compagnie a dépensé plus de 50 millions de dollars pour réaliser ce saut.

Je me suis alors demandée quel était l’intérêt de mettre autant d’argent dans une initiative comme celle-ci. Cet argent a été au bout du compte gaspillé par un sponsor, et le saut de Baumgartner ne servira même pas à faire avancer la recherche médicale.

C’était un simple show. Il aurait été préférable que cet argent soit utilisé pour faire avancer la recherche scientifique ou dans le domaine de la santé.


Protégeons nos filles

Mona Tawefiq, Alexandrie.

 

Chaque année, le même scénario se répète pendant les fêtes. Les jeunes filles se font harceler un peu partout en Egypte. Peu importe ce qu’elles portent. Ni l’abaya, ni le niqab n’arrêtent ces hommes sans morale et sans scrupule. Et d’ailleurs, personne ne les arrête. Ils font tout ce qu’ils veulent librement parce que personne ne les arrête. Il arrive même que les agents de police participent à ce harcèlement. Ce qui est tout à fait bizarre, en particulier après l’arrivée des islamistes au pouvoir.

Malheureusement, notre société veut afficher une image vertueuse sans pour autant mettre ces vertus en pratique. Voilà par exemple que le fils d’un homme d’affaires célèbre affilié aux Frères musulmans vient d’être arrêté dans une affaire de prostitution. Où est passée la morale dans notre société ?


Changez votre méthode

Mona Hassan, Le Caire

 

Je suis la maman d’un garçon en 2e primaire dans une école privée. Mon fils a du mal à apprendre la langue arabe. Le problème est que, tout simplement, il n’arrive pas à mémoriser les mots, leurs synonymes et leurs antonymes. Or, il doit apprendre par cœur des poèmes entiers et des textes en prose et les réciter à l’examen. Cela fait plusieurs années que nous demandons au ministère de l’Education de moderniser les programmes scolaires, et surtout de changer les méthodes d’apprentissage basées presqu’exclusivement sur le parcœurisme. Mais le ministère n’a rien fait.

Lors de l’examen d’arabe, le professeur a demandé aux élèves d’écrire le synonyme et l’antonyme du mot « joie ». Mon fils avait oublié le synonyme exact que le professeur avait donné en classe. Il s’est débrouillé et a donné un autre synonyme. Il a écrit « gaieté » au lieu de « bonheur », ce que le professeur a considéré comme une mauvaise réponse ! Ainsi, on enseigne aujourd’hui la langue arabe. Il faut apprendre des mots par cœur sans demander aux élèves d’en comprendre d’abord le sens.

La langue arabe est déjà une langue très difficile à apprendre. Malgré ses règles de grammaire et son vocabulaire complexes, elle est considérée comme une langue très poétique, musicale et expressive. En tout cas, c’est comme ça que je vois la langue arabe. Mon fils n’arrive pas à percevoir cette beauté de la langue arabe, et je suis sûre qu’il y a d’autres élèves qui ont le même problème, parce qu’ils sont « étouffés » par le parcœurisme.

Je sais que rien ne changera et que mes petits enfants auront peut-être les mêmes programmes. Alors, je m’adresse maintenant aux professeurs. Essayez de transmettre aux élèves l’amour de la langue arabe. Encouragez-les à comprendre et non pas à répéter des choses qu’ils apprennent par cœur sans en comprendre le sens. J’appartiens à une génération qui a eu la chance car elle a pu apprécier la beauté de la langue arabe, parce que nous avions des professeurs qui nous aidaient. Ce que nous voulons des enseignants, ce n’est pas seulement qu’ils aident nos enfants à obtenir de bonnes notes aux examens, nous voulons surtout qu’ils leur apprennent à sentir l’importance de ce qu’ils apprennent. Car c’est ainsi qu’ils réussiront.


L'enseignement en question

Ossama Badawi, Nouveau Caire.

 

L’enseignement est la base du progrès, il ouvre la porte à la fin de la pauvreté. La politique la plus importante du pays pour aider les pauvres est de leur offrir un bon enseignement. Le nombre des habitants de l’Egypte a atteint 76,5 millions d’après le dernier recensement officiel. On compte 41,5 millions d’habitants dans les campagnes, et le reste dans les villes. Les derniers résultats ont par ailleurs signalé que : — le taux d’analphabétisme en Egypte est de 29,3 %, soit 16 millions d’individus. — Ceux qui lisent et écrivent (sans diplôme) est de 12,4 %, soit 10,5 millions. — Le pourcentage de ceux qui ont eu un diplôme moyen est de 24,9 %.

— Le pourcentage des diplômés de l’enseignement supérieur est de 9,5 %. D’ailleurs, la population active a atteint environ 22 millions d’individus et les chômeurs 2 millions. Avec ces chiffres, l’Egypte se situe à un niveau médiocre. L’enseignement est la base du travail et la base du développement, et pour cela il est important d’ouvrir de nouveaux horizons aux jeunes. L’ignorance signifie la décadence de la pensée.


Révisez vos décisions M. Morsi

Youssef Emam, Le Caire.

 

Une décision a été prise de fermer les magasins à 22h. Je ne crois pas que le gouvernement ait pris la réelle mesure des conséquences d’une telle décision.

Tout d’abord, nous, les Egyptiens, nous aimons sortir la nuit. Nous aimons nous détendre et nous socialiser le soir. Nous commençons à faire les vitrines à partir de 19h, et c’est pour nous l’un des divertissements les plus accessibles. En plus, les magasins illuminent les rues, et donc aident à les sécuriser, en particulier en cette période de troubles. Cette décision aura un impact négatif sur le commerce et sur les commerçants auxquels on demande de fermer boutique aux heures où ils réalisent normalement le plus de profit. Et cela va augmenter le chômage.

Si le gouvernement cherche vraiment à diminuer la consommation d’électricité, il y a d’autres moyens. Par exemple, il n’est pas du tout logique de priver les Egyptiens de leurs ressources énergétiques pour les exporter à bas prix à l'étranger. Espérons que le gouvernement reviendra sur cette décision avant qu’elle ne soit appliquée.