Le défi du choc d'Assouan
Mohamed Al-Saïd Idriss, 23-4-2014


La confusion et l’incompétence qui sont apparues avec la gestion de la crise dans la ville d’Assouan confirment certaines vérités importantes.

La première est que c’est l’Etat corrompu qui nous gouverne encore. Nous pensions que l’Egypte, avec deux révolutions en trois ans, avait renversé l’ancien Etat. Mais la réalité prouve le contraire. La réalité prouve que les deux révolutions agonisent et que l’Etat, avec sa corruption et son despotisme, est encore bien présent dans les méandres internes des ministères et des institutions ainsi que dans tous les appareils étatiques. Cet Etat nous montre de temps en temps son laid visage, en attendant de dévorer sa proie.

La deuxième vérité est que les dangers, les crises et les défis qu’affronte l’Egypte dépassent la capacité du président de la République qui remportera les élections. Ce sont des crises et dangers qui ne peuvent être affrontés ni par la volonté, ni par la capacité d’une personne, ni d’un parti ni même d’un gouvernement. Car il leur faut toutes les capacités du pays et la volonté d’un peuple entier.

Une troisième vérité s’impose et qui est la plus importante. C’est que l’Egypte a aujourd’hui plus que jamais besoin d’un « cerveau stratégique ». Un cerveau qui pense, planifie, élabore les politiques et les stratégies en relation avec tous les aspects de la sécurité nationale égyptienne et les sources de menace internes et externes. Nous avons besoin de centres variés de gestion de crises affiliés au « cerveau stratégique ».

« Le choc d’Assouan » est peut-être la description la plus précise de ce que la société égyptienne a dernièrement vécu. Un choc qui nous ramène à ce que j’avais écrit il y a plus de 6 mois, appelant le président de la République et le maréchal Al-Sissi à intervenir auprès du comité des 50 qui était chargé de rédiger la nouvelle Constitution. Et ce, pour étudier une proposition que j’avais faite. Cette proposition consiste à former une nouvelle institution dénommée « conseil de la sécurité nationale ». Sa responsabilité serait d’élaborer un plan stratégique du présent et de l’avenir de l’Egypte et de formuler une stratégie de l’Etat pour la sécurité nationale dans toutes ses dimensions : défense, sécurité, politique, économie, en plus des domaines social, scientifique, éducatif et culturel. Le rôle de ce conseil serait également de superviser l’exécution des stratégies. En plus de la responsabilité d’organiser et de protéger les hauts intérêts nationaux et d’élaborer les politiques nécessaires pour affronter les menaces intérieures et extérieures. Le conseil de la sécurité nationale pourrait en regrouper 3 autres, à savoir le conseil suprême de la défense et de la sécurité, le conseil suprême de la politique étrangère et le conseil suprême de l’économie, du développement et du développement social durable.

Pour en revenir à la crise d’Assouan, il s’est avéré que chaque appareil de l’Etat a traité le problème à son gré. Le plus remarquable est que le procureur général a traité l’affaire comme un simple événement criminel. C’est pourquoi il a appelé à la nécessité d’arrêter les criminels. Alors que nous ne savons pas qui sont les vrais criminels dont parle le procureur général.

Il se peut qu’il veuille parler de ceux qui sont directement impliqués dans les événements qui ont causé la mort de 29 citoyens égyptiens en plus de dizaines de blessés. Or, la catastrophe réelle est que nous ne savons rien de notre réalité, car nous ne savons pas qui sont les vrais criminels à l’origine de ce drame qui menace notre sécurité nationale. Il faut savoir qui a provoqué cette tension entre les habitants de la ville la plus belle et la plus calme d’Egypte.

Qui pousse les fils de Nubie à cette transformation graduelle planifiée et financée, vers une entité indépendante de l’identité nationale égyptienne ? Qui est derrière le regroupement du patrimoine nubien indépendamment du patrimoine national égyptien ? Quelle est la réalité à propos des rumeurs évoquant d’énormes quantités d’armes en provenance de Libye et qui sont introduites dans le sud de l’Egypte (là où vivent les Nubiens) à travers le Soudan ?

Les interrogations portant sur la Nubie s’appliquent également au Sinaï. Il est erroné de penser que la crise du Sinaï se résume à la présence d’un ou plusieurs groupes terroristes sur ses territoires. Car en effet, les cartes de la division de l’Egypte, publiées à l’étranger, mentionnent « le petit Etat du Sinaï et le peuple sinawi » comme elles mentionnent « le petit Etat de Nubie et le peuple nubien ». Qui, pendant 4 décennies, n’a pas pris au sérieux les plans de division et de démantèlement de l’Egypte et de son peuple ?

La crise d’Assouan est une crise politique, sociale, culturelle et aussi économique. C’est donc une crise relative à la sécurité nationale. La simplification de la question est l’autre facette de l’absence de « cerveau stratégique » égyptien et celle d’un projet national égyptien dont les traits et les dimensions sont encore inexistants. Ce qui ne peut être réalisé sans la participation réelle du peuple. C’est le grand défi auquel le nouveau président devra faire face et auquel il doit donner la priorité .