Le report des élections palestiniennes
Al-Ahram Hebdo, 5-5-2021


Alors que l’on attendait les élections palestiniennes le 22 mai, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a annoncé, à la surprise générale, le report des élections en raison du refus d’Israël de tenir le scrutin à Jérusalem-Est. « Nous avons décidé de reporter la date des élections jusqu’à ce que notre peuple puisse exercer ses droits démocratiques à Jérusalem », a déclaré Abbas, à l’issue d’une réunion de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP).

Israël était resté silencieux face aux demandes répétitives des Palestiniennes d’organiser le scrutin à Jérusalem-Est avec visiblement un objectif ultime : ne pas permettre la tenue des élections dans la Ville Sainte pour ne pas reconnaître une quelconque souveraineté palestinienne sur la ville. Mais plus important encore, les Israéliens voient d’un mauvais oeil ces élections. Ils craignent qu’elles ne mènent à une victoire du Hamas, mouvement considéré comme terroriste par Tel-Aviv. Une victoire du Hamas ne ferait en effet que renforcer les rangs de ce mouvement et les Israéliens craignent qu’il ne prenne pieds en Cisjordanie et domine l’Autorité palestinienne. Un objectif qu’il cherche inlassablement à réaliser. Notons que le mouvement est uni alors que le Fatah du président Abbas est plus divisé que jamais. Une éventuelle victoire du Hamas donnerait une certaine légitimité aux dirigeants du mouvement, comme Ismaïl Haniyeh et Yéhya Sinwar, aux yeux de la communauté internationale. Et le regard porté par celle-ci sur le mouvement pourrait alors changer ce qu’Israël ne veut absolument pas. Mais si le report des élections fait le jeu d’Israël, il fait aussi le jeu du président Abbas dont le mouvement, le Fatah, n’est pas en bonne position pour remporter le scrutin en raison des divisions internes.

Mais au-delà de ces considérations, le report des élections palestiniennes a une conséquence importante. Il remet en cause la réconciliation interpalestinienne. Les récentes évolutions dans la région et l’absence de tout horizon de paix avaient rapproché le Fatah et le Hamas, en guerre depuis 2006. Mais ce report des élections vient modifier totalement la donne.