La Syrie et les scénarios d’avenir
Moustafa Al-Fiqi, 11-11-2020


La syrie est un pays arabe doté d’une certaine spécificité. Il est l’épicentre de l’arabité depuis que les Omeyyades y sont entrés après la conquête islamique. Il a toujours été le joyau des pays arabes. Le pays a connu des conflits san­glants qui continuent jusqu’à nos jours. Tous les pays du Levant, la Syrie en particulier, ont fait l’objet de convoitises et de pressions étrangères. Mais, la Syrie s’est toujours érigée en rempart rejetant la colonisation turque puis française en s’attachant à son identité. A la fin des années 1940 du siècle dernier, la Syrie a connu une série de coups d’Etat militaires menés par des officiers aventuriers avant que son destin ne soit remis au commandant de l’aviation en 1971, Hafez Al-Assad, qui a gouverné le pays d’une main de fer. Son successeur fut son fils Bachar Al-Assad.

Avec l’arrivée du Printemps arabe, la Syrie a été la cible des forces étrangères. Les événe­ments étaient au début contrôlables, mais la violence a vite pris le dessus. Le résultat est que la Syrie est devenue une source d’inquiétude. Elle a attiré les forces étrangères: les Turques, les Russes et les Américains. Plus tard, les vagues de terrorisme ont émergé dans le cadre d’une internationalisation accrue de la crise syrienne. Les Arabes ont échoué à contenir la crise, à lui trouver un remède malgré les tenta­tives sérieuses de l’élite arabe. Les Nations-Unies, quant à elles, ainsi que la Ligue arabe ont délégué un diplomate algérien chevronné, Lakhdar Brahimi, mais les différentes parties ont refusé de coopérer avec lui ou avec ses suc­cesseurs. Les organisations terroristes ont joué un rôle primordial pour alimenter le conflit et manipuler le destin de la Syrie qui jouissait auparavant d’une certaine stabilité, voire même de prospérité. La Syrie n’avait quasiment pas de dettes extérieures et ne s’est jamais engagée dans un acte militaire direct avec Israël depuis 1973 malgré les provocations israéliennes.

On peut, vu cet arrière-plan, déduire un cer­tain nombre de remarques liées à l’évolution de la situation en Syrie qui a atteint un état de rigidité en raison de la violation des résolutions onusiennes et à cause des complots fomentés par le voisinage que ce soit la Turquie, Israël ou l’Iran. Ces remarques peuvent être résumées comme telles :

Premièrement, la résolution de la Ligue arabe consistant à geler l’adhésion de la Syrie à l’orga­nisation panarabe était une erreur, car elle a coupé les canaux d’un dialogue arabo-syrien. Elle a ouvert grande la porte à l’internationalisation du conflit et aux ingérences dans les affaires internes de la Syrie.

Deuxièmement, la disparité dans les positions des pays arabes vis-à-vis des évolutions en Syrie a entravé le règlement du conflit syrien à la lumière de la rupture entre la Syrie et la plupart de ses frères arabes. Il en a résulté l’isolement du régime syrien et l’arrêt du dialogue interarabe. L’intervention russe était alors la bouée de sau­vetage du régime syrien et le début d’une étape plus compliquée du conflit et de l’ingérence américaine.

Troisièmement, Erdogan a poursuivi ses ambi­tions géopolitiques et ses rêves historiques en profitant de la fragilité de la situation en Syrie. Il a injecté des groupuscules terroristes à l’intérieur du territoire syrien entraînant chaos et confusion. Par la suite, les organisations terroristes se sont multipliées sur l’arène syrienne. Les choses se sont compliquées avec l’émigration hors du pays de dizaines de milliers de Syriens pour fuir l’enfer de la guerre et ses désastres. La Syrie, qui a tou­jours été l’abri des réfugiés, a vu ses fils devenir eux-mêmes réfugiés. Une scène triste pour un peuple connu pour sa résilience tout au long de l’histoire.

Quatrièmement, les interventions étrangères se sont multipliées en Syrie et personne n’a res­pecté la légitimité internationale et l’intégrité de la Syrie. C’est justement le contraire qui a eu lieu et toutes les forces ont été à l’affût pour déchirer ce pays.

Cinquièmement, les pays arabes étaient tous préoccupés par leurs affaires internes. Et donc, personne n’avait le temps de s’intéresser à la cause syrienne. Les Turques ont pu mener à bien leurs plans de manipulation qui se sont déroulés sur plusieurs phases. Ajoutons à cela le pro­blème kurde qui a jeté ses ombres sur le nord-est de la Syrie.

La situation actuelle en Syrie doit bénéficier d’un traitement objectif, juste et sincère. Les parties syriennes doivent parvenir à un règle­ment qui ferait du pouvoir syrien actuel une partie de l’équation et de la solution au lieu d’être une partie du problème. Certains pays ont pris des positions justes vis-à-vis de la crise syrienne. A titre d’exemple, l’Egypte a joué un rôle pour mettre fin aux ingérences dans les affaires internes du pays. Les scénarios à venir dépendront en grande partie des bonnes volontés et des efforts sincères. Les pays arabes doivent considérer le calvaire syrien comme une cause arabe avant qu’il ne soit trop tard.