Tchad-Centrafrique: Des frontières poreuses
Sabah Sabet avec agences, 2-6-2021

Malgré un calme précaire, la tension reste extrême à la frontière entre le Tchad et la Centrafrique. Les pays de la région s’inquiètent.


La zone de l’Afrique centrale risque-t-elle une nouvelle escalade après les récentes tensions entre le Tchad et son voi­sin la Centrafrique? Une question qui sus­cite la crainte des dirigeants des organisa­tions sous-régionales africaines.

Les chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC), avec la pré­sence du représentant spécial du secrétaire général des Nations-Unies et chef de la Minusca, se sont réunis en sommet extraor­dinaire vendredi 4 juin à Kintele au Congo afin d’obtenir une désescalade entre les deux pays et éviter un conflit armé ou diplomatique dans la zone de l’Afrique cen­trale. Tout a commencé le 30 mai, quand des affrontements ont éclaté à la frontière entre les deux pays. Les heurts ont opposé les Forces Armées Centrafricaines (FACA) et leurs alliées russes aux rebelles des 3R (« Retour, Réclamation et Réhabilitation »), l’un des plus puissants groupes armés du pays. Le Tchad accuse l’armée centrafri­caine d’avoir tué six de ses soldats, dont cinq « enlevés et ensuite exécutés ».

De son côté, la République centrafricaine, dans un communiqué du porte-parole du gouverne­ment, Maxime Ange Kazaguie, assure que « l’armée poursuivait, à la frontière, des éléments d’une coalition rebelle ». Bangui ne fait pas référence à une quelconque « exécution » et tente plutôt de calmer le jeu après cet « incident malheureux ». Par contre, le Tchad reste toujours dans un état d’alerte. Un renforcement du dispositif militaire du Tchad suscite toujours l’inquié­tude générale. Depuis jeudi 3 juin, le Tchad est en train de renforcer sa présence mili­taire au niveau de la frontière. Ange-Maxime Kazagui, porte-parole du gouver­nement centrafricain, a indiqué que la RCA, pour l’instant, observe la situation. « Nous sommes confiants en la volonté des deux chefs d’Etat à résoudre de manière paci­fique cet incident », affirme-t-il.

Le mouvement tchadien intervient alors que les deux pays se sont entendus le 1er juin à mettre en place une commission indépen­dante d’enquête internationale pour faire la lumière sur cet incident. En fait, Bangui, qui tente de calmer le jeu, avait dépêché à N’djamena une délégation ministérielle auprès de son voisin. Délégation reçue par le président du Comité militaire de transition. Selon les autorités de Bangui, il faut éviter d’entrer en conflit avec le Tchad avec lequel la République centrafricaine partage plus de 1 200 kilomètres de frontière.

Les tensions entre les deux pays ne datent pas de ce mois. Depuis 2013, la frontière entre le Tchad et la Centrafrique est officiel­lement fermée. Car la région où se sont déroulés les affrontements est une zone géostratégique importante .