L’avenir de l’Afghanistan en question
Maha Salem avec agences, 21-4-2021

A quelques jours de la tenue à Istanbul d’une conférence de la paix consacrée à l'Afghanistan, l’Otan et les Etats-Unis ont annoncé le retrait prochain de leurs forces militaires de ce pays après 20 ans de présence massive. Un retrait sans doute lourd de conséquences.


D’ici au 1er mai prochain, les alliés de l’Otan vont commencer le retrait de leurs forces engagées dans la mission en Afghanistan. Et d’ici au 11 septembre sera achevé le retrait complet des troupes améri­caines. Une date symbole annoncée par le président américain, Joe Biden. « L’heure est venue de mettre fin à la plus longue guerre de l’Amérique », a affirmé Joe Biden tout en indiquant que le retrait de toutes les troupes étrangères d’Afghanistan d’ici le 20e anniver­saire des attentats du 11 septembre 2001, qui avaient provoqué l’intervention des Etats-Unis. « Nous ne pensons pas que le maintien d’une présence militaire indéfinie en Afghanistan soit dans notre intérêt, ni dans celui des Etats-Unis, ni dans celui de l’Otan et de nos alliés », dit de son côté le commu­niqué de l’Otan, tout en avertissant que « toute attaque des Talibans contre les troupes des alliés durant le retrait fera face à une réponse énergique », alors que Biden a exhorté les Talibans à tenir leur engagement à ne pas menacer les Etats-Unis.

L’Onu, de son côté, a annoncé qu’elle maintiendrait sa mission politique d’aide à l’Afghanistan en dépit du départ des troupes américaines et de l’Otan. « L’Onu est pré­sente dans le domaine du développement humanitaire en Afghanistan depuis très, très longtemps, et nous continuerons d’être là pour aider le peuple afghan ».

Conférence fin avril

De nombreux analystes considèrent que ce retrait pourrait plonger le pays dans une nou­velle guerre civile, ou permettre un retour des Talibans, chassés du pouvoir fin 2001. L’annonce du retrait américain a causé la consternation au sein de la société civile afghane, qui vit quotidiennement dans la crainte des explosions et des attentats ciblés. Essayant de satisfaire la classe politique afghane, le président Ghani a, de son côté, dit respecter cette décision, estimant que les forces afghanes sont pleinement capables de défendre leur peuple et leur pays. De l’autre côté, les Talibans n’ont pas bien accueilli ce dépasse­ment de la date butoir. « Si l’accord est violé et les forces étrangères ne quittent pas notre pays à la date prévue, il y aura sûrement des pro­blèmes et ceux qui ne respectent pas l’accord seront tenus pour responsables », a mis en garde un porte-parole du groupe, Zabihullah Mujahid.

Les insurgés ont aussi prévenu qu’ils refuse­raient, « tant que toutes les forces étrangères n’auront pas achevé leur retrait », de partici­per à la conférence sur la paix en Afghanistan prévue prochainement à Istanbul. Proposée par Washington, cette conférence de paix se tien­dra à Istanbul entre le 24 avril et le 4 mai en présence de représentants du gouvernement afghan et des Talibans. « La Turquie, le Qatar et l’Onu vont co-organiser une conférence inclusive de haut niveau à Istanbul entre repré­sentants de la République islamique d’Afgha­nistan et des Talibans. Les pays organisateurs de la conférence s’engagent à soutenir un Afghanistan souverain, indépendant et uni », a indiqué le ministère turc des Affaires étran­gères dans un communiqué. Le principal objectif de cette conférence « est d’accélérer et compléter les pourparlers interafghans, en cours à Doha, en vue de parvenir à un règle­ment politique juste et durable », a ajouté le communiqué, précisant que l’ordre du jour de la conférence d’Istanbul avait fait l’objet de « consultations approfondies avec les parties afghanes ». La conférence se focalisera sur les moyens d’aider les parties impliquées dans les négociations à parvenir à un ensemble de prin­cipes fondamentaux communs reflétant une vision agréée pour l’avenir de l’Afghanistan, à une feuille de route pour un règlement poli­tique futur et à la fin du conflit. Washington faisait pression pour que cette réunion ait lieu avant le début du mois prochain. La confé­rence d’Istanbul vise aussi à mettre en place un cessez-le-feu, ou au moins une période de réduction de la violence, une demande des autorités afghanes qui ont accepté de se rendre à la réunion. Le Haut Conseil afghan pour la réconciliation nationale, organisme gouverne­mental en charge du processus de paix, prépare sa propre proposition de paix en vue de la conférence, après avoir récolté 30 documents issus de divers partis politiques et membres de la société civile. Le président afghan, Ashraf Ghani, a également rédigé un plan de paix, précisant cependant qu’il n’accepterait qu’une administration élue par le peuple. Réélu en 2019, le président a également expliqué que tout accord décidé en Turquie devrait être approuvé par une « loya jirga », une grande assemblée de dignitaires afghans.

Washington aimerait qu’au cours de cette réunion, les autorités afghanes et les Talibans s’accordent sur la formation d’un gouverne­ment intérimaire et s’engagent à administrer leur pays sur la base du consensus. Cette ren­contre devait permettre de relancer les négo­ciations de paix directes inédites, ouvertes en septembre dernier entre les Talibans et les émissaires de Kaboul, mais l’absence annon­cée des insurgés risque de prolonger l’impasse. Malgré tous ces efforts diplomatiques, les insurgés continuent d’attaquer chaque jour les forces afghanes à travers le pays. Si les Talibans ont arrêté de prendre pour cible les militaires américains depuis la signature de l’accord de Doha, ils continuent d’attaquer sans relâche les forces gouvernementales.