Fathi Fathallah : L’Egypte sera responsable de cette enquête
Amira Samir, 25-5-2016

3 questions à général Fathi Fathallah, ancien directeur de l’aéroport du Caire.


Al-Ahram Hebdo : Les autorités françaises ont annoncé que de la fumée se trouvait à bord de l’avion quelques minutes avant le crash. L’avion aurait ensuite subitement perdu de l’altitude avant de s’abîmer en mer. Cette information privilégie-t-elle, selon vous, la thèse d’une défaillance technique ?

Le général Fathi Fathallah : Il est fort possible que de la fumée se soit répan­due à bord de l’avion avant le crash. Le détecteur de fumée qui se trouve à bord envoie des signaux qui sont captés par satellites et envoyés à l’aéroport. Tout cela en l’espace d’une minute ou deux. Il est donc facile pour les autorités au sol de savoir s’il y avait de la fumée à bord de l’appareil. Mais même si cela s’avère vrai, cela ne veut pas dire que nous devons privilégier la thèse de la défaillance technique. Rien dans l’état actuel des choses ne permet de privilé­gier une thèse déterminée. En effet, tous les scénarios sont possibles, et il faut attendre que l’épave de l’avion et les deux boîtes noires soient retrouvées avant de faire une quelconque conclu­sion. La présence de fumée à bord peut être due à une défaillance technique, dont les causes restent à déterminer, à une explosion due à la présence d’ex­plosifs, ou encore à un court-circuit. Mais personne dans l’état actuel des choses ne peut dire ce qui s’est passé à bord du vol 801 avant que les boîtes noires ne soient retrouvées. Celles-ci enregistrent toutes les données du vol, comme la vitesse de l’appareil, son altitude, la température des moteurs et d’autres données encore.

— Beaucoup de médias occidentaux se sont empressés d’évoquer la thèse de la défaillance technique. Comment voyez-vous la couverture médiatique du crash comparée par exemple au crash de l’avion russe dans le Sinaï en octobre dernier ?

— Un crash d’avion donne toujours lieu à des spéculations. Bien évidem­ment chacun fournit l’explication qui lui plaît. Et nous avons vu sur les chaînes satellites une multitude d’experts, et chacun développe une théorie différente de l’autre. Mais l’Egypte, par le biais du président Abdel-Fattah Al-Sissi, a assuré qu’elle n’excluait aucune hypothèse et que toutes les pistes étaient objet de considération. Une fois de plus, nous ne pouvons faire de conclusions avant de retrouver les boîtes noires.

— L’enquête sera menée conjointe­ment par les autorités égyptiennes et françaises. Comment va-t-elle se dérouler ? Peut-on, selon vous, assis­ter à un scénario similaire à l’accident de 1999, lorsqu’un avion d’Egyptair s’était abîmé au large des Etats-Unis ? Les enquêteurs américains et égyp­tiens avaient alors développé deux théories différentes …

— Chaque accident a ses propres cir­constances, et on ne peut pas comparer cet accident à celui de 1999. Tout l’inté­rêt porte actuellement sur l’épave de l’appareil et les deux boîtes noires. L’Egypte ne possède pas tous les moyens techniques pour sortir l’épave du fond de la mer et va devoir recourir aux pays qui possèdent cette technologie. L’Egypte a dépêché sur le lieu du crash un sous-marin équipé de sonars pour tenter de capter les signaux des deux boîtes noires. La responsabilité de sortir l’épave revient au pays propriétaire de l’appa­reil. Quant à l’enquête, elle sera menée conjointement. Une équipe d’enquêteurs égyptiens et français sera formée, car la France est concernée du fait que l’appa­reil sinistré était un airbus. Des enquê­teurs britanniques ont également été autorisés à prendre part à l’enquête. L’Egypte sera responsable de cette enquête. Mais tout cela prendra beau­coup de temps, et il faudra attendre avant que des conclusions ne puissent être faites.