Semaine du 23 au 29 janvier 2013 - Numéro 958
Production de Charbon : Le charbon se met au vert
  Après sa modernisation, cette activité sera incluse au mécanisme du développement propre sous le protocole de Kyoto. Un fait qui permettra de la rendre durable et de réaliser de grandes économies pour les producteurs.
lescharbon
Dalia Abdel-Salam23-01-2013

Transformer les charbonnières traditionnelles en une activité industrielle qui respecte l’environnement, c’est le défi que lance l’Agence Egyptienne pour les Affaires de l’Environnement (AEAE). En partenariat avec des entreprises ukrainiennes, l’institution réfléchit à l’installation de fours modernes sur tout le territoire pour la production du charbon. Cette nouvelle méthode de production de charbon permettrait de diminuer considérablement la pollution qu’elle crée.

En effet, si les charbonnières traditionnelles dégagent des taux de monoxyde de carbone extrêmement élevés (entre 1 200 et 1 850 milligrammes par mètre cube), les nouveaux fours ukrainiens ne rejettent qu’entre 120 et 176 milligrammes par mètre cube. « En plus, ces fours donnent une meilleure qualité de charbon. Ce qui nous aidera à convaincre les propriétaires de charbonnières de les intégrer avec l’aide du Fonds social pour le développement et peut-être plus tard le Fonds pour la protection de l’environnement », souligne Ahmad Medhat, directeur exécutif de cette unité, au sein de l’Agence Egyptienne pour les Affaires de l’Environnement (AEAE).

Cette idée a été trouvée par le MDP. Derrière ces initiales se cache le programme des Nations-Unies intitulé Climate Change Risk Management Programme (CCRMP). Inauguré en 2009, il est chargé de trouver des solutions pour moderniser toutes les activités industrielles polluant la planète. Or, en Egypte, l’une des activités les plus polluantes n’est autre que la production de charbon. C’est donc naturel que le MDP ait souhaité appuyer une solution de modernisation globale des anciennes charbonnières égyptiennes. « Ce projet, une fois enregistré, profitera des crédits de carbone offerts à travers le MDP, ce qui réduira le coup de la modernisation de cette activité industrielle et encouragera les charbonnières traditionnelles à modifier la technologie pour respecter l’environnement », explique Mona Al-Agizi, directrice du CCRMP.

Selon elle, c’est aussi l’occasion à ne pas manquer de « passer d’une activité traditionnelle à une industrie formelle », c’est-à-dire encadrée et réglementée. Le meilleur moyen d’éviter sa disparition sur le long terme. Sans perdre de temps, l’unité de sensibilisation et de promotion des projets MDP déploie d’importants efforts avec les gouvernorats de régions industrielles, afin qu’ils accueillent les fours modernisés. « Le gouverneur de Charqiya a formé un comité pour examiner les terrains réservés aux activités industrielles dans son gouvernorat et créer des zones pour installer les charbonnières sous leur nouvelle forme », affirme Ahmad Medhat, directeur exécutif de cette unité, au sein de l’AEAE.

D’ores et déjà, deux fours ont été installés sous l’initiative du ministère de l’Environnement en Egypte. « Deux fours ukrainiens ont été importés et fonctionnent déjà : un dans le gouvernorat de Qalioubiya et l’autre dans celui de Béheira », indique Nader Hussein, directeur général d’une entreprise oeuvrant dans le domaine de la modernisation des charbonnières et du recyclage des déchets agricoles. L’installation du four à Qalioubiya s’est effectuée en collaboration avec le gouvernorat, qui a offert gratuitement un terrain de 450 m2 dans la région industrielle d’Al-Safa. Le but : expérimenter en premier la technologie ukrainienne. Des techniciens ukrainiens ont ainsi séjourné pendant un mois pour régler le four et former les ouvriers égyptiens à son utilisation. En juin 2012, ce dernier a été lancé. Deux aspects sont chaque jour surveillés : le niveau des émissions toxiques et la qualité du charbon. Pour le premier, des spécialistes du ministère de l’Environnement et d’autres du laboratoire central de l’Université de Aïn-Chams ont procédé à des mesures et se sont assurés de leur conformité aux normes désignées par la loi sur l’environnement numéro 4 de l’année 1994.

La modernisation se heurte aux coûts

Seul bémol, et de taille, les 300 000 L.E. que coûte un four moderne. La question se pose de savoir comment motiver les producteurs de charbon à opérer cette transition, d’autant qu’à l’heure actuelle, les charbonnières traditionnelles fonctionnent sans problème. Certes, les autorités adressent parfois des contraventions aux producteurs, mais, mises bout à bout, ces contraventions n’atteindront jamais les 300 000 L.E. « C’est ici qu’interviennent le ministère de l’Intérieur et celui de l’Environnement », assure le Dr Nader Hassan, représentant de l’entreprise CTP (Air Pollution Control) importatrice du four ukrainien. Il ajoute que la loi sur l’environnement doit être appliquée scrupuleusement. Car pour lui, les propriétaires de charbonnières traditionnelles doivent savoir qu’ils risquent de disparaître s’ils conservent leurs méthodes polluantes actuelles. Selon ce même docteur, le plus important est que ce four soit fiable au niveau économique. Dans une charbonnière traditionnelle, 5 tonnes de bois sont nécessaires pour produire une tonne de charbon.

Alors que dans le nouveau four, il suffit de 3 tonnes pour obtenir la même quantité. Selon les chiffres du ministère de l’Environnement, une charbonnière traditionnelle rapporte 5 000 L.E. par mois, dont il faut payer des amendes en raison des émissions dépassant toujours les normes légales. Quant aux nouveaux fours, leurs émissions respectent les normes et rapportent au-delà de 12 000 L.E. mensuelles. Surtout que ces fours ukrainiens fonctionnent, eux aussi, au bois. L’augmentation du prix de l’électricité n’aura donc jamais d’impact sur le coût de production.

Malgré toutes ces raisons, il semble difficile de convaincre les propriétaires des charbonnières traditionnelles d’essayer le nouveau four. Pourtant, « un seul a eu l’audace, un jour, de ramener son bois pour le carboniser dans le nouveau four et il a été surpris par les résultats », raconte Ahmad Medhat .




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