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Guillaume Morel : Nous avons favorisé les échanges entre l’Egypte et la France

Amira Doss , Mercredi, 25 mai 2022

Le DGCI de l’Université de Aïn-Chams fête cette semaine ses 25 ans. A cette occasion, Guillaume Morel, son coordinateur français, revient sur l’évolution de cette formation. Entretien.

Guillaume Morel

Al-Ahram Hebdo : Quelle était l’idée de départ de la création du DGCI ?

Guillaume Morel: L’idée remonte à 1993 lorsque le département a été créé par l’Université de Aïn-Chams. Donc, il y a presque 30 ans. Le but était de former des francophones spécialisés dans le domaine du commerce international et du management. C’est en 1997 que s’installe un partenariat avec l’Institut d’Administration des Entreprises (IAE) de Poitiers. En fait, ce sont des écoles de commerce publiques, puisqu’en France, il existe des universités publiques, ainsi que des écoles de commerce privées. A un moment donné, on a créé les Ecoles de commerce publiques au sein des universités. Donc, en 1997, un partenariat s’est créé entre l’IAE de Poitiers et l’Université de Aïn-Chams. En effet, ce partenariat est le fruit de l’initiative de Dr Monique Camilleri, ancienne coordinatrice du DGCI et professeure à l’IAE de Poitiers. Elle faisait partie du corps enseignant à Poitiers et est venue au DGCI comme coordinatrice. C’est grâce à elle que le double diplôme avec l’Université de Poitiers a vu le jour. Tout le long de sa carrière, elle a fait énormément de travail, elle a créé le partenariat, lancé le Master 1, et au cours des 25 ans, en étant en Egypte ou en France, elle a permis au DGCI de se développer. Aujourd’hui, elle revient souvent pour donner des cours ou sélectionner les candidats. Elle s’est tellement investie dans le projet égyptien qu’elle a reçu en 2022 la légion d’honneur, notamment pour ses efforts déployés dans les relations franco-égyptiennes, permettant aux deux pays de se rapprocher. Aujourd’hui, Dr Monique travaille encore à l’Université de Poitiers et continue d’être notre correspondante avec l’IAE, c’est vraiment grâce à elle qu’on a pu continuer ce partenariat.

 Comment se déroule le processus de sélection des candidats et selon quels critères ?

— Pour être admis, il faut passer par certaines étapes, tout d’abord, la note du bac sur 50 points, puis 25 points pour le concours des filières de l’Institut français et qui se déroule en août ou en septembre, ensuite 20 points pour l’entretien oral individuel que doit passer le candidat avec un jury composé de profs de l’Université de Aïn-Chams, de l’Université de Poitiers qui viennent de France et d’un coordinateur et, finalement, 5 points sont réservés à un examen de mathématiques relativement simple. Après avoir fait le calcul de ces notes sur 100 points, on fait le classement des candidats et on prend les 80 premiers.

On reçoit à peu près 200 candidatures par an et on en garde 80. 180 des candidatures qu’on reçoit sont des étudiants du bac égyptien et 20 candidatures viennent du bac étranger. Ce sont généralement les étudiants égyptiens issus des écoles francophones qui enseignent le système national tels que les Jésuites, le Collège de la Salle, la Mère de Dieu, etc. On consacre donc 70 places à la sanawiya amma, ou le bac égyptien, et dix places pour les bacs étrangers dont le bac français. Et c’est en fonction de ces chiffres qu’on a fait le ratio.

Quant au concours d’accès aux filières proposé par l’Institut français, c’est d’ailleurs le même concours pour toutes les filières francophones : le DGCI, le DFGA (même formation du DGCI à Alexandrie), la FESP (Filière Economie et Sciences Politiques), l’IDAI (droit et affaires internationales à l’Université du Caire et l’IFED (l’Institut Francophone des Etudes juridiques de Aïn-Chams), puisque ces programmes sont parrainés par l’Institut français et font partie de ce qu’on appelle le pôle universitaire francophone.

Au début, nous avions une cinquantaine d’étudiants par promotion et puis en 2014, on est passé à 80. Donc, 80 étudiants en quatre années en plus du Master 2. Ce qui fait que nous avons 380 étudiants en ce moment au DGCI.

— Qu’est-ce qui distingue le contenu pédagogique de cette formation ?

— Une fois que les étudiants intègrent le DGCI, ils obtiennent une formation qui leur permet de comprendre le fonctionnement des entreprises, comptabilité, ressources humaines, marketing, ainsi que son environnement économique et social. Ils sont dotés des outils nécessaires à leur vie professionnelle. Au bout de deux ans, ils obtiennent ce qu’on appelle le Diplôme Universitaire de Management (le DUM), un bac plus deux. Au bout de trois ans, ils ont la licence de gestion, au bout de quatre ans, ils ont le baccalauros (licence) de la faculté de commerce, qui est un diplôme égyptien en plus du Master 1 de sciences de gestion. Puis, il y en a ceux qui désirent continuer en Master 2 en marketing et stratégie des marques. Ce master est hybride, moitié en ligne, donc ils peuvent commencer à travailler et avoir une carrière. En quatrième année, ils ont la possibilité de se spécialiser en comptabilité ou en gestion. Les cours sont à 65% en français et 35% en anglais. Ils ont des cours de marketing, comptabilité, économie, gestion, ressources humaines, communication, etc., ainsi que des cours de langue française. Nos étudiants obtiennent une licence française, le même diplôme que s’ils avaient été en France. Une fois qu’ils ont ce diplôme, ils peuvent s’inscrire en master n’importe où en France.

— Comment cette formation permet-elle à ses diplômés de s’ouvrir au marché du travail ?

— La formation du DGCI ouvre à ses diplômés un vaste panel de débouchés professionnels, en Egypte ou à l’étranger. Ses diplômés occupent des postes de responsabilité dans les secteurs de l’industrie, ou des services, de la Banque, assurance, tourisme. Certains s’orientent dans le domaine de l’administration ou l’enseignement universitaire.

Les métiers vers lesquels on mène sont plutôt directeur marketing, directeur des ressources humaines, comptable, entrepreneur, nombreux sont les jeunes qui montent leurs propres entreprises (start-up). 100 % de nos étudiants trouvent du travail dans les trois mois, soit dans des entreprises internationales, égyptiennes, des institutions françaises telles que l’Institut français, l’AFD, la mission économique, ou Business France. Pour les aider à trouver du travail, on se base beaucoup sur le réseau Alumni de nos anciens étudiants. Nous avons beaucoup de contacts avec des boîtes de recrutement comme Talento, nous avons toujours des offres de stages et d’emplois. Nos étudiants n’ont jamais eu des difficultés à trouver un emploi. Par exemple, la responsable des ressources humaines de Pepsi est diplômée du DGCI, des CFO des plus grandes entreprises tels que Danone recrutent toujours chez nous. Il y a aussi une demande de la part des banques comme Crédit Agricole. On discute avec la Chambre de Commerce et de l’Industrie Franco-Egyptienne (CCIFE). Notre formation est centrée sur l’entreprenariat et les entreprises. Notre spécialité, ce sont les entreprises internationales et égyptiennes. C’était le but au début: former des managers compétents et des futurs cadres polyglottes, avec les dernières techniques.

— Est-ce que vous offrez des bourses aux diplômés qui désirent faire leur master en France ?

— Généralement tous les ans, sur les 80 étudiants, on fait des demandes de bourse pour les 10 ou 15 meilleurs. En moyenne, on obtient cinq bourses d’excellence FM, les plus réputées, sur 300 dans le monde on a cinq, on a une ou deux bourses Tahtawy tous les ans et on a les bourses régionales. Il y a aussi ceux qui partent en autofinancement et on les aide à partir en leur trouvant des masters. Beaucoup parmi ceux qui ont fait leur masters en France ont décidé de rester là-bas, ils terminent parfois premiers de leur promotion et sont tellement appréciés qu’ils ont des contrats de travail CDI et s’y installent définitivement. Depuis 25 ans, on a diplômé plus de 1600 étudiants, et le projet a tellement bien fonctionné qu’on a fait le même à Alexandrie il y a 14 ans.

— Si aujourd’hui, nous faisons le bilan de cette formation, qu’est-ce qui, d’après vous, a changé ?

— Tout d’abord, au niveau chiffres, on est passé à 80 étudiants par an à cause de la demande croissante. En 2014, on a abandonné l’arabe, ce qui a entraîné comme conséquence l’admission d’étudiants étrangers, des Guinéens, Italiens, Algériens, Turcs, Grecs, on a entre 12 et 14 nationalités. On ne veut pas augmenter le nombre de candidats admis pour garder la qualité de l’enseignement, nous voulons garder cette formation d’excellence. Nous sommes une petite famille, on est à part, nous avons notre propre gestion. Les profs sont francophones, ou des Français qui sont recrutés ici ou des missions de Poitiers. Aujourd’hui, nous avons des plans pour l’avenir, nous aimerions rouvrir le MBA avec Paris Sorbonne, destiné aux seniors managers. On fait aussi intervenir des personnes du milieu des entreprises pour parler du côté pratique. Nous désirons aussi lancer un autre Master 2 en comptabilité, et en management international à Alexandrie. Nous voulons renouveler l’équipe. Le coeur de notre travail, c’est de faire en sorte que l’Université égyptienne et celle française continuent de communiquer et de coopérer.

— Comment, d’après vous, les filières francophones, y compris le DGCI, ont-Elles ouvert de nouveaux horizons pour les étudiants égyptiens ?

— Grâce aux filières du DGCI et des autres filières en général, il y a eu une formation des élites universitaires et des élites professionnelles dans le pays depuis plus de 25 ans qui permettent aujourd’hui aux entreprises internationales notamment de s’appuyer sur des jeunes diplômés performants compétents, formés de manière à répondre aux besoins de ces entreprises et en qui ils ont confiance, puisque ces jeunes suivent des formations qui sont reconnues au niveau international, à travers un diplôme français. Donc, cela a véritablement favorisé, à mon avis, les échanges entre l’Egypte et la France. Et puis il y a eu un véritable échange au niveau universitaire pratique. D’autre part, les universités sont aujourd’hui dans une démarche qualitative et cherchent des certifications de qualité en s’appuyant sur les filières françaises et internationales qui ont des qualités de diplôme reconnues.

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