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Oiseaux migrateurs : S’adapter ou disparaître !

Chahinaz Gheith , Dimanche, 06 novembre 2022

Les oiseaux migrateurs font face à la menace du dérèglement climatique, qui pourrait affecter leur accès à la nourriture et conduire à l’extinction de certaines espèces. Focus.

Oiseaux migrateurs : S’adapter ou disparaître !
80 % des espèces d’oiseaux migrateurs seraient menacés à l’horizon 2050.

Dans la réserve naturelle du lac Qaroun, située dans le gouvernorat du Fayoum à 95 km au sud-ouest du Caire, une équipe d’ornithologues et d’écologistes suit les routes des oiseaux migrateurs. Ils tentent de récolter des indices pour mieux comprendre les conséquences des changements climatiques sur ces oiseaux. Equipés de leur longue-vue et d’une cartographie GPS, ils se fixent des points d’observation et se déplacent, sans cesse, essayant de repérer les espèces. L’un de ces amateurs observe un vanneau éperonné qu’il vient d’identifier avec son plumage noir et blanc et ses pattes grises. Cet oiseau émigre du sud-est de l’Europe en août et septembre et y retourne fin mars ou avril. Il vit sur les terrains proches des marais salés.

L’équipe d’ornithologues a passé un peu plus d’une heure à chercher les flamants roses qui, hélas, n’ont pas fait leur apparition ! Les oiseaux ne sont pas souvent au rendez-vous et il faut parfois attendre longtemps avant de les apercevoir. C’est pour cela que la patience est l’une des qualités indispensables pour l’ornithologue, afin de faire des observations de qualité. « Le nombre d’oiseaux aujourd’hui ne représente que 10 % de ce qui existait autrefois », lance Ali Mahrous, ornithologue et professeur au département des ressources naturelles à l’Université du Caire. Il ajoute qu’environ 2 millions d’oiseaux migrateurs passent par l’Egypte chaque année, parmi lesquels figurent des prédateurs comme les aigles, les faucons et les hiboux. Il y a aussi 300 000 cigognes, 6 000 cygnes et des ibis. Cela sans compter les autres espèces d’oiseaux migrateurs qui passent par l’Egypte dans leur itinéraire du nord vers le sud. Tous ces oiseaux sont confrontés à de nombreux dangers, comme les pesticides, les lignes de haute tension, les éoliennes, les déchets solides, les eaux polluées, sans compter la chasse et le développement touristique, notamment sur les rives de la mer Rouge et de la Méditerranée.

Cependant, Mahrous voit, année après année, le panorama des oiseaux migrateurs se transformer. Des oiseaux qui restent en Europe et ne migrent plus vers l’Afrique, des oiseaux qui naissent en octobre plutôt qu’au printemps. Le constat est clair : le changement climatique impacte tellement les oiseaux qu’il modifie leur répartition géographique, la chronologie de leur migration et nidification. « Et ce n’est pas juste un ressenti personnel. Ce sont des éléments factuels publiés et constatés dans des études », poursuit-il.

Le déclin des oiseaux migrateurs

Sur les 11 000 espèces d’oiseaux qui existent sur la planète, une sur cinq est considérée comme migratrice, selon l’Onu. 40 % de ces espèces migratrices sont en déclin, et parmi elles, une espèce sur huit est menacée d’extinction à l’échelle mondiale. En 2050, près de 80 % des espèces d’oiseaux migrateurs pourraient être affectées par le dérèglement climatique, selon une étude publiée dans la revue spécialisée Nature Climate Change. « La triple crise environnementale qu’est la perte de biodiversité, le changement climatique et la pollution a un réel impact sur la migration des oiseaux qui n’ont pas d’autres choix que de s’adapter », explique Ossama Al-Guébali, directeur du Projet national pour la protection des oiseaux migrateurs. Selon lui, ce qui conditionne la migration des oiseaux, c’est la recherche de nourriture. Toutefois, depuis que les températures ont grimpé, le comportement de certains oiseaux migrateurs évolue. « Les choses sont en train de changer, parfois beaucoup plus vite qu’on ne pourrait imaginer. Les oiseaux s’adaptent, mais pas aussi vite que le changement climatique. Ceci a pour conséquence que les dates de départ et de retour de certaines espèces ont été modifiées », affirme-t-il.

C’est le cas, par exemple, de la grue cendrée ou de la cigogne blanche, qui ont dû avancer leur migration printanière de 15 jours durant cette décennie. D’autres espèces, quant à elles, sont forcées de revenir plus tôt, comme c’est le cas de l’hirondelle rustique. En ce qui concerne les lieux de migration, il y a deux possibilités : certaines espèces s’adaptent bien et deviennent alors plus sédentaires, ce qui favorise leur reproduction. Les autres se dirigent toujours vers le sud, mais moins loin. C’est de cette manière que certains pays perdent petit à petit une partie de leur patrimoine naturel. Et ce n’est pas tout. Les oiseaux doivent parfois changer de lieu de vie. Leur reproduction est affectée, étant donné que la date de ponte doit également être avancée, afin qu’elle puisse coïncider avec l’activité plus précoce des végétaux et des insectes. Cette dernière est bien évidemment une conséquence directe de la hausse des températures.

Une protection nécessaire

Mais pourquoi cela constitue-t-il un problème ? Selon Atef Kamal, expert de l’avifaune et des réserves naturelles à l’Unesco, la date d’arrivée des oiseaux migrateurs sur le lieu de reproduction n’a pas été avancée, contrairement à la date de ponte. Ces oiseaux perdent alors plusieurs jours pour se reproduire, ce qui diminue leurs chances. Quant à leur alimentation, d’autres espèces, telles que les insectes et les poissons, migrent également vers d’autres contrées à la recherche de températures plus clémentes. « C’est ainsi que toute la chaîne alimentaire se trouve perturbée. Les oiseaux doivent alors rechercher d’autres sources de nourriture, s’ils ne décident pas de migrer eux aussi. Mais pour certaines espèces, le rythme effréné des changements dépasse leur capacité à migrer », assure Kamal.

Or, si les décennies à venir réservent d’importants changements dans la distribution et les effectifs de plusieurs espèces, le fait de les remarquer suffisamment tôt est capital pour évaluer la portée de la menace à laquelle elles s’exposent. Raison pour laquelle un programme de détection des oiseaux a été lancé en coopération avec le projet de préservation des oiseaux planeurs, le Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE), Bird Life et l’Autorité des énergies renouvelables. Et ce, afin de détecter et d’enregistrer les espèces migratrices tout en leur fournissant les services vétérinaires dans les réserves naturelles situées sur leur itinéraire depuis leur migration d’Europe en automne. « Protéger la biodiversité et lutter contre le réchauffement climatique sont les grands défis du XXIe siècle », souligne Kamal. Et de conclure : « Les oiseaux ne peuvent pas lutter contre les changements climatiques, nous seuls en sommes capables. Si nous agissons maintenant, nous pourrons réduire les émissions de gaz qui réchauffent la planète, limiter les futures catastrophes liées aux conditions météorologiques et améliorer le sort des milliers d’espèces d’oiseaux ».

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