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L’Afrique face à la pénurie d’eau

Aliaa Al-Korachi , Mercredi, 23 mars 2022

Dakar, la capitale du Sénégal, accueille, du 21 au 26 mars, le 9e Forum mondial de l’eau. L’occasion d’examiner les enjeux de la sécurité hydrique en Afrique qui reste le continent dont l’accès à l’eau est le plus limité.

L’Afrique face à la pénurie d’eau

L’accès à l’eau est le grand défi en Afrique. Alors que la population du continent augmente rapidement et que la crise climatique continue de réduire la disponibilité de l’eau douce, 1 citoyen africain sur 3 est touché par le manque d’eau, et 70 à 80 % des maladies dans le continent sont causées par la mauvaise qualité de l’eau. C’est dans ce contexte que le Forum mondial de l’eau a ouvert ses travaux à Diamniadio, à 30 km de Dakar, sous le thème « La sécurité de l’eau pour la paix et le développement ». C’est la première fois que ce rendez-vous international se tient en Afrique subsaharienne et la deuxième sur le continent après la première édition tenue à Marrakech en 1997.

Organisé tous les trois ans par le Conseil mondial de l’eau, les discussions de cette nouvelle édition aborderont plusieurs thèmes tels le renforcement des réformes politiques et institutionnelles, l’augmentation de l’investissement public et privé et l’importance d’une forte participation citoyenne. Cette édition revêt une importance particulière, puisqu’elle intervient un an avant la Conférence onusienne sur l’eau de 2023, la première organisée sous l’égide des Nations-Unies depuis 1977.

« L’Egypte est un partenaire stratégique du Forum mondial de l’eau », a déclaré Le ministre de l’Irrigation, Mohamad Abdel- Ati. La participation de l’Egypte lui offre une occasion de présenter sa vision sur la gestion des ressources hydriques et ses expériences réussies dans ce domaine. La délégation égyptienne, conduite par le ministre de l’Irrigation, comprend de nombreux spécialistes, chercheurs et techniciens, ainsi que des représentants des principales entreprises opérant dans le domaine de l’eau. La sécurité de l’eau sera au centre des discussions. Cette notion est définie par l’Onu comme étant « la capacité d’une population à garantir un accès durable à des quantités suffisantes et à une eau de qualité acceptable pour soutenir les moyens de subsistance, le bien-être humain et le développement socioéconomique, afin d’assurer la protection contre la pollution d’origine hydrique et les catastrophes liées à l’eau, et pour préserver les écosystèmes dans un climat de paix et de stabilité politique ». Cette notion, inscrite dans le sixième objectif du développement durable prévoyant « l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement », semble pourtant encore loin d’être concrétisée, car environ 230 millions d’Africains seront confrontés à une pénurie d’eau d’ici 2025, explique Ahmad Abdel-Karim, chercheur au département de génie chimique et des sciences analytiques à l’Université de Manchester.

Entre rareté et abondance

Bien que le continent africain ne manque pas d’eau, plusieurs pays sont menacés de pénurie, comme l’explique Abbas Chéraki, expert hydrique au Centre des recherches africaines de l’Université du Caire : « A première vue, il semble que l’Afrique dispose d’importantes ressources en eau : de grands fleuves tels que le Nil, le Congo, le Zambèze, le Niger, et de grands lacs comme Victoria et Tanganyika. L’Afrique est cependant le deuxième continent le plus sec, après l’Océanie. Regroupant 16 % de la population mondiale, il ne possède que 9 % des ressources renouvelables en eau qui sont inégalement réparties ». Selon l’expert, la sécurité hydrique de l’Afrique est exposée à de nombreux problèmes, « ce qui exige des pays africains de repenser la gestion de l’eau pour en garantir l’accès à tous et de coopérer les uns avec les autres pour préserver les droits des générations futures », ajoute Chéraki. La croissance rapide de la population africaine avec un rythme de 3 % par an constitue le premier défi, car cette croissance ne s’accompagne pas d’une augmentation des ressources en eau. Selon l’Onu, le continent devrait presque doubler sa population d’ici à 2050, passant d’environ 1,4 milliard d’habitants à près de 2,4 milliards.

Autre défi : l’évaporation intense et la répartition spatiale ou temporelle inégale des pluies. « 80 % des pays africains sont soumis à une évaporation intense en raison de l’élévation de la température moyenne de l’air et la réduction du taux d’humidité », explique Chéraki. Les 6 pays les plus riches en eau, situés en Afrique centrale et de l’Ouest, détiennent 54 % des ressources totales du continent, alors que les 20 pays les plus pauvres détiennent seulement 7 %. « Le manque physique d’eau » est un autre problème majeur qui se produit comme conséquence des modifications des régimes climatiques même dans des régions où l’eau douce est facilement disponible, explique Abdel-Karim. A cet égard, les estimations indiquent que 135 millions de personnes en Afrique subsaharienne font plus de 30 minutes de déplacement par jour pour avoir accès à l’eau potable.

Ce qui rend la situation hydrique plus alarmante en Afrique est, selon Chéraki, l’utilisation excessive de l’eau dans l’agriculture, qui consomme 82 % de l’eau disponible. Selon les estimations des Nations-Unies, l’Afrique pourrait perdre les deux tiers de ses terres arables d’ici 2025 et 47 % de ses revenus d’ici 2100.

Si le continent africain ne manque pas d’eau, il manque d’infrastructures de distribution et d’assainissement nécessaires. Ce qui aura un impact négatif, comme le souligne Chéraki, sur la qualité de l’eau, la gestion des eaux usées, la production hydroélectrique et la capacité du continent de faire face aux effets des inondations. La Banque Africaine de Développement (BAD) a évalué à plus de 22 milliards de dollars les investissements annuels nécessaires à l’amélioration des infrastructures africaines, alors que les pays du continent n’allouent aujourd’hui que 0,5 % de leur PIB au secteur.

« Tous ces défis majeurs indiquent que l’accès à l’eau est une question de vie et de mort pour tous les Africains », explique Chéraki, avant de conclure : « Pour régler les problèmes des ressources en eau en Afrique, il faudrait radicalement adopter une nouvelle approche basée sur le concept de coopération et d’intégration entre les pays africains afin que l’eau ne soit pas une entrave, mais plutôt un instrument de redressement socioéconomique et de développement de l’Afrique ».

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