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Sabra, un personnage propagandiste de dessins animés

Yasser Moheb , Mercredi, 28 septembre 2022

Le nouveau tome de la série américaine de dessins animés Captain America suscite la colère dans le monde arabe, bien avant sa sortie. Sabra, personnage principal de cette production de Marvel, est montrée du doigt pour ses idées jugées sionistes.

Sabra, un personnage propagandiste de dessins animés
Le film Captain America suscite un vif débat.

Avec Captain America 4, un nouveau tome de la série de dessins animés pour enfants, les studios Marvel ont frappé fort. Débat, accusations, colère: un véritable tollé secoue le monde arabe depuis l’annonce des préparations pour le film, dont les personnages et les messages divisent publics et spécialistes.

Bien qu’encore confidentiel, les détails du prochain film produit par Marvel Cinematic Universe (MCU) se sont dévoilés petit à petit. Il y a deux semaines environ, le MCU a présenté le projet du film, dont la sortie est prévue en mai 2024 : Captain America: New World Order (capitaine America. Nouvel ordre mondial). Celui-ci narre la tentative de domination mondiale par des personnages nuisibles. Une théorie du complot qui trouve notamment son origine dans les Protocoles des Sages de Sion, un texte antisémite et antimaçonnique du début du XXe siècle.

Parmi les nouveaux personnages, Sabra, une héroïne représentant l’Etat juif, qui sera interprétée par l’actrice israélienne Shira Haas, révélée dans la série Netflix Unorthodox, a particulièrement retenu l’attention.

Apparaissant pour la première fois dans les bandes dessinées Incredible Hulk en 1980, Sabra est une super-héroïne mutante, connue pour ses capacités extrêmement puissantes et variées. Elle représente une agente du Mossad qui utilise ses pouvoirs pour lutter contre l’envahisseur. Incarnation de la politique sioniste, ce personnage avait déjà suscité de vives réactions.

Caricature cynique pour les détracteurs du dessin animé qui soulignent aussi l’absence du terme « Palestinien » dans l’oeuvre en question, comme pour effacer toute présence de ce peuple.

Dans le scénario, ce personnage controversé— Sabra— est dépeint comme une héroïne dotée de super-pouvoirs qui lui permettent de se défendre contre l’envahisseur, tout en étant vêtue d’un costume aux couleurs du drapeau d’Israël, avec une grande étoile de David sur la poitrine! Le personnage avait fait sa première apparition dans le Comic Book The Incredible Hulk, en 1980. Et puis, pour la première fois dans une production de Marvel, une super-héroïne défendant les intérêts de l’Etat hébreu était mise à l’honneur sous les traits de Ruth Bath Seraph, devenue agent du Mossad après avoir été formée dans un kibboutz (colonie). Après l’annonce de son inclusion dans le nouveau Marvel, c’est cette connexion du personnage avec le gouvernement israélien— comme le montrent les bandes dessinées— qui dérange une grande partie du public de cette série de dessins animés. Pour certains, elle est l’incarnation même de la propagande sioniste, soutenue par les Etats-Unis.

Les voix récalcitrantes se multiplient

De nombreuses réactions pointaient du doigt cette insertion du nouveau personnage controversé, alors que les organisations de défense des droits de l’homme dénonçaient en février dernier le régime d’apartheid imposé par les autorités israéliennes aux Palestiniens.

Les critiques affirment que de nombreux personnages arabes avec lesquels elle interagissait dans la bande dessinée sont décrits comme misogynes, antisémites et violents, et se demandent si les représentations troublantes des Arabes seront les mêmes dans le film.

L’intellectuel jordanien Khaldoun Khalil a publié des images des bandes dessinées de Sabra et a écrit: « C’est ainsi que les Arabes sont représentés dans la première scène de Sabra, dans les histoires de Marvel. Le mot Palestine n’est pas du tout mentionné, et un enfant arabe paraît comme un voleur ignorant, puis, il est tué par un homme portant un masque noir pour que vous pleuriez. C’est de la propagande, il a essayé de se présenter en victime, après avoir commis son crime ».

Par ailleurs, des organisations pro-palestiniennes ont mené une campagne de protestation sur les réseaux sociaux sous le hashtag #CaptainApartheid, accusant Marvel de « mener une propagande sioniste et de soutenir l’occupation israélienne ».

Quant à l’Institut pour la compréhension du Moyen-Orient, une ONG pro-palestinienne, il a dénoncé la présence de Sabra dans le film, affirmant qu’« en  glorifiant  l’armée  et  la police israéliennes, Marvel encourage la violence d’Israël à l’encontre des Palestiniens et permet la poursuite de l’oppression de millions de Palestiniens vivant sous le régime militaire autoritaire d’Israël ».

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses réactions ont notamment critiqué— tout d’abord— le nom de la super-héroïne. Difficile de ne pas l’associer au camp de Sabra et Chatila, théâtre du massacre de milliers de réfugiés palestiniens dans deux quartiers de Beyrouth par les forces israéliennes en 1982.

Sur Twitter cependant, certains y voient une malheureuse coïncidence, puisque le prénom du personnage puise ses origines beaucoup plus loin. Des internautes n’ont pas manqué de rappeler que « les juifs nés en Palestine sont appelés Sabras (qui désigne aussi un fruit local, épineux à l’extérieur et moelleux à l’intérieur) depuis les années 1930. Il ne s’agit pas alors du massacre ».

Pourtant, à quelques semaines des commémorations des quarante ans du massacre, l’héroïne israélienne, sur le point d’être incarnée sur le grand écran, s’avère assez provocatrice. Car si c’était une coïncidence comme le prétendent d’aucuns, Marvel aurait pu tout simplement changer le prénom du personnage.

D’ailleurs, les comédiens qui prêtent leur voix aux personnages de la série n’ont pas été choisis par hasard. C’est le cas par exemple de la jeune comédienne Shira Haas— réputée pour son engagement pro-sioniste— laquelle doit interpréter Sabra. De quoi révéler la volonté des créateurs de Marvel de faire passer des messages politiques à travers leurs oeuvres.

Véhiculer des messages

Ceci soulève une question pertinente : quel est le rôle des dessins animés quant au développement de l’enfant? Certains jugent violent l’univers qu’exposent les dessins animés. D’autres considèrent que les dessins animés confrontent les enfants trop tôt à la politique et à la sexualité. Même Disney, en apparence responsable des valeurs morales et protecteur de l’innocence de l’enfance, est sujet à de multiples critiques. Ses oeuvres, dit-on, renferment malheureusement des messages osés ou des références sexuelles à peine voilées.

Le monde de l’animation peut également pousser les enfants à la consommation. Si on en revient à un géant du divertissement enfantin, Disney multiplierait les produits dérivés, publicité payante à destination des enfants, ayant pour but ultime d’attirer les plus jeunes dans les salles. Les cas sont nombreux. Les dessins animés influencent-ils vraiment les enfants ?

Certains pensent que prêter de pareils préjudices aux dessins animés est abusif. En effet, le dessin animé reste un divertissement et, sous contrôle parental, ne serait pas nocif pour les enfants.

On est donc face à une énième polémique liée à la communication de messages politiques à travers les oeuvres pour enfants. Un débat qui semble loin de prendre fin.

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