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L’Egypte et l’Ethiopie

Tuesday 30 déc. 2014

L’Egypte et l’Ethiopie multiplient les gestes de bonne volonté et les initiatives de rapprochement, dans le but de faciliter la recherche d’une solution à la crise provoquée par la construction par Addis-Abeba du barrage de la Renaissance sur le Nil bleu.

Ainsi, l’Ethiopie a envoyé la semaine dernière au Caire une délégation « populaire », une première, composée de plus de 70 personnalités publiques, pour tenter d’améliorer les relations entre les deux pays et, selon les termes du chef de la délégation, le président du Parlement Abadula Gemeda, de réduire le fossé qui les sépare sur le partage des eaux du Nil. La visite de la délégation éthiopienne est une réponse, quoique tardive, à celle effectuée par une délégation populaire égyptienne à Addis Abeba en 2012, dans le même but de faire baisser la tension, en vue de régler la crise sur les eaux du Nil.

La visite de la délégation éthiopienne s’explique, en réalité, par le nouveau climat qui s’est installé entre les deux pays depuis la rencontre au sommet entre le président Abdel-Fattah Al-Sissi et le premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, en marge du dernier sommet africain, tenu en juin, en Guinée équatoriale. Les deux dirigeants se sont alors entendus sur la reprise des travaux du comité technique tripartite, égypto-soudano-éthiopien, créé en 2011, pour régler le différend entre ces pays du bassin oriental du Nil autour du barrage de la Renaissance.

De son côté, l’Egypte multiplie depuis plusieurs mois les gestes de bonne volonté et les incitations économiques pour amener la partie éthiopienne à de meilleures dispositions et l’encourager à adopter des positions plus souples sur la question du barrage. Le 17 décembre, Le Caire annonce que la société publique égyptienne, Arab Contractors, contribuera à la construction de la partie éthiopienne de l’autoroute transafricaine, qui devrait relier Le Caire à Cap Town, en Afrique du Sud. Le 3 novembre, l’Egypte signe à Addis-Abeba cinq accords de coopération bilatérale, dans des secteurs aussi variés que le commerce, l’éducation et la santé. Le chef de la diplomatie, Sameh Choukri, a déclaré à l’occasion que depuis sa nomination en juin, il a visité l’Ethiopie chaque mois, et que ces visites répétées visent à recouvrer « la chaleur et la profondeur » dans les rapports bilatéraux.

Nul doute que ces efforts intensifs du côté égyptien, et récemment de la partie éthiopienne, ont insufflé un climat positif et nouveau dans les rapports entre les deux pays. Mais ils ne suffisent pas, à eux seuls, à conduire à un règlement du problème. Pour ce faire, il faut s’attaquer à la source du désaccord qui, en dernière analyse, indique la persistance de deux logiques qui s’affrontent. D’un côté, l’Egypte, qui souffre déjà d’une pénurie d’eau exacerbée par le changement climatique mondial, insiste sur ses droits historiques dans les eaux du Nil, sur sa dépendance presque exclusive sur le fleuve pour ses besoins en eau douce et sur ses besoins futurs. Selon l’Institut national égyptien de planification, le pays, dont la quote-part actuelle est de 55,5 milliards de m3, aura besoin de 21 milliards de m3 supplémentaires d’ici à 2050 pour subvenir aux besoins croissants d’une population qui devrait alors atteindre 150 millions.

Or, l’Ethiopie, ne voulant rien entendre de tout cela, continue de rejeter l’accord de 1959 qui a fixé la quote-part de l’Egypte et insiste sur son droit exclusif d’exploiter les eaux du Nil bleu, qui prend sa source dans son territoire, pour les besoins de son développement économique. Preuve de la persistance de cette logique, malgré les déclarations éthiopiennes de bonne volonté : les travaux de construction du barrage se poursuivent tambour battant sans se soucier des préoccupations égyptiennes et sans attendre les résultats des études que devrait effectuer une firme internationale sur l’impact du barrage sur les pays en aval, l’Egypte et le Soudan, et ses effets environnemental, économique et social. Le 10 décembre, l’Ethiopie annonce que la construction du barrage est à 42 % complète et que sa première phase sera opérationnelle l’année prochaine, avec une capacité de production d’électricité de 700 mégawatts. Tout se passe comme si l’Ethiopie veut gagner du temps pour continuer, à toute allure, la construction du barrage et imposer ainsi un fait accompli .

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