Débats > Opinion >

Les jeunes entre déception et révolution

Sunday 3 nov. 2013

Il est évident que la révolution égyptienne est une révolution des jeunes. Et non une révolution de partis politiques et religieux. Et non plus une révolution de l’élite ou des dirigeants. Ce sont les jeunes qui ont été blessés et tués, ils ont rempli les places égyptiennes le 25 janvier 2011 et le 30 juin 2013. Il est également évident que le motif essentiel du déclenchement de la révolution est la situation déplorable des jeunes Egyptiens. En effet, les opportunités de travail sont presque inexistantes même pour les emplois les moins qualifiés. Et il va de soi que les chances des jeunes de travailler dans leur domaine d’études avec un salaire décent est un rêve impossible. Donc, ce sont les jeunes déçus, qui se sont révoltés, qui méritent de cueillir les fruits de leur révolution. A mon avis, la raison essentielle de la faiblesse du rôle des organisations politiques et civiles est l’absence de contact avec les jeunes, alors que ces organisations continuent dans leurs vieux schémas de pensée. Des réflexions qui négligent les jeunes et par conséquent échouent à les mobiliser. En contrepartie, les partis religieux réussissent à mobiliser les jeunes au nom de la révolution et veulent que l’Egypte revienne en arrière. Personne n’est donc prêt à réaliser un grand saut avec les jeunes Egyptiens.

L’unique richesse réelle aujourd’hui est le peuple et la main-d’oeuvre, et les jeunes sont le pilier de cette main-d’oeuvre. Si ce sont les revenus par individu qui déterminent la productivité de la nation, ils dépendent aussi de la compétence de l’individu et de sa productivité. Nous avons donc besoin de lutter contre la paralysie qui sévit dans le corps de la main-d’oeuvre égyptienne, en particulier les jeunes, pour que le revenu par individu connaisse une hausse considérable. Ensuite, tous les Egyptiens pourront vivre dans la prospérité, car le revenu par individu ne restera pas dans la poche de celui qui l’a gagné, mais sera transféré d’une poche à une autre par le biais de la consommation. C’est grâce au cycle de la valeur monétaire du revenu que les Egyptiens pourront s’enrichir.

Je ne pense pas que la solution est de choisir des jeunes qui manquent d’expertise et de sagesse politique à des postes de dirigeants ou même de ministres. Nous avons besoin de fortes personnalités qui réfléchissent différemment, c’est-à-dire une pensée du niveau d’une révolution et non d’un simple amendement législatif. Par exemple, nous avons besoin d’un plan d’exploitation des jeunes éduqués, afin de former des centres de créativité électronique et informatique. Ainsi que des centres de formation technique se basant sur les investissements afin d’exploiter les jeunes qui ont reçu un enseignement moyen, et aussi des centres chargés d’éduquer les jeunes analphabètes. Bref, un plan pour sauver toute une génération de jeunes Egyptiens, pour les transformer en citoyens producteurs qui forment la classe moyenne égyptienne. Cette classe sociale a besoin d’être enrichie et élargie pour assimiler la majorité des Egyptiens, et par conséquent permettre à la roue de l’économie de tourner.

Il serait dommage de se contenter de la victoire de l’identité et du nationalisme égyptiens, et de continuer à compter sur des personnes aux modes de pensée traditionnels, sans aucun plan radical de changement. Il serait aussi dommage d’oublier le malheur des jeunes qui ont fait la révolution, et de ne pas réaliser la renaissance pour laquelle ils se sont révoltés, car la révolution ne signifie pas uniquement isoler un président, un gouvernement, un parti ou un groupe. C’est toute une mutation, un changement radical dans la pensée sociale et économique, et les jeunes Egyptiens constituent l’outil de cette mutation.

Mots clés:
Lien court: