Opinion > Opinion >

Les options limitées de l’Opep+

Wednesday 10 août 2022

L’Opep+ a annoncé le 3 août un accord pour augmenter la production de pétrole de 100000 barils par jour (b/j) en septembre prochain, bien moins que les 650000 b/j que le groupe avait accepté d’ajouter en juillet et août. Cette hausse limitée ne devrait pas se traduire par une baisse des prix mondiaux du pétrole, au grand dam du président américain, Joe Biden, qui a exercé une forte pression sur l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial et chef de file de l’Opep, pour que le cartel augmente considérablement sa production. L’annonce de l’Opep+ intervient après la visite de Biden en Arabie saoudite, où il s’est employé à convaincre le Royaume de tirer tous les leviers à sa disposition pour réduire les prix du carburant, en promettant au retour, entre autres, de répondre positivement à ses besoins de protection militaire contre les menaces provenant des alliés régionaux de l’Iran.

Joignant l’acte à la parole, l’Administration américaine a approuvé le 2 août, la veille de la réunion de l’Opep+, la vente de systèmes de défense antimissile balistique Patriot à l’Arabie saoudite pour un montant de 3,05 milliards de dollars. Elle a également approuvé la vente aux Emirats Arabes Unis (EAU) du système de missiles antibalistiques THAAD, dont le coût est estimé à 2,245 milliards de dollars. Les deux pays sont ceux qui disposent de capacités de production supplémentaire au sein de l’Opep.

Politiquement, la toute petite augmentation de la production décidée par l’Opep+, équivalente à 0,1% de la demande mondiale, peut être considérée comme un camouflet pour le président américain. Elle ne ferait pas baisser les prix et ne signalait pas l’intention de livrer plus de barils sur le marché mondial. Le conseiller de la Maison Blanche pour la sécurité énergétique, Amos Hochstein, a concédé que la décision de l’Opep+ n’affecterait pas le prix de l’essence pour les Américains.

L’augmentation annoncée, la plus faible en pourcentage de l’histoire de l’Opep, portera la production de l’Opep+ à des niveaux à peu près pré-pandémiques, mais l’offre de pétrole reste faible et les cours élevés de l’énergie ont contribué à la montée en flèche de l’inflation dans le monde entier. Les prix ont certes baissé pendant les deux derniers mois par rapport aux sommets atteints à la suite de l’invasion russe de l’Ukraine, mais restent élevés, soutenus par les sanctions occidentales contre Moscou.

Diverses raisons expliquent le fait que l’Opep+ n’a pas tenu compte de l’appel occidental à augmenter sensiblement sa production. Il y a d’abord les contraintes pesant sur la capacité du groupe à augmenter considérablement sa production, même s’il le souhaitait. Les 23 membres de l’Opep+ n’atteignaient déjà pas leurs quotas de production avant l’annonce du 3 août, et il y a des doutes que le groupe parvienne à tenir sa promesse d’augmenter la production. En juin dernier, la production de l’Opep+ était inférieure de près de 3 millions de b/j à ses quotas, les sanctions imposées à certains membres, la Russie et l’Iran, le vieillissement des infrastructures et les troubles politiques, comme en Libye et en Iraq, et le faible investissement dans d’autres pays, comme le Nigeria et l’Angola, ayant paralysé sa capacité à stimuler la production.

La baisse des investissements est un phénomène général qui touche l’ensemble du secteur pétrolier. Il remonte aux années 2015-2016 qui ont vu l’effondrement des prix du pétrole en raison d’une offre excédentaire. L’attention croissante des investisseurs aux questions économiques, sociales et de gouvernance, ainsi qu’à la transition énergétique, loin des combustibles fossiles, a davantage entraîné un déficit des dépenses nécessaires pour répondre à la demande. L’Opep+ a reconnu, au terme de sa rencontre, que la disponibilité des capacités de réserve était « sévèrement limitée » en raison du sous-investissement chronique dans le secteur. Le cartel a par conséquent opté pour une approche très réservée préconisant d’utiliser cette capacité excédentaire avec grande prudence en réponse à de graves perturbations de l’approvisionnement.

Les craintes de récession mondiale suscitent, d’autre part, l’inquiétude des pays producteurs de pétrole et les ont incités à la grande prudence. Ces préoccupations portent sur la baisse de la demande d’énergie, notamment en provenance de Chine, au moment où la croissance mondiale ralentit et les Banques Centrales augmentent leurs taux d’intérêt pour lutter contre l’inflation. Ces données ont découragé l’Opep+ d’augmenter sensiblement sa production.

Enfin, l’augmentation de la production de l’Opep+, certes limitée et en deçà des attentes de l’Administration américaine, se voulait un geste envers cette dernière de la part de l’Arabie saoudite qui cherchait à la fois à ménager les Etats-Unis, son partenaire stratégique, et la Russie, son partenaire au sein de l’Opep+, pour le contrôle du marché pétrolier. Dans l’esprit du Royaume, l’augmentation, quoique faible, va dans le sens des souhaits de Washington, qui en est toutefois insatisfait. Qu’elle soit limitée arrange Moscou, qui souhaite le maintien des cours élevés du brut au moment où il subit la baisse de ses exportations à cause des sanctions occidentales.

Mots clés:
Lien court: