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Le gaz entre sanctions et chantage

Wednesday 1 juin 2022

Bien que des pays membres de l’Union Européenne (UE), telles la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie, se soient opposés à l’embargo européen sur le pétrole russe prévu dans un délai de six mois, il semble que le projet sera approuvé à quelques exceptions près, comme la prolongation du délai pour certains pays. Selon la logique punitive qui régit cette décision, les exportations de pétrole et de gaz russes assurent à Moscou d’énormes revenus qui permettent le financement de la guerre contre l’Ukraine. Une logique tout à fait raisonnable, mais qui se contredit cependant avec les intérêts européens, car les alternatives à l’énergie russe ne sont pas disponibles à l’échelle mondiale dans un bref délai. De plus, le passage aux ressources pétrolières du Moyen-Orient ou autres nécessite d’énormes investissements pour moderniser les raffineries européennes conçues pour le pétrole lourd russe et non pas le pétrole léger du Moyen-Orient. Le changement des sources de gaz nécessite aussi la construction d’une nouvelle infrastructure de pipelines et d’usines de liquéfaction qui facilitent l’importation à un coût approprié.

L’Europe est divisée sur la politique de sanctions contre la Russie, qui, selon le Sénat français, s’est avérée beaucoup plus néfaste pour l’Europe qu’elle ne l’est pour l’économie russe. En effet, celle-ci a été jusqu’à présent en mesure de neutraliser l’impact des sanctions malgré leur cruauté et a même réalisé des gains financiers et moraux. Dans ce contexte, la politique européenne est entièrement soumise à la méthode américaine de sanctions, même si elle porte préjudice aux intérêts de l’Europe. Quant aux politiques américaines, elles en sont arrivées au stade de porter préjudice à leurs intérêts et à ceux de leurs alliés. Les législateurs et dirigeants américains, obsédés par l’imposition de sanctions économiques à tous ceux qui osent les opposer, voient les sanctions comme une méthode qui fait chanter les autres pour réaliser leurs intérêts universels et imposer leur domination sur l’ordre mondial. Ils partent du principe que la loi américaine a compétence sur le monde entier et que sa violation exige des sanctions. Cependant, un grand nombre de ces sanctions n’atteignent pas les objectifs souhaités. Les pays sanctionnés parviennent à les contrecarrer de nombreuses façons et certains ont même la capacité d’apporter des réponses douloureuses à l’économie américaine elle-même. Les sanctions commerciales chinoises imposées par Pékin en réponse aux sanctions commerciales de l’Administration Trump en sont la preuve, alors que les répliques de Moscou aux sanctions occidentales en sont une autre. En effet, la décision de vendre le pétrole et le gaz aux pays non amis en rouble menace le statut du dollar américain en tant que monnaie de réserve internationale et outil de l’hégémonie économique américaine.

Autre exemple : la Corée du Nord, malgré toutes les restrictions, les sanctions et le blocus qui persistent depuis des décennies, continue à réaliser des avancées dans le domaine des missiles et de l’armement nucléaire, ce qui constitue un énorme défi à l’approche américaine et occidentale.

Cependant, il existe une insistance évidente de poursuivre cette méthode stérile. En effet, le projet de loi américain anti-OPEP, NOPEC, qui a refait surface au Congrès américain, est la dernière application de la méthode américaine de sanctions. Ce projet permet d’intenter des procès contre les pays que les Etats-Unis considèrent comme responsables de la hausse des prix des produits pétroliers et qui méritent ainsi d’être condamnés par les tribunaux américains à verser des indemnisations majeures à l’économie américaine.

Pour que ce projet acquière force de loi, il doit être ratifié par le Congrès et approuvé par le président Biden. Mais il est évident que certains législateurs souhaitent accélérer l’adoption de ce projet de loi pour des raisons purement électorales. Son adoption est à même de frapper en profondeur les mécanismes internationaux de production et de tarification du pétrole qui tiennent compte de l’offre et de la demande. Cette loi contredit le principe de souveraineté qui protège les compagnies pétrolières des pays de l’OPEP, ouvre la porte au chaos mondial dans le secteur pétrolier et sape tous les fondements de sa stabilité.

Si le chaos frappe le secteur pétrolier mondial, personne ne jouira de stabilité, ni pourra faire face à la récession mondiale attendue. Pomper du pétrole en quantités mondiales entraînera la sortie de nombreuses petites entreprises américaines locales de la production, ainsi que la hausse des taux de chômage. Les mises en garde contre ces effets catastrophiques sont nombreuses, mais les législateurs américains ne se soucient que de remporter les élections au détriment des intérêts du monde entier.

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