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Projet TrèFLE : Pour un meilleur enseignement du français

Abir Taleb , Samedi, 18 mars 2023

Une cérémonie a été organisée cette semaine à la résidence de France au Caire pour célébrer le projet TrèFLE, qui forme des inspecteurs et des enseignants de français LV2 de toute l’Egypte. A mi-parcours, la réussite est déjà au rendez-vous.

Projet TrèFLE : Pour un meilleur enseignement du français
La cérémonie a réuni, autour de l’ambassadeur de France et du ministre de l’Education et de l’Enseignement technique, l’ensemble des partenaires du projet TrèFLE.

« Projet pilote, global, innovant et ambitieux. Projet pilote parce qu’il est inédit par son format et son ampleur et qu’il s’étend à l’ensemble des gouvernorats. Innovant parce qu’il vise les compétences du XXIe siècle en impliquant le développement de toutes les modalités de formation, le numérique et l’enseignement hybride. Ambitieux parce qu’il a vocation à toucher l’ensemble de l’enseignement du français, non seulement les 13 000 professeurs de français, mais aussi les inspecteurs et les formateurs ».

C’est ainsi que l’ambassadeur de France en Egypte, S.E. M. Marc Baréty, a décrit TrèFLE, un projet de soutien à l’enseignement du français Langue Vivante 2 (LV2) en Egypte. Et ce, lors d’une cérémonie « TrèFLE en fête » tenue le 9 mars à la résidence de France au Caire, réunissant, autour de l’ambassadeur et du ministre de l’Education et de l’Enseignement technique, Dr Réda Hégazi, l’ensemble des partenaires du projet TrèFLE afin de célébrer l’enseignement du français dans les écoles gouvernementales en Egypte. Dès la rentrée 2024, une deuxième langue vivante, en l’occurrence le français, deviendra en effet une matière obligatoire à partir de la première année préparatoire.

TrèFLE est un projet financé par l’Agence Française de Développement (AFD), mené conjointement par France Education International (FEI), le réseau Canopé et l’Institut Français d’Egypte (IFE), en collaboration avec le ministère de l’Education et de l’Enseignement technique. Il va de pair avec la réforme curriculaire d’ampleur menée par le ministère et qui vise à développer l’enseignement des langues étrangères dans les écoles gouvernementales (cycles préparatoire et secondaire), avec comme conséquence le passage de 3 à 6 années d’enseignement du français dans le système scolaire public. Et, comme l’a dit le ministre de l’Education, « c’est dans le cadre du plan de réforme du système éducatif Education 2.0 lancé en 2018 que s’inscrit le projet TrèFLE ». « Le ministère ne ménage aucun effort pour améliorer le niveau des enseignants et des inspecteurs de français. Il accorde une importance particulière au développement des programmes scolaires, à la transformation numérique et à l’inclusion des outils pédagogiques et numériques pour le développement de l’enseignement du français », a déclaré Dr Hégazi.

Des enseignants venant des 27 gouvernorats

Les formations de formateurs mises en place en 2022 ont permis d’accompagner plus de 500 professeurs de français et inspecteurs. En 2024, au terme du projet, 13 000 enseignants et cadres éducatifs auront bénéficié de ce programme. Lors de la cérémonie du 9 mars, une partie d’entre eux, en provenance des 27 gouvernorats, se sont vu remettre leurs attestations de réussite. Du côté des bénéficiaires de ce projet, la satisfaction est au rendezvous. « Des enseignants plus qualifiés, ce sont de meilleurs élèves », estime Ahmed Chérif, professeur de français au Caire. « Après avoir passé un test de niveau, j’ai suivi plusieurs formations à l’Académie Moubarak à la ville du 6 Octobre, à l’IFE à Mounira, ainsi que des cours en ligne. Finalement, j’ai passé l’épreuve de DELF B2 avec succès, je suis 3e au niveau de la République. Une plateforme électronique a été aussi créée pour les enseignants, à travers laquelle ils peuvent trouver les outils nécessaires », dit-il. Et d’ajouter que toutes ces formations sont gratuites et que des frais d’hébergement sont donnés aux enseignants venant d’autres gouvernorats. C’est le cas de Abadallah Abdelaal, inspecteur dans la zone Est de Mansoura et référent technique dans ce projet. « Après avoir suivi deux formations de deux semaines chacune au Caire, on suit actuellement une formation numérique à distance », précise-t-il.

Comme l’a dit David Sadoulet, directeur de l’IFE, le projet marche donc « formidablement bien et on a été impressionné par l’engagement des inspecteurs et des enseignants formés ». L’Institut français a naturellement été choisi comme opérateur du projet. « Dans le cadre de la réforme, la seconde langue vivante, qui va souvent être le français, sera exigeante pour les élèves et les enseignants. C’est ce qu’on prépare pour que le niveau progresse au service de la Francophonie. C’est tout l’enjeu de TrèFLE », affirme Sadoulet.

Place au numérique

Marc Baréty, rappelant que le mois de mars est celui de la Francophonie, a insisté sur le fait que l’avenir de la langue française soit « étroitement lié au développement de l’éducation. Car la Francophonie, c’est l’éducation, la formation, le développement des idées, le développement durable et aussi un atout pour trouver un emploi », a-t-affirmé, ajoutant que le partenariat bilatéral en faveur du soutien à l’enseignement de la langue française s’inscrit dans l’accompagnement au plan de réforme Education 2.0.


Le français sera enseigné en LV2 dès la première année préparatoire à partir de la rentrée 2024.

Le projet TrèFLE est l’une des seules opérations de l’AFD qui couvre l’ensemble des 27 gouvernorats d’Egypte, comme le rappelle Clémence Vidal de la Blache, directrice de l’AFD. En 2022, a-t-elle précisé, plus de 900 heures de formation linguistique ont été dispensées en présentiel et plus de 1 200 heures en distanciel. « L’objectif étant 5 000 de formation, c’est colossal ! », estime de la Blache, précisant que le consortium de partenaires, mené par FEI avec le réseau Canopé et l’IFE, travaille avec le ministère pour créer du contenu de formation : formation de mise à niveau linguistique, formation pédagogique, formation numérique. Le numérique, c’est justement le rôle de Canopé. Marie-Caroline Missir, directrice générale du réseau Canopé, explique que les formations ont porté sur le développement des compétences numériques des enseignants pour ancrer l’enseignement du français dans le XXIe siècle. « La première pierre est de former les enseignants pour qu’eux-mêmes se sentent en capacité d’enseigner en français. L’objectif est bien de toucher tous les élèves, de vivre cette ambition du français, de la formation au bénéfice des élèves égyptiens et de la qualité de l’enseignement », déclare Missir. Pierre-François Mourier, directeur général de FEI, l’opérateur du ministère français de l’Education nationale en charge des projets de coopération éducative à l’international, estime pour sa part que « le projet TrèFLE oeuvre à l’édification d’une éducation plurilingue interculturelle et est central dans le dispositif même de la coopération franco-égyptienne ». « Chaque opérateur apporte, dans un esprit de complémentarité et de solidarité, la plus-value de son savoir-faire et de son expertise en matière d’éducation, le numérique éducatif pour Canopé, l’enseignement du FLE (français langue étrangère) pour l’IFE, la formation de formateurs en didactique pour FEI », a-t-il déclaré.

Le coût total du projet, financé par l’AFD, est de 2 millions d’euros de dons du gouvernement français. « Ce qui reflète une forte volonté politique telle qu’exprimée par le président français en 2020 à propos de la vision de la Francophonie », affirme Clémence Vidal de la Blache. Cette volonté politique, elle existe aussi et surtout côté égyptien, comme l’a exprimé Dr Réda Hégazi : « C’est un projet qui reflète les profondes relations entre nos deux pays ». « Un travail considérable a été mené depuis un an et il va se poursuivre afin de préparer la rentrée 2024, année de la réforme », affirme la directrice de l’AFD. Mais l’objectif serat- il atteint d’ici là ? Selon Clémence Vidal de la Blache, sur la deuxième année, les 500 personnes formées vont elles-mêmes former 6 000 enseignants avec le même contenu, soit environ la moitié du réseau de professeurs de français dans les écoles gouvernementales. « Le projet doit finir fin 2024, mais on réfléchit sur la possibilité de le prolonger. Aujourd’hui, 3 millions d’élèves ont accès au français dans les écoles gouvernementales, un chiffre qu’on voudrait voir progresser. On espère voir plus d’élèves choisir le français en LV2 », conclut Clémence Vidal de la Blache.

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