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Mahmoud Mohieddine : L’économie mondiale sous la loupe

Amani Gamal El Din , Lundi, 07 février 2022

Invité dimanche d’une table ronde organisée par la revue Al-Siyassa Al-Dawliya, Mahmoud Mohieddine, directeur exécutif du FMI et membre de son conseil d’administration, est revenu sur les grands dossiers de l’économie mondiale et la situation en Egypte. Bilan.

Mahmoud Mohieddine

Lors d’une table ronde organisée par l’équipe de rédaction de la revue Al-Siyassa Al-Dawliya dimanche 23 janvier, Mahmoud Mohieddine, directeur exécutif du FMI, est revenu sur les grands dossiers économiques mondiaux, ainsi que la situation en Egypte. Il a notamment évoqué l’inflation mondiale galopante, la croissance et la dette. « L’inflation mondiale n’était pas un sujet de préoccupation majeur dans le monde, mais nous témoignons aujourd’hui de taux sans précédent : 7 % aux Etats-Unis, le plus haut depuis 40 ans, et 5 % dans la zone euro, également le taux le plus élevé depuis 20 ans au moins », a affirmé Mohieddine, qui a évoqué les causes de cette inflation et le débat parmi les économistes pour savoir s’il s’agit d’une urgence ou d’une crise durable, soulignant l’échec des prévisions mondiales sur l’inflation. Mohieddine a ajouté que l’attitude des Etats-Unis, première économie mondiale, face à l’inflation et la centralité du dollar dans les transactions financières mondiales, aura un impact significatif sur les autres économies du monde, qu’elles soient avancées, émergentes ou en développement. Les politiques américaines ramèneront l’inflation à 3,5 %, mais ce taux reste supérieur à l’ancien taux de 2 %.

L’économie mondiale sous la loupe
Mahmoud Mohieddine et Ahmed Nagui Qamha, rédacteur en chef d’Al-Siyassa Al-Dawliya, avec Névine Kamel, rédactrice en chef d’Al-Ahram Hebdo, et Ezzat Ibrahim, rédacteur en chef d’Al-Ahram Weekly.

 

Dans les pays arabes, la question de l’inflation est l’une des priorités des politiques économiques. Mais l’inflation mondiale aura des effets importants sur la région, qui dépend dans une grande mesure de l’importation. En plus, les mesures monétaires qui seront prises pour faire face à la situation inflationniste mondiale affecteront les flux financiers dans les pays de la région et les marchés de la dette. « L’augmentation des taux d’intérêt sur le dollar au cours des deux prochaines années aura des répercussions importantes. Il y aura 6 ou 7 augmentations comprises entre 1,75 % et 2 %, qui auront des effets globaux sur les flux de trillions de dollars vers les pays de la région », a prévu Mohieddine.

Le piège du milieu

Dr Mohieddine a évoqué ce qu’il appelle le « piège du milieu ». « Nous avons, d’un côté, des pays riches et économiquement avancés qui sont capables de faire face à l’inflation mondiale, de l’autre, des pays en développement aux revenus plus limités et auxquels les pays donateurs fournissent un soutien financier pour les aider à se remettre des effets de l’inflation. Quant aux pays intermédiaires, dont les revenus peuvent être limités ou élevés, ils luttent pour faire face à l’inflation », a déclaré Mohieddine. Pour faire face au « piège du milieu », le Fonds Monétaire International (FMI) a créé un fonds pour aider les pays à surmonter les effets de la pandémie, à contenir les catastrophes et à réduire le fardeau de la dette.

 

L’économie mondiale sous la loupe

 

Mahmoud Mohieddine a évoqué les succès obtenus par l’économie égyptienne avant la pandémie, qui lui ont permis de réaliser un taux de croissance positif alors que de nombreux pays de la région souffraient de la pandémie. L’Egypte a réalisé des taux de croissance supérieurs à ceux des pays arabes pétroliers. « Les institutions internationales perçoivent de manière positive l’économie égyptienne », a affirmé Mohieddine, soulignant que la hausse des taux de croissance en Egypte nécessite de changer la manière d’investir et d’épargner.

Concernant le rôle de l’Etat et du secteur privé dans l’économie, il a affirmé que l’Etat joue un rôle essentiel pour booster l’investissement privé et développer le système de santé. « L’Etat doit investir pour renforcer les capacités de résistance du pays et fournir des garanties à la société. Il doit de même investir dans les domaines où le secteur privé n’investit pas, car ne rapportant pas de gains ou ne faisant pas partie de ses priorités », a ajouté Mohieddine, soulignant le rôle important du secteur privé dans l’investissement et la croissance et mettant l’accent sur des secteurs comme les énergies renouvelables, l’intelligence artificielle et les systèmes d’information.

 

L’économie mondiale sous la loupe

 

Mahmoud Mohieddine a ensuite évoqué le projet « Vie décente », qui a injecté dans l’économie 700 milliards de L.E., soit 5 % du PIB sur 3 ans. Ce projet aura des effets sur la croissance. Il représente un apport qualitatif au niveau de l’investissement dans les infrastructures. « Le projet Vie décente est l’espoir d’un changement pour l’Egypte aux côtés des grands projets nationaux », a affirmé Mohieddine. Autre sujet évoqué par Mohieddine : la dette. L’expert a établi une comparaison entre les pays riches et les pays en développement au niveau de l’emprunt. « Les pays riches peuvent recourir à l’emprunt à travers des émissions d’obligations, mais avec un coût très minime et un taux d’intérêt près de zéro, comme l’Allemagne et les Etats-Unis », a-t-il dit. En revanche, le coût de l’emprunt dans les pays en développement et émergents atteint 7 %, parfois même 10 ou 12 %. « Plus la maturité de la dette est longue, plus le coût de l’emprunt est grand », a conclu Mohieddine.

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