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Les enjeux de la COP27 en cinq questions

Aliaa Al-Korachi , Dimanche, 06 novembre 2022

Intervenant après une année marquée par des chocs climatiques, des tensions géopolitiques et des défis financiers, énergétiques et alimentaires sans précédent, la COP27 s’est fixé quatre grands objectifs : l’atténuation, l’adaptation, le financement et une transition juste. Zoom sur les questions-clés.

Les enjeux de la COP27 en cinq questions

◆ Qu’est-ce que la COP27 et pourquoi est-elle importante ?

La 27e Conférence des Parties à la Convention-Cadre des Nations-Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), appelée COP27, se tient en Egypte du 6 au 18 novembre 2022 dans la station balnéaire de Charm Al-Cheikh. Elle réunit dirigeants, gouvernements, entreprises, société civile et militants pour le climat pour négocier une réponse coordonnée afin de limiter le réchauffement de la planète. Les négociations mondiales sur les changements climatiques ont commencé après l’adoption de la CCNUCC en 1992 lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro.

L’objectif de ce traité est de « stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse induite par l’homme sur le système climatique ». Depuis 1994, date d’entrée en vigueur du traité, les Etats signataires se réunissent régulièrement chaque année pour des sommets mondiaux sur le climat COP, qui signifie Conférence des Parties. D’une COP à l’autre, les accords et promesses se suivent sans pour autant arriver à inverser les cours du réchauffement climatique. Après la première COP qui s’est tenue à Berlin en 1995, la COP3 figure parmi les plus marquantes. Tenue au Japon en 1997, elle a vu l’adoption du Protocole de Kyoto, premier document juridiquement contraignant qui a défini des limites d’émissions pour les pays industrialisés signataires à atteindre jusqu’à 2012. Quant à la COP21 ou Conférence de Paris de 2015, elle a conduit à l’adoption de l’Accord de Paris, qui vise à maintenir la température de la planète en dessous de +1,5 degrés Celsius et réduire les émissions de carbone d’environ 50 % d’ici 2030. La COP26 est la plus récente. Tenue dans la ville écossaise de Glasgow, elle a abouti au Pacte climatique de Glasgow. Outre la COP climat, il existe aussi deux autres COP, liées aux deux autres conventions adoptées à Rio en 1992 : la Convention sur la biodiversité et la Convention sur la lutte contre la désertification.

◆ Qui participe à la COP et pourquoi a-t-elle lieu en Egypte ?

La COP se déroule chaque année dans des pays différents sur la base d’une rotation géographique : Afrique, Asie-Pacifique, Europe de l’Est, Amérique latine-Caraïbes et Europe de l’Ouest élargie (WEOG). Ces sommets sur le climat sont préparés tout au long de l’année par des négociations intermédiaires, qui ont lieu en juin à Bonn, et par une Pré- COP. Cette année, c’est l’Egypte qui accueille la COP au nom de l’Afrique.

En fait, Le Caire se trouve au centre de la diplomatie internationale non seulement en tant que représentant de l’Afrique ou du Moyen-Orient mais aussi en tant que représentant de la voix des pays du Sud qui paient le prix le plus élevé pour le changement climatique, bien qu’ils contribuent le moins à la crise climatique. L’Egypte aspire à donner un nouveau souffle aux conférences sur le climat et à servir de pont afin de faciliter les discussions entre le Sud et le Nord. A la COP27, comme à chaque COP, deux zones ont été organisées : la zone bleue et la zone verte. La première, gérée par l’Onu, accueille les négociations officielles. De l’autre côté de la route se trouve la zone verte, gérée par le gouvernement égyptien. Elle est conçue comme une plateforme pour le grand public par le biais d’expositions, d’ateliers ou de débats. Mais outre les négociations officielles, il y aura des milliers d’événements parallèles, répartis sur des journées thématiques, tels que la finance, la science, la décarbonation, l’agriculture, l’énergie, la jeunesse, l’eau, la biodiversité et l’innovation.

◆ Pourquoi la COP27 s’annoncet- elle comme la conférence de la dernière chance ?

En fait, la COP27 intervient après une autre année record marquée par des phénomènes météorologiques extrêmes : l’inondation du tiers du territoire du Pakistan, l’été le plus chaud depuis 500 ans en Europe, les feux de forêt en Californie, un million de personnes déplacées par les pires inondations que le Nigeria n’ait jamais connues, une sécheresse qui frappe les pays de la Corne de l’Afrique pour la cinquième année consécutive. Aucun pays, aucune économie n’est à l’abri de la crise climatique. La nécessité d’une action climatique radicale n’a jamais été aussi cruciale. Plusieurs rapports ont sonné l’alarme, avertissant que le réchauffement climatique connaît des points de non-retour. « La fenêtre d’opportunité se referme. Les progrès réalisés depuis la COP26 à Glasgow ont été terriblement insuffisants. Le monde se dirige vers un réchauffement catastrophique de 2,5°C à la fin du siècle », a prévenu l’Onu dans un rapport publié à dix jours avant la COP27.

L’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) a indiqué, pour sa part, que les concentrations atmosphériques des trois principaux gaz à effet de serre, dioxyde de carbone, méthane et protoxyde d’azote, ont battu de nouveaux records en 2021. Par ailleurs, « quel que soit le rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les impacts dévastateurs du réchauffement sur la nature et l’humanité qui en dépend vont s’accélérer », a noté le GIEC dans son dernier rapport (voir infographies). Les chiffres sont alarmants : en 2022, une personne sur deux dans le monde subit déjà des pénuries d’eau liées au dérèglement climatique. Entre 9 et 14 % des espèces seraient impactées au cours de la dernière décennie. Le nombre de catastrophes naturelles liées au climat a plus que doublé au cours de la dernière décennie par rapport aux années 1980. Alors que le changement climatique pourrait contraindre 86 millions d’Africains à migrer au sein de leur propre pays d’ici 2050. Toutefois, « l’humanité n’est à ce stade pas armée pour faire face à la dégradation certaine de la situation. Les niveaux actuels d’adaptation seront insuffisants pour répondre aux futurs risques climatiques », a prévenu le GIEC.

◆ Les tensions géopolitiques causées par la guerre en Ukraine peuvent-elles affecter les discussions à la COP27 ?

Selon des analystes, la guerre en Ukraine, les prix élevés de l’énergie et les prévisions de récession économique pourraient affecter les ambitions sur lesquelles le monde s’est mis d’accord dans le cadre de l’Accord de Paris. En fait, la situation en Ukraine a exacerbé la polarisation et a poussé les pays occidentaux à revenir progressivement sur leurs engagements de réduire l’utilisation des combustibles fossiles. L’Allemagne, par exemple, a de nouveau autorisé l’utilisation du charbon dans ses installations, après l’avoir interdite en 2021. L’Inde a prolongé jusqu’en 2070 le délai fixé pour parvenir à zéro émission à partir des combustibles fossiles, alors que la Chine a annoncé vouloir atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Selon Sameh Choukri, ministre des Affaires étrangères et président désigné de la COP27, « cette session de la COP se déroule dans des conditions géopolitiques complexes, des tensions et un état de polarisation, nous espérons que cet état ne se reflétera pas sur les négociations sur le changement climatique car tout échec ou tout retour en arrière sur les engagements climatiques conduira le monde à un point de non-retour ».

Et d’ajouter : « C’est un message que nous avons envoyé au cours de la période écoulée à toutes les parties concernées, que ce soit à travers les réunions ministérielles informelles qui se sont tenues tout au long de l’année ou lors de la réunion préparatoire à la COP27, qui s’est tenue en octobre en République démocratique du Congo. Les parties participant au sommet sur le climat doivent réaliser que le coeur et l’essentiel de cette conférence c’est de relever les défis du changement climatique ».

 ◆ Dans ce contexte, quels sont les objectifs et les attentes de la COP27 ?

L’enjeu de la COP27 est en premier lieu financier. Qui paie la facture climatique ? L’écart entre les pays développés, principaux émetteurs et financeurs pour l’aide climatique internationale, et les pays en développement, souvent les plus vulnérables, se creuse. Les 46 pays les moins développés de la planète abritent 14 % de la population mondiale et sont responsables d’à peine 1 % des émissions de CO2 issues des énergies fossiles. Les discussions de la COP27, caractérisée comme une « COP de mise en oeuvre », seront axées sur quatre domaines prioritaires : l’atténuation, l’adaptation, les pertes et les dommages, ainsi que le financement. En fait, la question de pertes et dommages, ce sujet litigieux reporté d’une COP à l’autre, figurera en tête de l’ordre du jour de la COP27.

Ce terme désigne les dégâts irréversibles causés par le dérèglement climatique malgré tous les efforts d’adaptation ou de réduction des émissions de gaz à effet de serre, comme les cyclones ou les inondations et la montée du niveau de la mer. Jusqu’à présent, les financements climatiques ne sont consacrés qu’aux efforts d’atténuation ou de réduction des émissions de gaz à effet de serre et aux mesures d’adaptation pour faire face aux impacts du réchauffement. Mais les pays les plus vulnérables réclament la création d’un nouveau mécanisme qui oblige les pays riches à leur verser une sorte de compensation. « Un accord sur les pertes et dommages sera le principal test décisif pour la COP », a déclaré Antonio Guterres, secrétaire général de l’Onu. Et d’ajouter : « Le fait de ne pas agir sur les pertes et les dommages entraînera une plus grande perte de confiance et davantage de dommages climatiques. C’est un impératif moral qui ne peut être ignoré et la COP27 doit être le lieu d’action sur les pertes et dommages ».

Autre enjeu de la COP27, le soutien financier aux efforts de mise en oeuvre des engagements climatiques. En fait, les pays développés s’étaient engagés à verser 100 milliards de dollars par an aux pays pauvres d’ici 2020 pour financer leurs actions de lutte contre le changement climatique. La promesse n’a pas été tenue : d’après l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), en 2020, les aides ont atteint 83,3 milliards de dollars, soit 16,7 milliards de moins que ce qui avait été décidé. « Sans financement et investissements concrets, toutes les promesses sur le climat seront vides de sens. La crédibilité même du sommet onusien pourrait être en jeu », a averti Mahmoud Mohieddine, champion de haut niveau de l’Onu pour l’action climatique d’Egypte, avant de révéler que la COP27 prépare « un document sur les critères de financement de l’action climatique pour les secteurs public et privé. Ce document vise à diriger l’argent vers les activités, les secteurs et les pays qui en ont le plus besoin et à pousser les pays développés à respecter leurs engagements climatiques ».

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