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Sauver le Delta du Nil

Nada Al-Hagrassy , Mercredi, 19 octobre 2022

Le Delta du Nil est l’une des régions menacées par l’élévation des niveaux des mers. Comment faire face aux répercussions des changements climatiques dans cette région? C’était le principal thème de la 5e Semaine de l’eau du Caire. Compte rendu.

Sauver le Delta du Nil

La protection du Delta du Nil était l’un des principaux thèmes de la cinquième Semaine de l’eau du Caire. Le phénomène de l’élévation des niveaux des mers représente un défi pour un grand nombre de pays dans le monde, en particulier les zones côtières, et surtout les deltas fluviaux qui occupent une place importante dans la civilisation humaine. Le Delta du Nil, plus ancien delta du monde, est le plus menacé par l’élévation de l’eau de la mer. L’année 2021 a été une année record en matière de réchauffement des surfaces aquatiques, d’après une étude scientifique publiée dans la revue « Advance In Atmospheric Sciences  ». Le niveau des eaux dans la Méditerranée pourrait augmenter de 50 centimètres d’ici 30 ans, ce qui menace d’immersion les régions basses comme l’ancien Delta du Nil, ainsi que d’autres régions dans le monde qui se trouvent dans la même situation, comme les deltas méditerranéens du Rhône, de Vardar et de Gediz. « La montée des eaux dans les mers et les océans pourrait causer l’immersion de 15  % des deltas du nord de la planète et le déplacement de quelques millions de personnes d’ici 2100  », affirme l’ancien ministre de l’Irrigation, Mohamad Abdel-Atti. Outre la submersion d’une partie du Delta du Nil, la ville côtière d’Alexandrie est aussi menacée. Car avec l’augmentation du niveau de la mer, le niveau du territoire alexandrin baisse de près de 2 millimètres par an. Le gouvernorat d’Alexandrie est en train de « bétonner  » sa corniche avec des centaines de blocs pour faire face à la montée de l’eau. Cependant, le professeur des ressources hydriques Abbas Sharaky pense autrement. « Alexandrie ne sera pas submergée comme tout le monde pense  », explique-t-il. Et d’ajouter que la ville d’Alexandrie est construite sur une langue rocheuse au-dessus du niveau de la mer. « En cas de violente inondation, elle deviendra comme une île entourée d’eau. Et la seule solution pour les habitants sera de s’adapter à vivre sur une île  », estime-t-il.

Importance du Delta

Le Delta du Nil est le territoire fertile formé par le limon du Nil au nord de l’Egypte. C’est l’un des plus grands deltas du monde. Il s’étend d’Alexandrie à l’ouest jusqu’à Port-Saïd à l’est sur la côte méditerranéenne et jusqu’à la ville du Caire au sud. Il mesure 160  km de long du nord au sud et 240  km d’est en ouest avec une superficie totale de 15  000  km2. Le Delta abrite une grande partie de la population et de l’agriculture de l’Egypte, et ce, bien qu’il ne représente que 2,5  % de la superficie totale du pays. Au début des années 1990, des experts du Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE) ont rendu public des cartes satellites projetant la disparition progressive de la région du Delta, à mesure de l’élévation du niveau de la mer. Les estimations prévoient une hausse du niveau de la Méditerranée comprise entre 30 centimètres et 1 mètre d’ici la fin du XXIe siècle. Selon une étude de la Banque mondiale, une hausse d’un mètre entraînerait l’inondation d’un quart du Delta et le déplacement de 10  % de la population dans une zone déjà surpeuplée.

Quelles solutions  ?

« Depuis environ 50 ans, la construction du Haut-Barrage empêche l’eau du Nil et le limon d’arriver jusqu’au Delta. La multiplication des barrages le long du Nil, comme en Ethiopie et au Soudan, complique davantage la situation  », explique Sharaky. Et d’expliquer  : Le Nil a cessé également de se déverser dans la Méditerranée à cause de la construction de barrages à Rosette et à Damiette pour alléger la pression de l’eau sur Al-Qanater Al-Khaïriya durant les inondations. Mais l’Egypte n’est pas restée les bras croisés face à ce défi qui s’aggrave au fur et à mesure que les répercussions du changement climatique se font sentir. C’est ainsi que le ministère de l’Irrigation et des Ressources hydriques, en collaboration avec le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) et l’Association du Fonds Vert pour le Climat (FVC), a lancé le projet de protection du Delta. Il s’agit d’installer quelque 69 km de digues le long des rives du Delta du Nil. Sur un autre volet, afin de trouver un substitut au Delta déjà submergé par l’eau de la mer, l’Egypte a créé des zones d’agriculture alternatives comme la région du nouveau Delta, celle de Tochka et celle de l’Est de Owaïnat.

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