Dossier > NATIONS - UNIES >

Dans un monde fracturé, à chacun ses priorités …

Abir Taleb , Mercredi, 28 septembre 2022

Si les dirigeants du monde ont globalement dressé un tableau sombre à la tribune de l’Assemblée générale de l’Onu, chacun a livré sa propre vision, confirmant ainsi qu’ils sont loin de parler d’une même voix.

Antonio Guterres

Antonio Guterres, secrétaire général de l’Onu : « Nous sommes bloqués par un énorme dysfonctionnement mondial »

« Notre monde est au plus mal. Les clivages s’accentuent. Les inégalités se creusent. Les difficultés s’étendent. Nous naviguons sur une mer agitée. Un hiver de mécontentement mondial se profile à l’horizon. Une crise du coût de la vie fait rage. La confiance s’effrite. Les inégalités explosent. La planète est en feu. Les gens souffrent — et les plus vulnérables sont les plus touchés. La Charte des Nations-Unies et les idéaux qu’elle porte sont en péril ». « Pourtant, nous sommes bloqués par un énorme dysfonctionnement mondial. La communauté internationale n’est ni prête ni disposée à s’attaquer aux grands drames de notre époque (…). Notre monde est en péril — et paralysé. Les clivages géopolitiques sapent le travail du Conseil de sécurité, sapent le droit international, sapent la confiance et l’espoir que placent les gens dans les institutions démocratiques, sapent les possibilités de coopération internationale. Nous ne pouvons pas continuer ainsi ».

Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine : « Le monde est de notre côté »

Dans un message vidéo, Zelensky a estimé qu’un « crime a été commis contre l’Ukraine » et a exigé « un juste châtiment » contre la Russie, appelant à la création d’un tribunal spécial pour juger la Russie « pour son crime d’agression contre notre Etat » et à ce que la Russie soit privée de son droit de veto. L’Ukraine n’acceptera pas « un statut neutre ». « Nous sommes prêts pour la paix. Mais une paix honnête et juste», qui passe par le « châtiment», « la restauration de l’intégrité territoriale» et des « garanties de sécurité». « Le monde est de notre côté ».

Joe Biden, président des Etats-Unis : « Nous sommes solidaires contre l’agression de la Russie, point final »

« Au milieu d’innombrables bouleversements dont le monde avait été témoin au cours de l’année écoulée (…), un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations-Unies a envahi son voisin, a tenté d’effacer un Etat souverain de la carte. La Russie a violé sans vergogne les principes fondamentaux de la Charte des Nations-Unies ». Les Etats membres de l’Onu doivent être « clairs et inébranlables dans leur détermination » à faire respecter les principes de la charte selon lesquels l’Ukraine a les mêmes droits que n’importe quelle autre nation souveraine. « Nous sommes solidaires contre l’agression de la Russie, point final » (…) Les Etats-Unis continueront à « promouvoir et à défendre » la démocratie dans le monde parce que la démocratie est « le plus grand instrument pour relever les défis de notre temps ».

Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères : « La russophobie est sans précédent »

« La russophobie officielle en Occident est sans précédent, son ampleur est grotesque. Ils n’hésitent pas à déclarer leur intention non seulement d’infliger une défaite militaire à notre pays, mais aussi de détruire la Russie ». Lavrov a aussi ironisé sur les condamnations des « référendums » d’annexion en cours dans plusieurs régions d’Ukraine sous contrôle russe, s’en prenant plus directement aux Etats-Unis. « En se déclarant victorieux de la Guerre froide, Washington s’est érigé quasiment en envoyé de Dieu sur Terre, sans aucun devoir, mais avec le droit sacré d’agir avec impunité n’importe où et n’importe quand », a déclaré Lavrov, estimant que les Américains « (essayaient) de faire de l’ensemble du monde leur arrière-cour ». Et « maintenant, l’Occident pique une crise ».

Macky Sall, président en exercice de l’Union africaine : « Il est temps d’instaurer une gouvernance mondiale plus juste »

« Le monde est devenu plus dangereux et plus incertain, sous l’emprise combinée du réchauffement climatique, des périls sécuritaire et sanitaire, ainsi que de la guerre en Ukraine». C’est pourquoi « l’Afrique ne veut pas être le foyer d’une nouvelle guerre froide, mais plutôt un pôle de stabilité et d’opportunités ouvert à tous ses partenaires, sur une base mutuellement bénéfique ». L’Afrique « souhaite engager, avec tous ses partenaires, des rapports réinventés (…). Nous voulons un multilatéralisme ouvert et respectueux de nos différences (…). Il est temps d’instaurer une gouvernance mondiale plus juste, plus inclusive et plus adaptée aux réalités de notre temps. Il est temps de vaincre les réticences et déconstruire le narratif qui persiste à confiner l’Afrique à la marge des cercles décisionnels ». D’où « notre demande d’octroi d’un siège à l’Union africaine au sein du G20 pour que l’Afrique puisse enfin se faire représenter là où se prennent les décisions qui engagent 1,4 milliard d’Africains».

Ebrahim Raïssi, président de l’Iran : « Pouvons-nous croire à cet engagement américain sans garanties et assurances ? »

« La République islamique d’Iran ne cherche pas à construire ou à obtenir des armes nucléaires et de telles armes n’ont pas leur place dans notre doctrine ». Les Etats-Unis ont « piétiné l’accord nucléaire ». « Ils ne cessent de répéter les mêmes histoires du passé, ce qui nous fait douter de leur engagement à revenir à l’accord. Pouvons-nous croire à cet engagement (américain) sans garanties et assurances ? ». « Il y a deux poids, deux mesures, avec une attention portée seulement d’un côté et pas partout », a-t-il déclaré, évoquant les morts de femmes de peuples autochtones au Canada ou les actions israéliennes dans les territoires palestiniens occupés. « Cela montre que la place de l’accusé et du défenseur ne doit pas être jugée seulement à l’aune de ce qui est présenté par certains ».

Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne : « Israël est un régime d’apartheid »

Israël met à mal « de façon préméditée et délibérée la solution à deux Etats » et agissait en « toute impunité » dans les territoires occupés. « Cela prouve sans équivoque qu’Israël ne croit pas à la paix. Il veut imposer le statu quo par la force et l’agression. Nous n’avons donc plus de partenaire israélien à qui parler ». Israël mène « une campagne de colonisation dans les territoires palestiniens et laisse une totale liberté » à son armée de tuer ou d’user excessivement de la force contre les Palestiniens. « Voici la vérité: c’est un régime d’apartheid », a-t-il dit, en exigeant qu’Israël rende des comptes pour « ses massacres » et en accusant la communauté internationale de « protéger » l’Etat hébreu.

Mots clés:
Lien court: