Dossier > Autosuffisance Alimentaire >

Sécurité alimentaire, les scénarios et les alternatives

Aliaa Al-Korachi , Jeudi, 31 mars 2022

La guerre en Ukraine fait peser de nouveaux risques sur la sécurité alimentaire mondiale, en raison de ses répercussions sur la production, le commerce et les prix. L’Egypte multiplie les démarches pour assurer sa sécurité alimentaire.

Sécurité alimentaire, les scénarios et les alternatives

 « Nous n’avons aucun problème avec les produits de base. Les besoins des citoyens seront fournis de manière sûre pendant de nombreux mois », a déclaré Moustapha Madbouli, le premier ministre, le 24 mars, lors de l’inauguration de l’exposition Ahlane Ramadan, un événement qui vise à faire face à la flambée des prix due au conflit entre la Russie et l’Ukraine. Ces derniers ont atteint des niveaux records depuis le déclenchement de la guerre, le 24 février dernier. « L’Egypte est prête à tous les scénarios, même celui d’une crise prolongée », a ajouté Madbouli. Juste avant le 24 février, le monde luttait pour se remettre de la pandémie de Covid-19, qui a poussé de nombreux pays à changer leur carte agricole et à accélérer leur autosuffisance alimentaire. C’est ce qu’explique Mohamed Shadi, expert économique. Et d’ajouter : « Avec chaque crise, c’est la sécurité alimentaire mondiale qui est mise en danger ». Alors que les Etats-Unis ont interdit les importations d’énergie russes, pour renforcer la pression sur Moscou, plusieurs pays, dont l’Ukraine, ont interdit l’exportation du blé, du sucre et d’autres aliments de base pour s’assurer qu’ils peuvent fournir de la nourriture à leurs citoyens pendant la crise. De même, la Russie a suspendu ses exportations de céréales vers les pays de l’Union européenne, ce qui fait planer le spectre d’une inflation mondiale des prix des produits alimentaires. « Nous vivons dans un monde très exposé aux chocs », déclare le Fonds Monétaire International (FMI), soulignant que la guerre entre l’Ukraine et la Russie a déjà ébranlé non seulement ces deux pays, mais aussi la région et le monde entier. Les risques d’une nouvelle crise alimentaire mondiale sont-ils réels ? Une question qui se pose avec force puisque les deux pays en litige comptent parmi les cinq plus grands exportateurs de blé. A l’échelle mondiale, l’Ukraine et la Russie assurent ensemble 19 % de l’offre mondiale d’orge, 14 % de l’offre de blé et 4 % de l’offre de maïs, et possèdent plus d’un tiers des exportations mondiales de céréales, dont 40 % sont destinées au Moyen-Orient et à l’Afrique du Nord. Selon les estimations de l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), entre 8 et 13 millions de personnes pourraient souffrir de la sous-nutrition à cause de ce conflit. Ce chiffre, qui s’ajoute aux 811 millions de personnes sous-alimentées actuellement dans le monde, a été fortement accentué par la pandémie de Covid-19.

Quels scénarios ?

L’incertitude demeure quant à la durée du conflit, et même si les autres pays exportateurs sont en mesure de combler la pénurie, comme le souligne Gamal Siyam, professeur d’économie agricole (voir entretien page 5), le FAO prévoit des perturbations à long terme à cause de l’absence éventuelle des produits céréaliers ukrainiens sur les marchés internationaux durant toute la période 2022-2023. « Les cultures céréalières arrivent à maturité pour la récolte en juin. Il n’est pas certain que les agriculteurs ukrainiens soient en mesure de faire la récolte et de livrer la production aux marchés internationaux. Il faut savoir que les grands déplacements de population ont réduit le nombre de travailleurs dans le secteur agricole », a souligné le FAO dans un rapport. Et d’ajouter que « les sanctions financières prises à l’encontre de la Russie vont rehausser les coûts de production dans l’agriculture ».

Complémentarité arabe et africaine

Dans ce contexte, quelle marge de manoeuvre pour le Moyen-Orient et le continent africain ? Selon Shadi, le conflit russo-ukrainien représente une menace existentielle et directe pour la sécurité alimentaire arabe et africaine. La première leçon à retenir de la crise, c’est qu’il faut repenser le concept de sécurité alimentaire arabe. Cela nécessite une coopération régionale pour parvenir à l’autosuffisance en se basant sur une nouvelle conception de l’intégration alimentaire et en injectant des investissements dans des projets agricoles arabes communs. Le dossier de la sécurité alimentaire arabe était présent lors du sommet d’Al-Aqaba, qui a réuni cette semaine le président Abdel-Fattah Al-Sissi, le premier ministre iraqien, le prince héritier d’Abu-Dhabi et le roi Abdullah de Jordanie.

Des voies parallèles

Comment l’Egypte a réagi pour éviter les effets de la crise ? « De toute évidence, la crise actuelle est plus dure que celle du Covid-19 », a déclaré le premier ministre, Moustapha Madbouli. Ainsi, l’Etat place la sécurité alimentaire depuis le début de la guerre russo-ukrainienne au premier rang de ses priorités. C’est ce qu’a affirmé un rapport publié récemment par le Service d’Information du Gouvernement (SIG) sur les efforts de l’Etat pour fournir un stock stratégique sûr de produits de base, et les politiques adoptées pour contrôler les marchés. « L’Etat travaille sur des voies parallèles pour parvenir à l’autosuffisance alimentaire, et ce, en adoptant de nouvelles politiques agricoles, en lançant des méga-projets nationaux pour augmenter la production locale, et en diversifiant les sources d’importation », note le rapport qui souligne que la production de blé devrait atteindre 10 millions de tonnes en 2022, contre 9 millions de tonnes en 2021, soit une augmentation de 11,1 %.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique