Semaine du 28 juillet au 3 août 2021 - Numéro 1383
Le nouveau pari des firmes pharmaceutiques
  Après s’être focalisés sur la découverte d’un vaccin, les laboratoires sont à pied d’oeuvre pour trouver, avant la fin de l’année, la pilule capable de trai­ter le Covid-19.
Le nouveau pari des firmes pharmaceutiques
Chérif Albert14-07-2021

Jusqu’à présent, c’est la piste des vaccins contre le coronavirus qui avait été privilé­giée. Les efforts des scientifiques s’étaient concentrés sur la recherche d’un vaccin. Ainsi, plus d’un an après la manifestation de la pandé­mie, aucun médicament n’a été découvert pour traiter les personnes infectées par le coronavirus.

Une lacune que les firmes pharmaceutiques entendent combler en accélérant les essais cliniques sur plusieurs médicaments. Les résultats se sont montrés encourageants jusqu’à présent. Si tout va bien, promet-on, les premiers traitements pourraient être disponibles d’ici la fin de l’année. Les patients pourront alors se procurer des pilules antivirales dans une pharmacie dès qu’ils auront été testés positifs ou qu’ils auront développé des symptômes du Covid-19. Aujourd’hui, un certain nombre de virus, y compris ceux responsables de la grippe et de l’hépatite C, peuvent être traités avec une simple pilule. Comme il existe des pilules antivirales pour le VIH qui peuvent tenir le virus à distance pendant toute une vie.

Comment fonctionne un antivirus ?

« Les virus sont de petites machines qui ont besoin de certains composants pour se répliquer. Les antiviraux sont généralement de petites molé­cules chimiques, développées pour interférer avec cette machinerie. Ils introduisent une mutation dans le virus, et lorsque cela se produit plusieurs fois, ces mutations diminuent la capacité du virus à se répli­quer », explique Daria Hazuda, biochimiste qui dirige des recherches sur l’un de ces médicaments. La maladie ainsi freinée, les cas graves, les hospita­lisations et les décès peuvent être évités.

Mais développer un traitement oral contre le virus est un vrai défi. Contrairement à un vaccin qui n’a besoin que de déclencher le système immunitaire de l’organisme, une pilule antivirale efficace doit empêcher un virus de se propager dans tout le corps tout en étant suffisamment sélective pour éviter d’interférer avec les cellules saines. Tester les anti­viraux est également difficile, disent les dirigeants des sociétés pharmaceutiques. Ce genre de médica­ment doit être administré au début d’une infection, ce qui implique que les participants à l’essai doivent avoir récemment contracté le Covid-19. Autre écueil : de nombreuses personnes infectées par le virus ne développent que des symptômes bénins. Or, les études doivent prouver qu’un médicament a un impact significatif sur la santé des patients.

Quelques mois après l’apparition du coronavirus, les scientifiques ont entamé des essais pour tester l’efficacité sur le Covid-19 de médicaments déjà existants ayant prouvé une efficacité antivirale dans le traitement d’autres indications. Ce processus de « repositionnement » permet de faire l’économie de longs essais cliniques pour démontrer l’innocuité d’un médicament.

Le cas Remdesivir

A ce jour, le seul antiviral ayant démontré un bénéfice clair pour les personnes hospitalisées est le Remdesivir. Initialement étudié comme un remède potentiel contre Ebola, le médicament semble limi­ter l’évolution du Covid-19 lorsqu’il est administré par voie intraveineuse aux patients. Pourtant, à ses débuts, le Remdesivir a déçu de nombreux cher­cheurs. Beaucoup de patients étaient dans un état trop avancé dans la maladie pour en tirer un vrai bénéfice. En effet, un médicament bloquant la répli­cation du virus ne pourrait permettre d’enrayer la maladie que s’il est pris dans les cinq jours après l’apparition de symptômes. C’est ce qui explique le relatif échec du Remdesivir. Une fois cela pris en compte, son fabricant, le laboratoire Gilead, était en mesure de déclarer la semaine dernière que le Remdesivir réduisait les taux de mortalité chez les patients hospitalisés atteints de Covid-19.

Selon le résultat d’une analyse des données de 98 654 patients, le Remdesivir a permis une réduc­tion statistiquement significative de 54% et de 23 % du risque de mortalité chez les patients, a indiqué la société. Gilead a déclaré que les résultats avaient été systématiquement observés à différentes périodes au cours de la pandémie et dans différentes zones géographiques.

Des projets en cours

D’autres traitements antiviraux, susceptibles d’être pris par voie orale sous forme de pilule, sont à l’étude. C’est notamment le cas du Molnupiravir développé en 2019 contre la grippe. Après des pre­miers essais infructueux sur des patients atteints de coronavirus, son fabricant, le laboratoire américain Merck, a relancé les essais en automne dernier sur des patients récemment testés positifs.

Un deuxième projet porte sur un médicament développé par l’entreprise pharmaceutique suisse Roche, en partenariat avec l’Américaine Atea Pharmaceuticals. Appelé AT-527, ce médicament a prouvé une efficacité dans le traitement de l’hépa­tite C. Après des premiers essais encourageants sur des cas de Covid-19, les deux firmes se sont embar­quées dans des essais cliniques à grande échelle.

Un troisième projet est développé par Pfizer. Il s’agit d’un médicament créé à partir de la molé­cule PF-07321332, conçu dans les années 2000 pour lutter contre le SRAS et dont la structure a été modifiée pour agir contre le nouveau corona­virus. Pfizer avait lancé une première phase de tests en mars 2021 et prévoit de plus pousser ces recherches dès le mois prochain.

Enfin, l’Institut Pasteur de Lille a lancé le mois dernier la phase de test sur traitement par suppo­sitoires contre le Covid-19. Cet essai clinique va être mené dans un premier temps sur « quelques centaines de patients » âgés de plus de 50 ans, non vaccinés et présentant au moins un symptôme du Covid-19, a expliqué le professeur Xavier Nassif, directeur général de l’institut. Pour cet « essai randomisé en double aveugle, placebo contre médicament », les patients recrutés pren­dront un suppositoire matin et soir pendant 5 jours. Si les résultats démontrent un niveau de 50 % de réduction du risque d’aggravation avec le traitement, une autorisation de mise sur le marché sera demandée.

Pourquoi un médicament contre le Covid-19 ?

Développer des pilules pour combattre le virus au début de l’infection permettrait potentiellement de sauver de nombreuses vies dans les années à venir. Vu l’inégalité décriée de l’accès aux vaccins, en attendant que ceux-ci soient disponibles à travers le monde, le SARS-CoV-2 aura continué à se propa­ger et à muter, provoquant des épidémies plus ou moins sévères.

Mais les experts sont confiants dans la capacité des futurs antiviraux à rester efficaces contre les variants, ainsi que contre d’autres coronavirus, y compris, potentiellement, certains encore inconnus. « On peut imaginer un avenir où un antiviral pour­rait être largement utilisé, pour soigner et empê­cher de multiples infections respiratoires », sou­haite la biochimiste Daria Hazuda.

Une fois les pilules disponibles, le principal défi sera donc de diagnostiquer les patients très tôt .


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