Semaine du 9 au 15 octobre 2013 - Numéro 995
L’Egypte aux yeux des Maghrébins
  Mohamed Mechbal revient sur l'image de l'Egypte dans les pays du Maghreb. Il retrace l'Histoire d'un regard qui prend aujourd'hui des aspects négatifs.
Mohamed Mechbal
Saad Al-Qersh09-10-2013

Au cours de 8 ans, je me suis rendu au Maghreb arabe 7 fois, surtout au Maroc et en Algérie. Lors de ces visites, j’ai remarqué « l’absence » de l’Egypte. Là-bas, il ne reste plus qu’une « présence » fade, qui ressemble plutôt à des souvenirs, dont les héros ont dépassé la cinquantaine et ont témoigné de la fin du rôle que l’Egypte a eu l’honneur de jouer dans la région.

Personne ne peut blâmer la nouvelle génération maghrébine, qui a vécu 40 ans sans aucune présence égyptienne et qui n’est pas obligée de revivre la même expérience que la génération antérieure représentée par l’écrivain marocain Mohamed Mechbal. Cette expérience, il l’exprime avec autant d’amour que de désolation dans son oeuvre L’Egypte aux yeux des Maghrébins. Mechbal, qui est professeur à la faculté des lettres, a dédié son oeuvre à Sayed Bahrawi et Amina Rachid « les premiers qui ont abrité sa passion égyptienne ». Une passion qui l’a accompagné jusqu’à ce qu’il apprenne que dans son pays il existe une autre culture et une autre passion. « Le passage de l’école secondaire à l’université a été un passage de la culture égyptienne à la culture maghrébine ». En secondaire, il n’a fait que lire Moustapha Sadeq Al-Rafei, Moustapha Lotfi Al-Manfalouti, Gobrane Khalil Gobrane, Mikhaïl Neema, Taha Hussein, Abbass Al- Aqqad, Naguib Mahfouz et autres.

Puis les études universitaires l’ont transporté vers un univers plus vaste et il a commencé à réagir face à un discours culturel nouveau. Pour l’écrivain, l’écart s’est produit parce que le discours critique et la recherche universitaire n’ont pas évolué en Egypte. Au niveau du cinéma et de la chanson, la situation n’est pas meilleure, alors que dans les années 1970, l’Egypte a commencé à décevoir des générations maghrébines passionnées par la culture égyptienne. Comment donc la nouvelle génération peut-elle se désoler pour ce qu’elle n’a pas connu ? Mechbal dit : « Jamais un pays, un peuple ou une culture n’a pu dominer l’esprit maghrébin comme cela a été le cas avec l’Egypte, les Egyptiens et la culture égyptienne. Celle-ci est devenue un facteur effectif dans la formation du désir culturel, artistique et intellectuel de l’homme maghrébin ». Et ce, même s’il n’a pas visité l’Egypte comme Mohamed Anqar, auteur du roman Al-Masri (l’Egyptien).

Depuis le XIIIe siècle, les voyages des Maghrébins vers l’Egypte, qu’ils soient des savants, des écrivains, des pèlerins, des artistes ou des étudiants n’ont pas été interrompus. « Il y a une vérité historique et culturelle évidente, c’est que la passion égyptienne forme une partie de la culture et de l’esprit du lecteur maghrébin ».

Un stéréotype s’est installé

Sous le titre « Le Rêve oriental », Mechbal raconte son expérience. Depuis son jeune âge, son père l’encourageait à être un élève brillant en lui disant : « Travaille bien pour aller en Egypte comme ton oncle, qui est devenu après son retour l’une des plus importantes personnalités de la ville ». Un stéréotype s’est alors installé : l’Egypte est source de prestige social. Et bien que cette image ait basculé pendant les années 1980, Mechbal a tout de même choisi d’y poursuivre ses études, alors que d’autres étudiants maghrébins avaient préféré se diriger vers la France. Il a alors obtenu son magistère de l’Université du Caire en 1987.

Mechbal expose l’image du Maghrébin fasciné par l’Egypte à travers la lecture de 4 oeuvres écrites par des Maghrébins de générations différentes. Al-Kahera tabouh bi asrariha (Le Caire dévoile ses secrets) de Abdel-Kerim Ghallab, est une sorte d’autobiographie de sa vie au Caire, où il a poursuit ses études universitaires pendant les années 1930. Mesl seif lane yatakarrar (comme un été qui ne se répétera jamais), écrit par Mohamed Barada, est un roman autobiographique entre 1955 et 1998. Et Rachid Yehiaoui qui écrit Al-Qahera al-okhra, (l’autre Caire), un journal dominé par un regard orientaliste et touristique.

Quant à la 4e oeuvre, c’est le roman Al-Masri (l’Egyptien) qui reflète la passion de l’écrivain Mohamed Anqar pour Naguib Mahfouz et la culture égyptienne. Le héros de ce roman inspiré de l’espace égyptien veut produire une oeuvre littéraire qui ressemble à l’un des romans de Mahfouz. Dans un discours publié à la fin du « Rêve oriental », Anqar raconte à Mechbal qu’il « voulait qu’Al-Masri soit un roman qui reflète une vie et non une simple oeuvre littéraire ».

Et bien qu’Al-Masri ait été édité dans une célèbre série (Rowayat Al-Helal) en novembre 2003, il n’a pas été beaucoup remarqué par les critiques et les intellectuels en Egypte. Peut-être que le roman qui porte le nom de l’Egypte et est publié au Caire a été atteint par la malédiction de l’isolement égyptien.

Misr fi oyoun al-maghareba (l’Egypte aux yeux des Maghrébins) de Mohamed Mechbal, éditions Markaz Al-Derassat Al-Maghribiya, 2013.




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