Semaine du 9 au 15 octobre 2013 - Numéro 995
Comme au cinéma
  Dans une vingtaine de tableaux, Réda Khalil reproduit les scènes marquantes du cinéma pour dénoncer le quotidien.
Réda Khalil
Palabre sur le Nil, d'après Mahfouz. (Photo : Bassam Al-Zoghby)
May Sélim09-10-2013

Le cinéma est un miroir de la société. Cela étant, les peintures de Réda Khalil, exposées à la galerie Art Corner, rappellent des scènes qui ont marqué l’histoire du cinéma. Une vive nostalgie permet de dénoncer clairement le quotidien sous le titre Cinema of Life (le cinéma de la vie). Les scènes cinématographiques ne tiennent plus, dans ces peintures en acrylique, le rôle d’un simple miroir. Elles sont plutôt un facteur « d’anticipation », servant aussi à décrire le présent.

Khalil puise ses oeuvres dans le cinéma égyptien, reproduit des scènes connues et les met en rapport avec l’actualité. « En préparant cette exposition, j’ai beaucoup réfléchi à Sandouq Al-Donia, cette caisse magique que portent les artistes ambulants sur le dos. Elle dévoile aux enfants, lors des foires foraines et dans les quartiers populaires, de différentes images qui servent à raconter des contes. A travers mes peintures, j’ai voulu simplement raconter notre actualité », explique Réda Khalil, qui a eu recours aussi aux textes poétiques de Jibran Khalil Jibran, à des extraits de Mahfouz, aux dialogues célèbres, aux citations d’artistes et de philosophes. Ainsi, le tableau accompagné du texte propose un nouveau drame.

Dans un tableau symbolique, on reconnaît le visage de Raqia Ibrahim, une ancienne star juive des films en noir et blanc, ainsi que des danseuses qui ont souvent fait leur apparition dans les fictions égyptiennes. « Impossible de nier le rôle des artistes juifs dans le cinéma égyptien. Ils font partie de son histoire en particulier et de l’histoire du peuple égyptien en général », souligne Khalil. Sous le tableau s’affiche le poème de Jibran, Le Beau et le laid. C’est tout simplement un message de paix et de cohabitation. « Ce n’est pas de la normalisation avec les Israéliens. C’est différent », précise le peintre.

La politique s’impose. L’image de la jeune fille voilée traînée et humiliée par les militaires lors des manifestations à la place Tahrir est reprise par l’artiste. Il y ajoute la photo d’un héros de cinéma criant, portant l’uniforme d’un condamné à mort. Khalil pousse, à travers son oeuvre, un cri de protestation via une image inoubliable.

Les martyrs, les blessés, les souffrances des mamans et des familles sont représentés dans la peinture inspirée du film Chië men al-khof (un peu de la peur) de Chadia, qui joue le rôle d’une paysanne qui s’oppose à son mari tyrannique, et qui devient un symbole de la révolte, en participant aux obsèques d’un jeune oppressé.

Dans plusieurs tableaux, l’idée du héros cinématographique est beaucoup plus amplifiée. Il suffit à Khalil de reproduire des portraits de stars en action rappelant des scènes-clés. On retrouve ainsi Lobna Abdel-Aziz dans Ana horra (je suis libre). Les couleurs criardes du tableau reflètent sa force et sa liberté. L’image de la star Mervat Amin au coucher du soleil, tirée du film Pieds nus sur le pont d’or, évoque un air de soumission.

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Sayed Darwich, en tenue de superman. (Photo : Bassam Al-Zoghby)

Loin des films de fiction, les histoires mêmes des stars et leurs parcours sont de mise. Le chanteur mythique, Abdel-Halim Hafez, a quelque chose de terne, de défaillant ; ayant l’air âgé, malade et la tête basse, il suggère des moments de dépression et de soumission.

Le portrait du compositeur alexandrin Sayed Darwich relève plutôt du Pop Art. Darwich est associé au superman. C’est le modèle type de l’artiste et le héros patriotique longtemps attendu. Il est parmi les figures de proue de la Révolution de 1919.

Malgré le chagrin évoqué par la plupart des tableaux et la forte condamnation de la vie politique actuelle, le peintre fait, de temps en temps, appel à l’amour et à la joie. Il est temps de vaincre sa peur et ses peines, et célébrer la vie. Les personnages du film de Nasser Khémir, Le Collier de la colombe, d’après l’oeuvre d’Ibn Hazm, sont reproduits sur un grand format, aux couleurs vivantes. Le message est clair et bien souligné en arabe sur le même tableau. La danse de la star Souad Hosni dans Amira, mon amour ou de Maha Sabri dans le cortège des danseuses populaires, tirée du film Al-Sokkariya (le jardin du passé), sèment un air de gaieté. C’est la vie !

Cinéma de la vie, jusqu’au 20 octobre, tous les jours de 10h à 22h (sauf le vendredi) à Art Corner, 12 rue Sayed Al-Bakri, Zamalek. Tél. : 0122 2760 212.




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