Semaine du 9 au 15 octobre 2013 - Numéro 995
Les craintes légitimes de la rue égyptienne
Farouq Goweida09-10-2013
 
 

Un état d’optimisme prévalait lors des manifestations géantes le 30 juin afin que l’Etat égyptien puisse retrouver son équilibre, après une longue année de perturbations, d’impuissance et de menaces guettant son identité. Quelques mois après, de nouveaux indices ont commencé à pointer à l’horizon, incitant à l’inquiétude et à la peur quant à un éventuel embrasement. Nous souffrons d’une confusion au niveau de la prise de décision : certaines questions urgentes qui ne peuvent être reportées ou faire l’objet de discussions n’ont pas été tranchées de manière décisive. Ces craintes légitimes sont devenues le sujet favori des discussions de la rue égyptienne. En janvier dernier, le ministère de la Justice avait préparé un projet de loi sur le droit à manifester qui a été approuvé par le Conseil des ministres de Mohamad Morsi. Ensuite, ce projet fut déféré au Conseil consultatif pour ratification. Il avait été élaboré par la confrérie lorsqu’elle était au pouvoir. La question est : pourquoi cette loi réglementant les manifestations n’a-t-elle toujours pas été promulguée ? La dispersion des manifestations par la force est légitime à l’heure où sont imposées des peines de prison et des amendes pour toute manifestation non autorisée. Dans ce projet de loi se trouvent des textes répressifs garantissant le bon fonctionnement de la sécurité et de l’ordre. Il sanctionne la paralysie des intérêts des citoyens, le barrage des routes ou les attaques contre les propriétés publiques ou privées. En vertu de cette loi, aucune manifestation ne peut être organisée sans l’aval de la police 5 jours avant. Les organisateurs doivent déterminer les lieux qu’elle traversera, ses revendications ainsi que le nombre prévu de participants. La loi des Frères fixait un périmètre interdit de 500 mètres autour du palais présidentiel, du Conseil législatif, des ministères, des ambassades, des hôpitaux et des lieux archéologiques. L’installation des tribunes pour prononcer des discours était interdite, ainsi que les tentes pour passer la nuit sur place.

La loi en question protégeait les biens publics et interdisait l’usage des slogans incitant à la violence, blasphématoires ou attentant aux institutions étatiques. Pourquoi cette loi est-elle aujourd’hui passée sous silence ? Pourquoi ne pas la promulguer et remettre de l’ordre dans la rue pour entamer une nouvelle ère de travail et de production ? Cette loi, qui est un pur produit des Frères, devrait être appliquée contre eux.

L’une des pires erreurs du régime de Moubarak est d’avoir favorisé pendant trois décennies les investissements publics tels que la construction de ministères, de bureaux gouvernementaux ou le réaménagement de places et de routes. Le voilà, Hazem Al-Beblawi qui est en train de ressusciter cette même erreur. Je crains que les aides en provenance de l’Arabie saoudite, des Emirats et du Koweït ne tombent elles aussi dans le marécage sans fond des dépenses publiques. M. Beblawi a consacré 250 millions de L.E. pour développer la place Tahrir, alors que cette somme aurait dû aller aux plus démunis. Les leçons du passé peuvent nous être bénéfiques. Rappelons nous que Talaat Hammad — un ancien ministre — avait réussi à collecter des fonds privés pour les consacrer au développement de certains immeubles et quartiers du Caire sans toucher au budget de l’Etat. Quant au dossier de l’Université d’Al-Nil, Hossam Eissa, ministre de l’Enseignement supérieur, n’assume pas l’échec des négociations. Tout le dossier doit être examiné par les appareils de contrôle administratif. Selon certains documents, l’université aurait obtenu un milliard de L.E. du ministère des Télécommunications sans aucun appui officiel. Ces dossiers doivent être remis au président de l’Organisme central de la comptabilité, afin de faire éclater la vérité sur ces fonds attribués à l’Université d’Al-Nil.

Enfin, la cause des Frères ne reconnaît guère de nation ou d’identité nationale. C’est une idéologie politique supra-frontalière ne reconnaissant guère le principe de la citoyenneté.




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