Semaine du 9 au 15 octobre 2013 - Numéro 995
Gaz : les industriels condamnés à moins produire
  Face à une demande nationale croissante, le gouvernement a décidé de réduire de 15 % les livraisons de gaz aux usines fortement consommatrices. Mais les industriels n'ont aucune possibilité de s'approvisionner par eux-mêmes ni de se tourner vers d'autres sources d'énergie.
Gaz
: Les usines lourdes consommatrices de l'énergie s'emparent de 70 % des subventions au gaz naturel. (Photo: Reuters)
Névine Kamel09-10-2013

Les industries fortement consommatrices d’énergie se plaignent de la récente décision du gouvernement de couper de 15 % leur quota de gaz naturel. Le gouvernement défend la décision en mettant en avant la consommation croissante des particuliers et du secteur commercial. Une augmentation qui est notamment responsable des coupures répétées d’électricité cet été.

La holding Egypt-Gas, qui détient le monopole sur la distribution et l’importation, assure que la réduction est temporaire et que les quantités retourneront à leurs niveaux normaux fin octobre. Face à la réduction des quotas qui leur sont alloués, les industriels ont les mains liées. Aucune source alternative d’énergie ne leur est, en effet, proposée.

Les industriels affirment ne pas avoir été mis au courant de la décision, avance Rafiq Al-Daw, PDG de l’entreprise Suez pour l’acier. Pour lui, « il y a une véritable crise d’énergie et une demande croissante, surtout en gaz naturel. Mais la solution ne peut pas être la suspension des activités des usines ! Il faut élaborer un plan de rationalisation. Le gouvernement, au lieu de faire éteindre les lumières en plein jour, décide de paralyser l’industrie. Quel choix ! ».

Les répercussions sont, en effet, potentiellement catastrophiques. « Nous ne pourrons ni rembourser nos engagements financiers, ni payer les salaires. Les ventes seront insuffisantes à couvrir nos dépenses, poursuit Al-Daw. Nous n’avons reçu que 30 % du volume de gaz naturel précisé dans notre licence. Le ministère du Pétrole nous a seulement dit que notre quota habituel nous serait réattribué en hiver, avec la baisse de la consommation ».

Omar Mehanna, PDG de l’entreprise Suez Ciment (sans lien avec l’entreprise Suez pour l’acier, ndlr), confirme lui aussi ne pas avoir été informé au préalable de la baisse temporaire des quotas en gaz. Il affirme : « Les quantités ont été réduites depuis la troisième semaine de septembre. Nous travaillons actuellement à 40 % de notre capacité : c’est une situation inacceptable ».

Pour le gouvernement, cette mesure est une nécessité. « Nous avons élaboré un plan d’urgence à appliquer au plus vite. Nous avons décidé de donner la priorité aux besoins locaux pour éviter plus de coupures. Cette réduction aura lieu jusqu’au début de l’hiver », confie à l’Hebdo Khaled Abdel-Badie, vice-président d’Egypt-Gas.

Il souligne que la consommation des centrales électriques a atteint un record de 113 millions de m3 de gaz et de fuel par jour, contre une moyenne de 95 millions 2 mois auparavant. « La facture des centrales électriques devrait atteindre 2,3 milliards de dollars par mois, conte 1,9 milliard au début de l’année. Le budget de l’Etat ne peut plus supporter de tel fardeau. Nous avons donc dû couper les quotas de certaines industries », confirme un responsable auprès du ministère du Pétrole qui a requis l’anonymat.

Les subventions, le noeud du problème

La hausse de la consommation vient aggraver un autre problème : les subventions à l’énergie qui plombent le budget de l’Etat. Le même responsable auprès du ministère du Pétrole confirme que les usines veulent à tout prix maintenir intouchées ces subventions. Les quotas accordés à chaque usine sont actuellement tous subventionnés. « Ces usines reçoivent le gaz naturel à 4 dollars le m3. Les prix du marché mondial tournent autour de 12 dollars », poursuit le responsable auprès du ministère du Pétrole.

Environ 6 milliards de L.E. ont été dépensées pour subventionner en gaz une cinquantaine d’usines, d’après les chiffres du budget 2012- 2013.

Selon une étude effectuée par l’Union des industries, les usines les plus gourmandes ont consommé 12 milliards de m3 de gaz naturel en 2011-2012, soit 70 % du total du gaz alloué à l’industrie. Pour le viceprésident d’Egypt-Gas, « un tel fardeau n’est plus acceptable ».

« Réduire les quantités de gaz subventionné livrées à ces usines nous semble un bon choix pour le moment », ajoute-t-il. Mais 4 gouvernements et 2 changements de régime n’ont pas réussi à faire plier les industriels. L’Union des industries, un lobby qui regroupe les grands propriétaires d’usines, avait proposé un plan graduel pour la libéralisation des prix de l’énergie accordée au secteur industriel.

La première étape consistait à faire passer le m3 de gaz de 3 à 4 dollars. Puis un gel total des subventions devait être mis en place. Mais dès la nomination du gouvernement actuel, toutes les négociations concernant ce dossier ont été suspendues. Les ministres successifs des Finances et de l’Industrie l’avaient révélé : « Le dossier est à l’étude, mais il n’y a pas de calendrier précis pour son exécution ».

L’ancien ministre du Pétrole, Ossama Kamal, avait révélé que la dette des différentes institutions gouvernementales attachées à l’énergie s’élevait à 150 milliards de L.E. Le ministère de l’Electricité compte pour un tiers de cette somme. Le gouvernement n’a donc aujourd’hui d’autres choix que d’engager un bras de fer avec les industriels.

Mais pour le PDG de Suez Ciment, « le gouvernement se contente du rôle de spectateur ». Il critique son incapacité à remplacer le gaz naturel par du charbon, « un changement qui économiserait 20 % du total du gaz naturel utilisé et 30 % du fuel ». Car aujourd’hui, les industriels n’ont d’autres choix que de réduire leurs activités : aucune source alternative d’énergie ne leur est proposée. Sans les livraisons de gaz habituelles, les usines sont condamnées à moins consommer, donc à moins produire.




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