Semaine du 9 au 15 octobre 2013 - Numéro 995
Kenya : sévère avertissement américain aux Shebab
  Deux semaines après l'attaque du Westgate au Kenya, revendiquée par les Shebab, Washington semble vouloir s'engager davantage dans la lutte contre le terrorisme.
Shebab
Selon des experts, une intervention américaine va pousser les Shebab à arrêter leurs actes temporairement. (Photo: AP)
Sabah Sabet09-10-2013

Le mouvement extrémiste Shebab affronte actuellement une vraie crise. Après son attaque du centre commercial Westgate à Nairobi qui a fait plus de 67 morts, 240 blessés et 59 disparus, la communauté internationale a décidé d’agir et les Etas-Unis ont pris l’initiative. Dans la nuit de vendredi dernier à samedi, Washington a lancé un raid dans le port somalien de Barawe, situé à quelque 180 km au sud de la capitale, Mogadiscio. Une attaque visant, selon Washington, un « terroriste shebab connu ». Selon un responsable américain cité par le New York Times, ce dirigeant shebab a probablement été tué, mais les forces spéciales américaines ont été obligées de se retirer avant d’avoir la confirmation de cette mort.

« Le personnel américain a pris toutes les précautions nécessaires pour éviter de tuer des civils et ils se sont désengagés après avoir fait quelques victimes chez les Shebab. Nous ne sommes pas en mesure d’identifier ces victimes », a indiqué le responsable. Pour leur part, les Shebab ont affirmé samedi que les « forces étrangères » avaient échoué. Quant au gouvernement somalien, il s’est borné à reconnaître sa coopération avec des partenaires étrangers dans la « lutte contre le terrorisme », sans plus de détails.

Pour certains experts, les Américains visait Ahmed Abdi Godane, dont ils ont mis la tête à prix pour 7 millions de dollars, car le port de Barawe, qui est la cible du raid, fait partie d’une zone au sein de laquelle Godane « circule ». D’autres jugent l’endroit trop exposé pour lui servir de base. Mais Godane ou pas, Barawe est aujourd’hui « le principal centre où se trouvent les grandes têtes des Shebab ». Ces derniers ont subi d’importants revers militaires dans le centre et le sud somaliens ces deux dernières années. Ils ont déjà été privés l’an dernier du port de Kismayo, alors considéré comme leur poumon économique, car ils s’en servaient pour un lucratif trafic de charbon de bois. Mais cette frappe financière n’a pas empêché l’attaque du 21 septembre, à Nairobi, qui est le pire attentat commis sur le sol kényan depuis celui contre l’ambassade américaine de Nairobi en 1998.

En outre, le raid américain présente la plus importante opération américaine menée sur le sol somalien depuis que des forces spéciales ont tué, il y a quatre ans, un chef des islamistes Shebab, Saleh Ali Saleh Nabhan. Pourquoi donc cette intervention maintenant ? Quelles en seront les conséquences ? Maher Chaabane, professeur d’histoire contemporaine à l’Institut des études africaines, explique que Washington ne va jamais répéter sa mauvaise expérience en Afghanistan et en Iraq à travers cette opération. « Ce que veut Washington, c’est envoyer un double message : le premier est un sévère avertissement aux Shebab pour qu’ils cessent leurs actes terroristes. Le deuxième à la communauté internationale, pour dire que les Etats-Unis sont toujours un acteur incontournable dans la guerre contre le terrorisme », explique Chaabane, en ajoutant que cette opération ne sera pas la dernière et que les Shebab vont arrêter temporairement leurs actes.

De même, il prévoit d’autres opérations visant des bastions terroristes dans d’autres pays comme le Yémen. D’ailleurs, une autre opération des forces spéciales américaines a eu lieu en Libye en même temps que celle de la Somalie et s’est soldée par la capture de l’un des leaders présumés d’Al-Qaëda.

Les Etats-Unis ont assuré qu’ils continueraient à « maintenir une pression constante sur les groupes terroristes qui menacent leur peuple et leurs intérêts ». « Les Etats-Unis font tout ce qui est en leur pouvoir et qui est approprié et légal, afin de mettre fin à la menace terroriste », a déclaré John Kerry, lundi, en marge du sommet de l’Asie-Pacifique en Indonésie.




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