Semaine du 9 au 15 octobre 2013 - Numéro 995
Sadek Al-Mahdi : l’opposant en zone grise
  L'opposition contre Béchir ne cesse d'attirer davantage de contestataires de tous bords. Arrêt sur les principales figures.
Sadek Al-Mahdi
Sadek Al-Mahdi
Héba Nasreddine et Aliaa Al-Korachi09-10-2013

Président de l’un des plus anciens partis politiques au Soudan, Al-Oumma, Sadek Al-Mahdi, âgé de 77 ans, est le petit-fils de « Mahdi », héros de la révolte de 1880 contre les Britanniques. Il a occupé à deux reprises le poste de pre­mier ministre, en 1966 et en 1986. Durant son deuxième mandat, il a été destitué par Béchir, qui a renversé le prési­dent Ahmed Al-Mirghani. Appelant au « djihad civil » contre le régime, Mahdi a été huit fois incarcéré avant de s’évader en 1996 du Soudan et devenir chef de l’opposition en exil. Il retourne en 2000 et dirige sans partage le parti Al-Oumma. Candidat à l’élection présidentielle en 2010, il se retire à la dernière minute en dénonçant un processus électoral truqué. Toutefois, il est accusé de temps à autre par l’union des forces d’opposition, dont il fait partie, de prendre des positions qui servent le pou­voir. Quand l’opposition soulève le slogan de la « chute du régime », Sadek Al-Mahdi préfère un « changement du régime ». Le plan de l’opposition, entamé en juin dernier, de « 100 jours pour renverser le régime », n’est que « ridicule », selon lui, au moins au début. Il fait l’objet d’une vague de contestations après sa dernière rencontre en août dernier avec Béchir à Oum Dorman. Aujourd’hui, il hausse le ton, appelant les membres de son parti à manifester et « le peuple souda­nais à intensifier les protestations » contre le régime.

Farouk Abou-Issa, le défen­seur des droits de l’homme

Farouk Abou-Issa

« Le changement surviendra au Soudan à travers la mobilisation de notre peuple. C’est la méthode que nous avons choisie, et qui avait déjà permis deux révolutions pacifiques au Soudan », assure Farouk Abou-Issa, président des Forces du consensus national (coalition des partis d’opposition), qui vient d’annoncer un projet pour renver­ser dans 100 jours, et de façon pacifique, le régime de Béchir.

Considéré comme l’un des lea­ders du Parti communiste souda­nais dans les années 1950-60, il fut arrêté à plusieurs reprises de 1958 à 1964. Sa lutte politique n’empê­cha pas sa réussite profession­nelle : Ministre des Affaires étran­gères (1969-1971), observateur à l’Onu en 1971 et à l’Unesco en 1973, et secrétaire général de l’Union des avocats arabes (1983-2003). Il s’est exilé durant de longues années en Egypte avant de revenir au Soudan en 2005 après un accord entre le gouvernement et l’opposition. Il a été brièvement détenu en 2011, après avoir été accusé de solliciter une aide financière pour l’opposition à l’ambassade néerlandaise — une accusa­tion qu’il nie.

D’origine égyptienne, Abou-Issa est né en 1933. Il a choisi de faire ses études universitaires en Egypte, au lieu de l’Angleterre, et a opté pour le droit au lieu de la médecine. La défense des droits humains dans le monde arabe, l’indépendance de la magistrature, les droits politiques et sociaux des femmes et des minorités eth­niques et religieuses, et la cause palestinienne faisaient partie de ses préoccupations.

Malik Agar, le wali rebelle

Malik Agar
Malik Agar

Agé d’une soixantaine d’années, Malik Agar est le chef du Front révolutionnaire soudanais, une coalition de mou­vements rebelles qui vise à renverser le régime de Khartoum. Il rejoint le Mouvement de libération populaire du Soudan du Sud en 1984, et devient l’un des proches adeptes de John Garang, en partageant avec lui ses principes de la laïcité du Soudan. Il fut nommé ministre de l’Investissement en 2006 avant d’être élu gouverneur du Nil Bleu en 2010. Après la scission du Nord en 2011, Malik Agar est devenu président du Mouvement populaire de libération du Soudan (partie nord), se transformant par la suite en parti politique « non officiel ». Agar a été limogé de son poste de gouverneur après les combats sanglants qui ont opposé le 3 septembre 2011 l’armée soudanaise aux forces de l’Armée de libération du Soudan du Sud. Il s’est enfui et se cache dans un endroit inconnu par les autorités. Khartoum accuse Juba de lui fournir le refuge et des camps pour diriger les opérations contre les forces de Béchir dans le Nil Bleu depuis deux ans.

Aujourd’hui, Agar se dit prêt à « déposer les armes et rejoindre le processus politique dans le cas du départ de Béchir ».



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