Semaine du 9 au 15 octobre 2013 - Numéro 995
Les Forces de consensus national
  La carte de l'opposition soudanaise fait apparaître de profondes divisions. L'opposition politique, regroupée en 2010, s'est alliée avec plusieurs mouvements armés réunis au sein des Forces révolutionnaires soudanaises, elles-mêmes divisées pour des questions ethniques ou religieuses.
Les forces
Le Mouvement populaire de libération du Soudan du Nord ne cesse de lancer des manifestations anti-régime.
Héba Nasreddine09-10-2013

C’est la principale alliance de l’oppo­sition. Elle a été formée par Farouk Abou-Issa en 2010. Elle a lancé en juin un programme d’actions pacifique (grèves, manifestations, sit-in et désobéissance civile) pour rétablir la démocratie et l’Etat de droit en 100 jours. L’an dernier, les par­tis de cette coalition ont signé une charte visant à élaborer un programme de transi­tion pour diriger le pays sur une période de trois ans, jusqu’à la promulgation d’une nouvelle Constitution et l’organisation de nouvelles élections. Cette alliance com­prend une vingtaine de partis de différentes orientations politiques : des partis isla­miques, des partis laïques aux fondements islamiques (l’Unioniste démocratique - Al-Oumma) et des partis communistes et baassistes qui jouent un rôle politique mar­ginal. Parmi les plus importants partis des Forces de Consensus National (FCN) se trouvent :

l’Unioniste démocratique, un parti créé en 1967 par Sayed Al-Mirghani. Son président actuel est Osmane Al-Mirghani, guide de la confrérie islamique soufie Khatemiya. Son fils Jaffar est conseiller du président Omar Al-Béchir. Le parti détient 3 portefeuilles dans le gouvernement actuel. L’Unioniste démocratique est la deuxième force politique du pays après le parti du Congrès national. Beaucoup de membres ont démissionné pour protester contre sa participation au gouvernement, la qualifiant de « tâche noire ». D’autres cadres ont voté une résolution demandant au chef du parti de se retirer du gouverne­ment. Al-Mirghani doit décider dans les prochains jours s’il reste dans le gouverne­ment. Il quitterait ainsi le parti.

Al-Oumma est un parti traditionaliste formé par Al-Seddik Al-Mahdi en 1945, après l’indépendance du pays. C’est l’un des piliers de la suprématie nordiste « ara­bo-musulmane ». Son président actuel, Sadek Al-Mahdi, ancien premier ministre de Béchir et chef de la confrérie islamique Al-Ansar, maintient une position relative­ment distante des FCN, même s’il en est membre. Il ne refuse pas le dialogue avec le régime à condition que celui-ci soit réfor­mé. Il s’oppose à un renversement du régime par crainte de guerre civile. Son fils, Abdel-Rahmane Al-Mahdi, est conseiller présidentiel.

Le Congrès populaire fut fondé en 2000 par l’islamiste radical Hassan Al-Tourabi, architecte du coup d’Etat mili­taire qui a placé le général Omar Al-Béchir au pouvoir en 1989. Après une longue alliance, une rupture s’installe entre les deux hommes en 1999, et Tourabi fonde un parti d’opposition qui se décrit comme un large parti démocratique national ne se fondant sur aucun régionalisme ni secta­risme.

Les FCN, peinant à réaliser leurs objec­tifs, se sont notamment alliées avec le Front Révolutionnaire Soudanais (FRS). Le FRS est composé de mouvements armés qui cherchent, quant à eux, un soutien popu­laire à travers ces alliances politiques.


Le Front révolutionnaire du Soudan :

Créé en 2011, il rassemble des rebelles du Darfour, du Sud-Kordofan, du Nil Bleu et de l’est du Soudan, et comprend 4 importants groupes : le Mouvement populaire de libération du Soudan du Nord, le Mouvement pour la Justice et l’Egalité (MJE), l’Armée de libération du Soudan/faction Abdel-Wahid, l’Armée de libération du Soudan — faction Minni Minnawi, et le Congrès Beja.

Auparavant, ces groupes ont combattu de manière relati­vement indépendante. Le désir des rebelles du Darfour d’un Etat islamiste reste un obstacle majeur à la formation d’une alliance durable.

p Le Mouvement populaire de libération du Soudan du Nord est issu du Mouvement populaire de libération fondé en 1983 par John Garang. Sa véritable stratégie consistait à s’appuyer sur les régions marginalisées et à les retourner contre le centre arabe du pays, démographiquement minori­taire. Il cherchait à transformer ce qui a longtemps été consi­déré comme une guerre de religion en un conflit de civilisa­tion qui verrait la majorité africaine du Soudan, qu’elle soit chrétienne ou musulmane, affirmer sa souveraineté face à l’arabité des Nordistes.

p Le Mouvement pour la Justice et l’Egalité (MJE) est le plus militarisé des groupes islamistes rebelles du Darfour. Il fut fondé en 2003 par Khalil Ibrahim, tué par les forces sou­danaises en 2011. Le MJE est actuellement dirigé par son frère, Guébril Ibrahim. Cette succession a ravivé des cli­vages latents, principalement d’ordre ethnique.

Les objectifs principaux du FRS consistent à former un nouveau gouvernement de transition d’union nationale, à la fin de la marginalisation des périphéries, et à installer un système fédéral décentralisé fondé sur une Constitution laïque.

Le mouvement Girifna

Mouvement de résistance populaire formé en octobre 2009 par des étudiants universitaires, Girifna signi­fie « Nous en avons marre ». C’est un mouvement qui tra­vaille pour un changement pacifique au Soudan

Girifna organise des manifestations de rues, possède une radio, un magazine en ligne, prononce des discours publics et diffuse des bulletins d’information. Girifna affirme que ses membres ont été battus, enlevés et emprisonnés par les forces de sécurité. Il lance des slogans comme : « N’en avez-vous pas marre du monopole du pouvoir politique ? », ou contre la cherté de la vie.



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