Semaine du 9 au 15 octobre 2013 - Numéro 995
Les Frères craignent les urnes
Ola Hamdi09-10-2013
 
  Les élections de l'Ordre des médecins ont été reportées sine die. Le courant libéral et la gauche accusent les Frères musulmans de vouloir reporter le scrutin de crainte de perdre des sièges au sein du Conseil syndical.

Dar Al-Hekma, le siège de l’ordre des Médecins, rue Qasr Al-Aïni, était jeudi le théâtre d’affrontements entre des membres partisans des Frères musulmans et d’autres proches du courant libéral et de la gauche. 4 médecins ont été blessés dans la foulée d’une assemblée générale extraordinaire.

La décision de reporter sine die les élections partielles du Conseil syndical, initialement prévues le 11 octobre, a été mal accueillie par les libéraux qui voulaient en profiter pour évincer les islamistes qui, selon eux, « dominent le conseil ». Officiellement, la raison de ce report, prise à la majorité des quelque 600 médecins ayant participé à l’assemblée générale, était d’éviter d’organiser les élections sous l’état d’urgence.

5 membres du courant indépendant ont fait un procès-verbal pour les agressions commises par les membres proches des Frères musulmans, alors qu’un nombre de candidats potentiels ont intenté un procès devant le Conseil d’Etat contre le report des élections. « Les islamistes au sein du conseil de l’ordre ont mobilisé leurs partisans en faveur du report des élections. Mais cette décision a été prise alors que le quorum de 1 000 membres n’était pas atteint, ce qui risque de remettre en question la légitimité du conseil actuel », affirme Ihab Taher, médecin.

Aujourd’hui, les islamistes dominent 18 des 24 sièges du conseil syndical. Les élections reportées concernaient la moitié des sièges et étaient considérées comme une chance par les laïcs pour déloger les islamistes à un moment où « leur popularité est au plus bas ».

Khaled Samir, chirurgien cardiaque, avait déjà commencé à faire campagne. Il est révolté par le report des élections. Il appelle les médecins à cesser de traiter avec l’ordre et son conseil « désormais illégitime ».

Amr Al-Choura, médecin activiste dans les milieux syndicaux, craint que cette situation n’entraîne la mise sous séquestre du syndicat. Cette mesure, très utilisée sous le régime de Moubarak, était surtout destinée à mettre la main sur les syndicats dominés par les islamistes. Depuis longtemps monopolisé par les Frères, l’ordre des Médecins était particulièrement visé par cette mesure qui l’a paralysé pendant des années. Après la révolution de 2011, l’ordre a organisé ses premières élections depuis 1992.

Une autre médecin activiste, Mona Mina, est parmi la minorité libérale du conseil du syndicat. Elle dénonce de son côté « l’intimidation » pratiquée par les médecins affiliés aux Frères musulmans. « Leur but c’est de suspendre les élections indéfiniment, car ils savent très bien que leur popularité a baissé et qu’ils vont perdre toutes futures élections », estime-t-elle. Pour Mina, en voulant contrôler le syndicat, les Frères musulmans cherchent surtout à préserver leur gestion exclusive des fonds destinés aux Palestiniens de Gaza. « Le Comité de secours, qui collecte des donations en liquide et en espèces, engage des millions de L.E. Ces fonds sont exclusivement gérés par les Frères musulmans dans une totale opacité », accuse-t-elle.

De son côté, Gamal Abdel-Salam, secrétaire général de l’ordre, affirme que le report des élections a été discuté au sein du Conseil du syndicat avec les médecins de la gauche, en présence de Dr Mina. Il explique que selon la loi de l’ordre, les élections doivent se dérouler un vendredi. « Or, ce jour-là, le couvre-feu commence à 19h, ce qui est une contrainte pour les médecins résidant en dehors du Caire », explique-t-il. Une autre raison qui justifie le report, c’est le grand nombre de médecins qui sont actuellement arrêtés et qui « perdront leur droit à voter au cas où la date initiale des élections serait maintenue ».

Le président de l’ordre, Khaïri Abdel-Dayem, défend à son tour la régularité de la procédure. « L’appel à la tenue de l’assemblée générale a été lancé il y a près d’un mois, et a été publié sur le site du syndicat et dans 2 journaux officiels. Nous avons précisé qu’au cas où le quorum ne serait pas atteint, une autre séance aura lieu une heure après. Dans ce cas, les règlements n’imposent pas la présence de 1 000 membres », explique Dr Abdel-Dayem.




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