Semaine du 18 au 24 septembre 2013 - Numéro 992
Recommandations pour bien représenter la Chine
  Trois mois après le scandale du graffiti laissé par un jeune Chinois sur un temple de Louqsor, les autorités touristiques de l'Empire du milieu publient un guide de bonne conduite.
touriste
Le respect des sites millénaires d'Egypte est renforcé par la publication des guides.
Dalia Farouq18-09-2013

L’Agence nationale du tourisme de Chine vient de publier un guide à destination des Chinois qui voyagent à l’étranger. Le document renferme des recommandations dont le but est d’éviter que le comportement des touristes ne fasse scandale ou ne choque les habitants du pays, et diffuse des consignes telles que « Ne pas jeter ses détritus par terre », «pas parler fort dans les lieux publics » et surtout « Ne pas commettre d’actes de vandalisme ».

La publication du guide fait, en effet, suite à l’affaire du graffiti : il y a quelques mois, un adolescent chinois de 15 ans gravait un message affirmant que « Ding Jinhao était ici » sur un mur du temple d’Amenhotep III, dans l’ancienne cité pharaonique de Louqsor. Ce comportement de dégradation d’un monument âgé de 3 500 ans avait suscité l’indignation d’une grande partie de la population chinoise et relancé un vif débat sur les mauvaises manières des nouveaux riches à l’étranger.

Sur Internet, le jeune déprédateur s’était littéralement fait écharper, ses concitoyens estimant qu’il avait terni la réputation du pays tout entier. L’affaire est devenue l’une des plus commentées des réseaux sociaux. Le jeune Ding « a fait perdre la face à la nation chinoise », dénonçait un internaute. « L’attitude de Ding Jinhao ruine la réputation de la Chine ; il mérite toutes les critiques », écrivait un autre. Le scandale était remonté jusqu’au premier ministre, qui s’était senti obligé de déclarer publiquement qu’il fallait améliorer l’image que les touristes donnent du pays quand ils se déplacent.

Pour Renaud de Spens, sinologue, cette controverse illustre le regard des Chinois envers eux-mêmes. Selon lui, l’affaire offre « l’occasion aux Chinois de dénoncer le comportement de leurs élites » : la nomenklatura du régime communiste est accusée de bénéficier d’une vie dorée et de nombreux privilèges. « Paradoxalement, parmi les Chinois qui ont la chance d’aller à l’étranger, il y en a qui ne font pas preuve de l’ouverture d’esprit que devrait provoquer le voyage, estime-t-il. Ils sont là pour consommer et marquer leur place ».

Les Chinois ont été 83 millions à partir en vacances l’an dernier à l’étranger et s’y voient parfois reprocher leur comportement bruyant ou désordonné.

Renaud de Spens indique que dans leurs réactions au scandale, « les Chinois insistent tous sur le fait que ce site a 3 500 ans d’existence. Eux-mêmes sont abreuvés depuis l’enfance par un discours officiel insistant sur les 5 000 ans d’histoire de la culture chinoise et rappelant qu’aucun site chinois de cette importance et de cette époque n’a pu survivre jusqu’à aujourd’hui ». « Les autorités chinoises, poursuit-il, s’appuient sur cet argument pour faire passer le message suivant : Attention, quand vous êtes à l’étranger, vous représentez la Chine. Soyez-en dignes ! » .




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