Semaine du 24 au 30 juillet 2013 - Numéro 984
Festival international de Karlovy Vary: Une édition pas comme les autres
  Teintée de politique, la dernière édition du Festival international de Karlovy Vary, en République tchèque, a donné la parole aux laissés-pour-compte d'un monde sans merci. Oliver Stone, décoré pour l'ensemble de son oeuvre, annonce la fin de la suprématie américaine.
Festival international
Wajda de Haifaa Al-Mansour.
Fawzi Soliman et Ilse Joana Heinle24-07-2013

Cette année, au 48e Festival international de cinéma de Karlovy Vary, en République tchèque, deux vedettes ont enflammé les foules : John Travolta et Oliver Stone. John Travolta, danseur-chanteur et comédien, a été accueilli par 2 000 fans, malgré un temps pluvieux et froid.

C’était plutôt un public d’intellectuels et de cinéastes d’un certain âge qui a suivi les interventions pertinentes d’Oliver Stone. Ce grand homme du cinéma américain, directeur, scénariste et documentariste, décoré de trois Oscars pour ses films sur le Vietnam, l’Amérique latine et des figures politiques, a gardé son engagement fervent. Quelques séquences de son dernier ouvrage The Untold History of the United States, une série télévisée, étaient diffusées à Karlovy Vary. De même, on a montré des extraits de son film sur Alexandre le Grand Alexander : The Ultimate Cut. Lors d’une conférence de presse tenue un jour après la chute de Morsi, il se prononçait très clairement contre la politique des Etats-Unis. « Le XXe siècle a vu la chute de l’Allemagne fasciste et de l’Union soviétique, la domination des Etats-Unis va disparaître », a-t-il dit. Durant la cérémonie de clôture, Stone a reçu le Globe en cristal pour l’ensemble de son oeuvre. Il a lancé un appel aux jeunes cinéastes pour explorer tout ce qui se passe dans le monde, comme lui, « si j’arrête d’explorer, je meurs ! ».

Lors de la compétition officielle des longs métrages, 14 films se concurrençaient pour le Globe en cristal (25 000 dollars). Le film hongrois A nagy füzet (le grand cahier) de Janos Szasz, projeté en première mondiale, a remporté le premier prix. C’est l’histoire de deux garçons jumeaux de treize ans, confiés pendant la Deuxième Guerre mondiale par leur mère à leur grand-mère alcoolique vivant dans la campagne hongroise. Ils sont exposés à toutes les cruautés de la guerre et commettent eux-mêmes des crimes, perdant leur innocence. Leur père leur avait laissé, avant de partir à la guerre, un cahier dans lequel ils inscrivaient leurs réflexions et expériences. Un très bon travail de caméra signé Christian Burger, le cameraman de Michael Hanneke, dans Le Ruban blanc.

Le cinéma arabe était présent dans la section « Horizons » avec le film palestinien Héritage de la réalisatrice Hiam Abbas, une coproduction franco-turque. Et dans la section « Une autre vue », on trouve le film palestinien Omar de Hany Abou-Assad. Omar est une production purement palestinienne, déjà présentée avec beaucoup de succès à Cannes dans la section « Un certain regard ». Ce film est considéré comme une version palestinienne de Roméo et Juliette.

Histoire de filles

Egalement, dans la section « Une autre vue », le Festival de Karlovy Vary présentait Wajda. Ce n’est pas seulement le premier long métrage saoudien, mais il est aussi réalisé par une femme, Haifaa Al-Mansour. La réalisatrice raconte avec beaucoup de tendresse et de sympathie comment Wajda, une fille de dix ans, arrive à réaliser son rêve. Elle rivalise avec les garçons de son quartier et se met à vélo. Elle parvient à collecter la somme nécessaire pour s’acheter une bicyclette lors d’une compétition pour réciter le Coran. Cependant, sa maîtresse fait don du prix à la Palestine. A la fin, la mère de Wajda, terriblement déçue par l’abandon de son mari, lui achète une bicyclette.

On se souvient du film Offside sur les filles qui veulent jouer au football, réalisé par l’Iranien Jafer Panahi, qui vit depuis deux ans et demi en résidence surveillée. Son dernier film, Pardé (le rideau fermé), était d’ailleurs présenté au Festival de Karlovy Vary par sa fille Solmaz. Le public était surpris lors de la clôture par un message via Skype de Jafer Panahi même.

Spécial cinéma kurde

Un programme spécial de huit longs métrages et de six courts métrages était réservé au cinéma kurde. Un cinéma qui témoigne des problèmes d’un peuple dispersé dans plusieurs pays. Ainsi, les réalisateurs viennent d’Iran, d’Iraq et de Turquie. Comme l’a exprimé Hicham Zaman, lors de son introduction à la session des six courts métrages, le recours des réalisateurs aux paysages authentiques et leurs habitants qui s’expriment en langue kurde font de ce cinéma l’expression pénible mais convaincante d’un peuple sans pays. Hicham Zaman, originaire de l’Iraq, travaillant au Norvège, est aussi l’auteur de deux films, Avant la neige, un long métrage et du court métrage Bawké. Celui-ci est dédié à tous ceux qui sont obligés de quitter leur pays natal, laissant derrière eux leurs racines et leur langue. Dans son court métrage Silence, le réalisateur turc Rezan Yesilbas montre les déboires d’une jeune femme qui rend visite à son mari en prison. Comme elle n’est pas autorisée à lui parler dans sa langue, le kurde, et comme elle est incapable de communiquer en turc, le couple reste muet. Mais la jeune femme réussit à échanger les chaussures avec son mari. Ce court métrage de 15 minutes a décroché la palme d’or au Festival de Cannes l’année passée.

Le cinéma rivalise avec les cures thermales

Au mois de juillet, la station thermale de Karlovy Vary, en République tchèque, change de public : des milliers de cinéphiles, surtout jeunes, remplacent les nombreux « curistes » cherchant un soulagement dans les sources d’eau chaude. Depuis le XVIIIe siècle, cet endroit a attiré la noblesse, les hommes politiques et des artistes de renom, tels l’empereur autrichien, Clemenceau, Beethoven et Richard Wagner, pour ne citer que ceux-là. Aujourd’hui, le monde du cinéma a pris la relève. Depuis sa fondation en 1946, juste après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le Festival de cinéma de Karlovy Vary a fait son chemin. Il est devenu le festival de cinéma le plus important d’Europe centrale et d’Europe de l’Est. Les grands du cinéma ont été célébrés à Karlovy Vary : Luis Bunuel, Ken Loach, Milos Forman, Carlos Saura, Gregory Peck, Claudia Cardinale, Michael Douglas ...




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