Semaine du 1 au 7 mai 2013 - Numéro 972
Danger de la défense citoyenne
  Deux ans après la révolution, on parle de nouveau du retour de ces comités populaires, mais cette fois-ci avec le but d'aider la police dans sa mission. Une idée qui semble cacher d'autres intérêts.
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Bien qu'ils aient besoin de sécurité, les gens ont peur que les comités populaires ne se transforment en des milices dont chacune imposera sa propre loi.
Hanaa Al-Mekkawi01-05-2013

La situation devient de plus en plus dangereuse avec l’absence de la police et le manque de sécurité. Mais créer des comités populaires pour pallier la négligence des agents de police n’est pas une solution. Ceci peut faire de l’Egypte une autre Somalie », ainsi pense Mohamed ElBaradei, fondateur du Front du salut (Gabhet Al-Enqaz). Ce que dit ce politicien reflète le point de vue de la majorité des Egyptiens qui souhaitent que les forces de l’ordre instaurent de nouveau la sécurité dans la rue. Lors de la révolution, les citoyens avaient bien accueilli ces comités populaires, car c’était le seul moyen de protéger leurs familles et leurs biens après la défection de la police. Aujourd’hui et vu les changements opérés dans le pays, ils craignent que ces comités ne soient utilisés pour servir d’autres intérêts. « C’est le sentiment d’insécurité qui a poussé les citoyens à recourir de nouveau à l’idée des comités populaires », dit Nada Salah, psychiatre.

Cette dernière n’arrive pas à comprendre la passivité de la police alors que la révolution a réclamé dès le départ la réforme de cet appareil. « Les citoyens ressentent toujours ce besoin de sécurité après la révolution. Seule leur réaction a changé. Avant ils n’osaient pas agir, maintenant ils n’ont plus peur. Ils sont devenus trop audacieux jusqu’à perdre la boussole », explique Salah.

Ces comités populaires ont vu le jour quelques jours après le déclenchement de la révolution, et plus précisément le 28 janvier 2011, le jour où la police s’est retirée complètement. Les actes de violence et de sabotage qui ont eu lieu ont semé la panique dans le pays. Quelques jours après la chute du régime, l’angoisse a diminué et les comités populaires n’avaient plus de raison d’exister. Il était temps pour que de nouvelles institutions assument leurs responsabilités, y compris le ministère de l’Intérieur. Ces comités, qui ont été d’un grand secours pour tout le monde, ont accompli d’autres tâches, comme le nettoyage et l’embellissement des rues.

Au fil des mois, les citoyens ont constaté que le retour de la police était timide, ce qui a laissé ce sentiment d’insécurité.

Aujourd’hui, nombreux sont les appels lancés par les différents partis incitant les citoyens à recourir de nouveau aux comités populaires mais cette fois-ci pour donner un coup de main aux forces de l’ordre. Khaled Al-Charaf, porte-parole du parti Al-Benaa Wal Tanmiya (la construction et le développement) de tendance islamiste, affirme que ces comités ne pourront jamais se substituer à la police. Ils vont tout simplement lui donner un coup de main. Cependant, beaucoup refusent catégoriquement cette idée, car d’après eux, c’est une ruse à laquelle recourent les islamistes qui insistent pour faire descendre leurs milices dans la rue.

D’ailleurs, certains incidents ont révélé la présence de ces milices un peu partout, à l’exemple du groupe Al-Amr bel maarouf wal nahey an al-monkar, qui tentait d’imposer son propre diktat.

D’après le politicien Ahmad Yéhia, il est hors de question en ce moment de permettre aux comités populaires d’occuper les rues, car aujourd’hui, les objectifs ne sont plus les mêmes et le pays est divisé en deux camps.

Alors, chaque camp tentera de défendre les siens, brandissant ses armes pour s’imposer, ce qui pourrait entraîner le pays dans une guerre civile. « Il est temps pour que les responsables comprennent que le citoyen est prêt à faire des concessions, mais pas en matière de sécurité. Un vrai retour de la police n’est plus un luxe », conclut Yéhia .




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