Semaine du 1 au 7 mai 2013 - Numéro 972
Armes, portes blindées et caméras: l’autodéfense des joailliers
  Midane Al-Gamie, quartier des bijoutiers. En apparence, rien n’a changé depuis la révolution. Sauf qu’aujourd’hui, ce sont les vigiles privés des marchands d’or qui rassurent les policiers et non l’inverse
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Hanaa Al-Mekkawi01-05-2013

Amr, propriétaire d’une bijouterie, appelle Moustapha. Dès que le vigile fait son apparition, la cliente, rassurée, se sent en sécurité pour sortir du magasin avec les bijoux qu’elle vient de s’offrir.

« Depuis la révolution, la situation sécuritaire instable fait peur aux commerçants et aux clients », dit Amr. La cliente se sent plus tranquille en voyant ces vigiles qui font des va-et-vient incessants devant les bijouteries.

Moustapha, le vigile, se fond dans la foule pour détecter le moindre mouvement suspect. C’est cette situation qui règne au souk de Midane Al-Gamie à Héliopolis, considéré comme le deuxième plus important marché de l’or en Egypte.

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Mais depuis le déclenchement de la révolution, c’est la peur qui règne dans ce marché. Des millions de livres dorment dans les deux rues principales, ce qui suscite la convoitise des voleurs, dont le nombre est en recrudescence. « Le nombre de crimes a quadruplé et la police est quasiment absente, occupée par d’autres problèmes. Il a fallu se débrouiller pour protéger nos vies et notre gagne-pain ». Amr exprime haut et fort ce que ressentent tous les bijoutiers de ce marché.

Ces derniers sont obligés à assurer leur propre sécurité. Pourtant, ils ne cachent pas leur inquiétude et la tension qu’ils ressentent à chaque fois que quelqu’un entre dans leurs magasins. Ils ne peuvent s’empêcher de jeter des regards suspicieux surtout si le client n’est pas connu.

Tout semble comme d’habitude

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En se promenant dans ce souk grouillant de monde, les visiteurs ne remarquent aucun changement. Des dizaines de bijouteries collées les unes aux autres bordent les rues. Mais dans ce souk, on ne vend pas uniquement que des bijoux. On y trouve des magasins de vente en gros, un grand marché de légumes et de fruits et un endroit réservé à la vente de tapis. C’est un souk très animé où les magasins restent ouverts 24 heures sur 24.

Dans ce décor, le commissariat de police garde sa place au centre du souk. Mais les choses ne sont plus comme avant. La relation entre les commerçants et les agents de police n’est plus la même. Aujourd’hui, personne n’attend rien de l’autre.

« Notre commissariat a été l’un des rares à n’avoir pas été attaqué lors de la révolution. Dans ce marché, tous les propriétaires de magasins se connaissent et ont toujours entretenu de bonnes relations avec la police », dit Karim, un bijoutier.

Karim termine ses propos en pointant du doigt la fenêtre d’un appartement au premier étage, en face de son magasin. En la regardant, rien de suspect, mais le bijoutier affirme que derrière les rideaux se trouvent des hommes armés surveillant l’endroit nuit et jour. Et ce n’est pas le seul appartement qui sert de « mirador ».

Les vigiles sont des militaires des forces spéciales à la retraite. Mais ces mesures coûtent excessivement cher : un garde spécial peut toucher entre 300 et 400 L.E. par jour. Mais d’après les bijoutiers, c’est une somme dérisoire à côté de ce qu’ils risquent de perdre en cas d’attaque. Tous les bijoutiers se partagent les frais de ce genre de protection.

Les visiteurs, eux, ne peuvent reconnaître ces vigiles habillés en civil. Ils bougent tout le temps, sans se faire remarquer. Comme à l’accoutumée, les passants admirent d’un côté les vitrines remplies de bijoux et, de l’autre, les fruits et légumes ou les pacotilles exposées sur les trottoirs par les vendeurs ambulants.

Avant, les agents de police patrouillaient deux par deux, faisant des va-et-vient incessants. D’autres se tenaient à des endroits fixes, exhibant leurs tenues et leurs armes. Ce n’est plus le cas depuis deux ans. Ce qui a obligé les bijoutiers à acheter des armes et à installer des portes blindées.

Rester calme face à la psychose

Mais certains bijoutiers refusent de vivre dans cette situation de psychose. Ils se protègent, mais sans dépenser beaucoup d’argent. Ossama Raouf explique qu’il ne faut pas exagérer. Selon lui, le danger existe à cause du manque de sécurité, mais « ça ne fait pas craindre quand on se trouve dans un tel endroit où chaque bijoutier a plus de dix employés, et quand on a en face des marchands de fruits qui représentent une ligne de défense en cas d’agression ».

Les bijouteries qui pourraient faire l’objet d’attaques sont celles qui sont isolées. Pour lui, la situation stratégique du souk suffit en elle-même. Il faut cependant prendre quelques précautions supplémentaires comme celle d’ouvrir plus tard que les autres magasins et de fermer avant.

Mais rares sont les bijoutiers qui partagent le point de vue de Raouf. Après la révolution, on a déjà attaqué Al-Sagha, le centre névralgique de la vente de l’or en Egypte. Pour beaucoup, il ne faut pas prendre les choses à la légère comme dit Rafiq Abassi, chef du secteur de l’orfèvrerie à l’Union des industries.

« Les magasins de Midane Al-Gamie ont déjà fermé durant une semaine lors du premier chaos qui a suivi le déclenchement de la révolution à cause de la disparition de la police », dit Abassi. Pour les bijoutiers, le choix est vite fait : rester chez eux en attendant le retour de la police ou braver le défi en trouvant des moyens pour se protéger.

« Nous avons choisi de survivre même si l’on doit dépenser de l’argent pour protéger nos vies. A présent, on n’attend plus rien de la police. Au contraire, ce sont les policiers du commissariat qui se sentent protégés, grâce à nous », conclut Amr, en surveillant lui-même la position des nouvelles caméras qu’il vient d’installer.

Ironie du sort, les rôles se sont inversés. Aujourd’hui, ce sont les bijoutiers qui protègent la police .

Voleurs torturés, voyous décapités, quand les citoyens font justice eux-mêmes, c'est la haine qui parle

Juin 2011, gouvernorat de Charqiya. Les habitants tuent un voleur et blessent grièvement son frère. Ils avaient attaqué un fonctionnaire et lui avaient volé 52 000 L.E.

Août 2011, gouvernorat de Kafr Al-Cheikh. Une centaine de personnes font irruption dans la maison d’un hors-la-loi, y mettent le feu, font sortir le malfaiteur, le battent et le mutilent. On lui coupe ses deux mains et sa jambe droite avant de le traîner dans la rue, de le décapiter et de jeter son corps devant le poste de police.

Septembre 2011, gouvernorat de Ménoufiya. Les habitants arrêtent des cambrioleurs, les dénudent et les battent avant de les emmener au poste de police. L’un meurt des suites des blessures avant même d’arriver au commissariat. Les autres sont grièvement blessés.

Décembre 2011, gouvernorat de Banha. Les habitants poursuivent des bandits durant des heures et les battent à mort. Ils terrorisaient les habitants et leur demandaient des rançons.

Janvier 2012, gouvernorat de Charqiya. Deux criminels qui avaient tué un jeune garçon sont arrêtés par les habitants, puis pendus dans la rue devant tout le monde.

Février 2012, gouvernorat de Charqiya. Les habitants tuent un bandit et brûlent son cadavre avant de le suspendre à un poteau.

Février 2012, gouvernorat de Qalioubiya. Des voyous sont arrêtés et fouettés par les habitants. L’un d’eux meurt de ses blessures.

Juin 2012, gouvernorat de Charqiya. Les habitants d’un village torturent et tuent des voyous qui harcelaient leurs filles.

Août 2012, gouvernorat de Damiette. Les habitants tuent un voyou et brûlent son cadavre dans sa voiture.

Mars 2013, gouvernorat de Gharbiya. Les habitants dénudent et torturent à mort des criminels qui ont kidnappé des femmes du village. Ils sont ensuite pendus à un poteau .




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