Semaine du 1 au 7 mai 2013 - Numéro 972
Entre déficit et inflation
Hazem Al-Beblawy01-05-2013
 
 

L’économie égyptienne souffre de problèmes structurels importants et doit être restructurée avec une vision stratégique de développement à long terme. Mais l’économie égyptienne souffre aussi de problèmes pressants qui nécessitent des solutions rapides. La stratégie requise peut être résumée en plusieurs points :

— Une nouvelle politique démographique, puisque l’économie égyptienne ne peut pas supporter que le nombre d’habitants double tous les 30 ans.

— Une stratégie industrielle, car l’économie égyptienne souffre d’un faible taux de productivité, et pour y remédier il faut élargir le recours à la technologie moderne, en particulier dans le domaine de l’industrie de transformation.

— Une révolution de l’enseignement et de la formation. En effet, il est impossible de naviguer de pair avec l’essor technologique moderne et la continuité d’un niveau aussi bas d’éducation, de formation et de recherches scientifiques qui ne peut aider à former un citoyen productif.

— Une liberté et une égalité sociales. Des taux élevés de développement ne suffisent pas à réaliser le développement requis. Il faut que cela soit accompagné d’un sentiment de justice et d’égalité chez le citoyen.

— Une vision moderne du monde contemporain, car nous vivons dans un monde nouveau, où il est impossible de s’isoler ou de se replier sur soi. S’ouvrir sur le monde est devenu une nécessité et non un luxe. Et en ce qui concerne la coopération régionale, des efforts énormes doivent être déployés pour créer une économie arabe complémentaire.

Cette vision stratégique est naturellement une vision à long terme et ses fruits ne seront pas cueillis dans un avenir proche.

Observons les expériences des Etats ayant réalisé un essor économique lors du siècle dernier, en mettant de côté l’Europe qui a effectué sa révolution industrielle. Les plus éminents de ces pays sont le Japon, l’Union soviétique, les Etats du Sud-Est de l’Asie et enfin la Chine suivie par l’Inde et le Brésil. Ces pays ont réussi à raccourcir la distance qui les séparait des grands pays industriels pour devenir aujourd’hui les plus importants centres économiques mondiaux. Ces pays se caractérisent par le fait qu’ils ont adopté des politiques d’industries technologiques locales et mondiales avec des investissements élevés. De plus, ils ont tous bénéficié de gouvernements nationaux forts, à part la Russie. Et ils ont tous, à part encore la Russie, compté sur une politique d’ouverture sur le monde en ce qui concerne l’exportation et les investissements étrangers.

Mais une vision stratégique pour l’avenir ne peut, à elle seule, remédier à la crise actuelle. Il existe des problèmes pressants qui nécessitent des solutions urgentes. La première nécessité est que nous devons réinstaurer la sécurité et la stabilité politique avec une vision claire en ce qui concerne la nature du régime politique et du système économique.

Si ces impératifs politiques et économiques se réalisent, vient alors la seconde nécessité qui consiste à remédier de façon urgente à deux problèmes économiques qui ne peuvent durer plus longtemps et qui sont : le déficit du budget et de la balance des paiements, et le chômage, en particulier parmi les jeunes. La difficulté de ces problèmes ne réside pas uniquement dans le fait qu’il leur faut des solutions urgentes pour empêcher l’explosion de la situation. Elle tient aussi au fait que ces solutions sont contradictoires. Pour ce qui est du déséquilibre financier, en particulier du budget, il faut une politique d’austérité alors que le chômage demande une hausse de dépenses. La réalité est que le déficit du budget a atteint des taux inquiétants atteignant 10 % du PNB, ce qui représente le quart du budget. Et en même temps, les chiffres du chômage sont devenus effrayants, ce qui signifie qu’il nous faut une politique d’expansion non par l’embauche dans le gouvernement, mais par la création des emplois productifs pour assimiler le chômage de façon graduelle. L’Etat est obligé de recourir à la fois à des politiques contradictoires, entre austérité et expansion. Cela est-il possible ?

Nous sommes face à un déficit catastrophique du budget, un volume de dettes internes qui a dépassé le trillion de L.E. Il est pour la plupart financée par des banques locales, c’est-à-dire l’épargne des Egyptiens, ce qui menace la stabilité du secteur bancaire. Le remède au déficit ne consiste pas uniquement à baisser les dépenses. Il faut aussi accroître les revenus dont la première source réside dans l’impôt. Une chose qui ne peut être négligée, alors que le problème des impôts ne réside pas dans ses taux, mais dans le fait que la fraude fiscale est un phénomène courant, en particulier pour ce qui est des revenus commerciaux, industriels et douaniers. De plus qu’un énorme secteur de l’économie non organisée ne paye pas du tout d’impôts. Il existe donc une nécessité de restructuration du système fiscal, mais il faut savoir que beaucoup de temps est nécessaire avant que la restructuration ne se répercute sur le budget, et alors aussi que le déficit monétaire actuel ne peut pas attendre.

Il faut donc s’intéresser à ce dossier, en accordant un intérêt particulier à la question des revenus. Le plus important est la nécessité d’attirer des investissements et par conséquent de créer un environnement fiscal apte à concurrencer les autres Etats.

C’est ainsi qu’il apparaît clair que l’espace de manoeuvre est très étroit pour le gouvernement. Et s’il se trouve obligé de rationaliser le déficit du budget, il ne peut pas se contenter des politiques monétaires d’austérité. Il doit réaliser une politique d’expansion de l’investissement pour lutter contre le chômage et c’est là qu’apparaît l’importance du secteur privé. La redistribution des responsabilités entre le gouvernement et le secteur privé peut aider à la réactivation de l’économie égyptienne.



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