Semaine du 1 au 7 mai 2013 - Numéro 972
Edito: Plaidoirie pour un dialogue
01-05-2013
 
 

La crise entre le pouvoir et l’appareil judiciaire continue de faire rage. Alors que, d’un côté, les partisans islamistes du pouvoir exigent une « purge » dans les rangs des juges, ceux-ci, soutenus par l’opposition libérale et laïque, dénoncent un « massacre » du pouvoir judiciaire qui serait préparé par les Frères musulmans au pouvoir.

La nouvelle crise a été déclenchée par la possible remise en liberté, voire l’acquittement de l’ancien président Moubarak et ses proches. Une perspective qui a immédiatement déclenché la semaine dernière des manifestations d’islamistes, menées par la confrérie, contre une supposée impartialité des juges en faveur des caciques de l’ancien régime. Le Parti Liberté et Justice (PLJ), bras politique de la confrérie, a fait également pression pour une adoption rapide par le Conseil consultatif (Chambre haute du Parlement, qui détient temporairement le pouvoir législatif après la dissolution de la Chambre basse en juin dernier) de la nouvelle loi sur le pouvoir judiciaire, dont la principale disposition est l’abaissement de l’âge de la retraite des juges de 70 à 60 ans. Ce qui devrait se traduire par le départ à la retraite de plus de 3 000 magistrats — le quart de l’appareil judiciaire — considérés par le PLJ comme les plus proches de l’ancien régime et les plus hostiles aux Frères musulmans. La nouvelle loi, approuvée le 24 avril par la commission des affaires législatives et constitutionnelles de la Chambre haute, devrait également se traduire, si elle est adoptée par le Conseil consultatif, par le départ à la retraite de la majorité des juges de la Haute Cour constitutionnelle, considérée par les Frères musulmans comme le principal ennemi à leur pouvoir.

Ce nouvel épisode de la crise entre le pouvoir politique et les juges a jusqu’ici fait deux défections dans les rangs du camp présidentiel. Le ministre de la Justice, Ahmad Mekki, et le conseiller juridique du président, Mohamad Fouad Gadallah, ont présenté leur démission ces derniers jours pour protester, entre autres, contre la nouvelle loi. La démission de ce dernier est la douzième sur un total de 17 conseillers présidentiels, nommés en août dernier. Elle indique que le cercle des fidèles plus ou moins proches des Frères musulmans se rétrécit. Reste à dire que la crise actuelle ne peut finalement être résolue que par consensus, à travers l’engagement d’un dialogue entre les juges et le pouvoir.


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