Semaine du 1 au 7 mai 2013 - Numéro 972
Une poule aux oeufs d’or pour les banques
  Le choix des banques d’accroître massivement, depuis la révolution, leurs investissements dans les bons du Trésor porte atteinte à l’activité économique du pays.
Banques
Les banques ne doivent investir que le tiers de leurs actifs dans les bons du Trésor. (Photo:Ahmad Abdel-Razeq )
Gilane Magdi01-05-2013

Le gouvernement et les banques entretiennent des relations qui pourraientse révéler dangereuses à moyen terme pour l’économie du pays. Car si le gouvernement a continuellement besoin de s’endetter (pour combler son déficit budgétaire, voir page 14) et que les banques saisissent l’opportunité des intérêts élevés offerts par l’achat de bons du Trésor, ces dernières oublient leur rôle principal qui est de financer le secteur privé. « Les banques égyptiennes vont au-delà des normes internationales appliquées aux banques étrangères, selon lesquelles chaque banque ne doit pas investir plus du tiers de ses actifs dans des titres gouvernementaux. Ce taux s’élève à 41 % en Egypte », explique à l’Hebdo Hani Guéneina, directeur des recherches auprès de la maison de courtage Pharos Securities. Selon lui, le fait de dépasser de 11 % le taux réglementaire accroît le risque de non-remboursement du gouvernement, aux yeux des investisseurs étrangers. « Par conséquent, cela entraîne notamment la baisse de la classification de l’économie égyptienne et des banques par les agences de notation internationales », ajoute Guéneina.

Les investissements des banques dans ces titres ont augmenté de 40 % ces deux dernières années pour atteindre 565 milliards de L.E. en juin 2012. Un chiffre qui a atteint les alentours de 606 milliards de L.E. en janvier 2013, selon le dernier bulletin de la Banque Centrale d’Egypte (BCE) publié en mars. Ainsi, les banques préfèrent ce type d’investissements à haute profitabilité, car il se caractérise par un bas niveau de risque comparé à l’octroi de crédits au secteur privé. De plus, ces investissements n’exigent pas la conservation des provisions comme c’est le cas pour les crédits. « Il y a un important recul des crédits bancaires, notamment dans le secteur du ciment et du fer ces deux dernières années. Mais ce recul intervient avec une hausse des liquidités dans le secteur bancaire et celle des taux d’intérêt sur les dépôts. Ainsi, il n’y avait d’autre choix que l’investissement dans les titres gouvernementaux », se défend Mounir Al-Zahed, directeur de la Banque du Caire.

Hausse des liquidités

Cette relation entre banquiers et gouvernement a contribué à la baisse de l’investissement privé. « Preuve en est le recul énorme de la part du secteur privé dans le total des crédits bancaires, passée de plus de moitié à 29 % seulement », note Mona El-Baradei, directrice de l’Institut bancaire égyptien. Elle ajoute que la part des petites et des moyennes entreprises reste minime malgré la hausse des liquidités dans le secteur bancaire. Alors, le gouvernement comme les banques doivent jouer un rôle essentiel, qui est le développement pour le premier et le financement du secteur privé pour les banques.

Mais cette relation entre banque et gouvernement peut-elle être mise à mal ? Il semble que oui. Si ce type d’investissements semble rentable pour les banques, il cache cependant beaucoup de risques. Le défaut de remboursement représente le plus grand défi avec l’endettement continu du gouvernement auprès des banques pour financer son déficit budgétaire sans, en échange, une hausse des recettes. « En cas d’échec du gouvernement à rembourser ses dettes, la BCE n’aura d’autre choix que d’imprimer de la monnaie pour rembourser les banques, ce qui entraînera des répercussions majeures sur l’inflation et l’activité économique », indique Guéneina.

Ce risque devient un facteur inquiétant à l’heure actuelle vu la hausse du déficit budgétaire accompagnée du recul des recettes gouvernementales. Le déficit budgétaire est passé de 134 milliards de L.E. en 2011/2012 à 170 milliards de L.E. en 2012/2013. Un chiffre qui devrait dépasser les 200 milliards de L.E. dans le prochain budget 2013/2014.

Forte chute des investisseurs étrangers dans les bons du Trésor

Chaque année, le gouvernement renfloue à hauteur d’une centaine de milliards de L.E. les caisses des institutions financières. Cette année, ce sont les banques qui sont les plus chanceuses. Elles s’emparent des deux tiers (précisément 66 %) du total des comptes des titres à court terme répartis entre les banques publiques (35,4 %), les banques privées (27,8 %), ainsi que les filiales étrangères (3,2 %). En deuxième place viennent les fonds d’investissement (15,6 %) suivis par les sociétés holding (3,8 %).

La composition des investisseurs dans les bons du Trésor a changé au cours des deux dernières années. Selon le bulletin de la Banque Centrale d’Egypte (BCE), les investissements étrangers (qui étaient les principaux investisseurs en bons du Trésor avant la révolution) sont 4 fois moins importants. Ils ont atteint 785 millions de dollars en janvier 2013 (0,1 % du total des bons du Trésor) contre 3,8 milliards de dollars au début de l’année 2012.

« Avant la révolution, la participation des étrangers tournait aux alentours de 27 % du total des émissions de bons du Trésor. 14,5 milliards de dollars des investissements étrangers ont quitté l’Egypte, dont la majorité dans les bons du Trésor. Les banques ont dû remplacer ces investisseurs en augmentant leurs portefeuilles d’investissements sous la pression gouvernementale », souligne Hani Guéneina, directeur des recherches chez Pharos.

Gonflement important de la dette publique

Le projet de budget pour l’an­née fiscale 2013/2014 prévoit de financer l’écart entre les recettes et les dépenses, évalué à 311 milliards de L.E. par l’émission de titres gouvernementaux. Ce chiffre représente une hausse de 12 % par rapport à l’année der­nière (2012/2013).

Dans l’ensemble, ces chiffres sont très supérieurs au montant des comptes-titres gouverne­mentaux, entraînant un gonfle­ment de la dette publique. Le ministère des Finances a révélé dans son rapport mensuel l’aug­mentation de la dette publique du pays qui est passée à 1,3 trillion de L.E. en décembre 2013 contre 1,058 trillion de L.E. l’année précédente (soit une hausse de 22 %).

« Cette hausse s’explique par l’augmentation du montant des bons du Trésor et des obliga­tions de 744 milliards de L.E. l’année dernière, contre 602 mil­liards de L.E. l’année précé­dente », note le rapport qui remarque aussi une hausse de la dette extérieure de 15,2 % pour atteindre 38,8 milliards de dol­lars, soit son plus haut niveau depuis 2008.

Quant au service de la dette extérieure, il ne cesse de grimper pour passer de 3,4 milliards de L.E. en 2010/2011 à 6,09 mil­liards de L.E. en 2011/2012. Un chiffre qui devrait atteindre 7,4 milliards de L.E. dans le pro­chain budget 2013/2014. Quant au total des intérêts sur les dettes publiques, ils sont passés de 138 milliards de L.E. en 2012/2013 à 182 milliards de L.E. en 2013/2014.




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