Semaine du 1 au 7 mai 2013 - Numéro 972
Turquie: Un pas vers la paix
  Le PKK a annoncé le retrait de ses troupes hors du pays à partir du 8 mai dans le cadre du processus de règlement de la question kurde
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Ankara souhaite redorer son image à l'étranger, notamment à l'UE, le PKK peut garantir les droits des Kurdes.(photo:Reuters)
Abir Taleb avec agences01-05-2013

UN nouveau pas a été franchi dans le processus engagé pour mettre un terme au conflit kurde. Depuis fin 2012, des discussions ont lieu entre Ankara et le chef emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Abdullah Öcalan. Le dernier fruit de ces discussions est l’annonce faite par le PKK du retrait de ses forces combattantes de Turquie vers ses bases arrière du nord de l’Iraq à partir du 8 mai. Selon le numéro deux de l’organisation, Murat Karayilan, ce retrait devrait s’achever au plus tard l’automne prochain. Le chef militaire a précisé que Abdullah Öcalan souhaitait un retrait plus rapide, avant l’automne, mais il a exprimé des doutes sur la capacité de son organisation à respecter un tel délai.

M. Öcalan avait lancé fin mars un appel à la trêve et au retrait des combattants du mouvement hors de Turquie, afin de faciliter le règlement d’un conflit qui a fait 40 000 morts. Le PKK avait demandé la création d’une commission parlementaire chargée de surveiller le cessez-le-feu et le retrait de ses combattants, mais le gouvernement s’était contenté de nommer une « commission des sages ».

Le numéro deux du PKK a toutefois précisé que ce retrait serait « immédiatement arrêté » si les rebelles étaient pris pour cible par l’armée turque. « Nous aurons recours le cas échéant à notre droit de légitime défense et de représailles », a-t-il averti. En effet, il est vrai que dans le passé, l’armée turque avait profité de trêves unilatérales du PKK pour infliger de lourdes pertes à ses troupes.

Or, cette fois-ci, la position d’Ankara semble avoir changé. En effet, la paix renforcerait la crédibilité d’Ankara sur la scène internationale et lèverait un obstacle de taille pour une éventuelle adhésion à l’Union européenne (voir sous-encadré).

Une résolution en trois phases

« Si Dieu veut, cela ne va pas seulement être la fin du terrorisme. Pour la Turquie, cela marque la fin d’une ère d’obscurité. La Turquie est en train de passer à une nouvelle étape », a déclaré le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. Mais il s’est aussi montré prudent : « Nous sommes en ce moment extrêmement prudents. Nous n’avons pas renoncé à prendre des précautions contre les sabotages et les provocations », a-t-il dit, appelant toutes les forces vives de la nation à soutenir l’effort de paix en cours. « Ne laissons pas se refermer la porte qui s’est ouverte devant la Turquie. Ne laissons pas ce climat se détériorer », a-t-il clamé. En menant des négociations avec le PKK, auxquelles une majorité de Turcs étaient opposés, M. Erdogan a pris un risque politique, alors que des élections sont prévues l’an prochain.

Mais M. Erdogan n’avait pas le choix. Lancée en 1984 pour obtenir un Etat kurde indépendant dans le sud-est de la Turquie, la lutte du PKK a vidé les coffres de l’Etat, a entravé le développement du sudest turc et a terni le bilan du pays en matière de droits de l’homme. Et il était temps d’y trouver une solution. Cela dit, il serait naïf de trop se réjouir. Les questions en suspens restent nombreuses et le PKK attend des mesures concrètes en retour. Le plan du parti prévoit en effet un processus de règlement de la question kurde en trois phases, dont le cessez-le-feu et le retrait de ses troupes constituent uniquement la première.

D’ores et déjà, les deux parties s’opposent sur la question du désarmement : le gouvernement turc souhaite un retrait sans armes alors que les combattants kurdes s’y opposent. La question du désarmement représente la pierre d’achoppement du processus de paix. Et la mise en application du reste du processus risque, elle aussi, de soulever certains obstacles. Les Kurdes réclament en effet « l’accomplissement par le gouvernement turc de ses obligations ». Elles consistent en une réforme de la Constitution pour élargir la prise en compte de la minorité kurde, l’abolition des milices kurdes financées par Ankara pour lutter contre les rebelles, ainsi que « le lancement d’un processus de normalisation » de même que la libération de M. Abdullah Öcalan.

Une dernière question de taille demeure sur l’incidence qu’aura le retrait des troupes d’Iraq, actuellement en proie à des violences confessionnelles et à un bras de fer entre le Kurdistan autonome et les autorités de Bagdad .




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