Semaine du 24 au 30 avril 2013 - Numéro 971
Musique: Les maalems, entre ciel et jeunesse
  S’adresser au Ciel par le biais d’une longue prière lancinante en évoquant les noms des saints : c’est ce que font les Diwanes d’Algérie lors de leurs lilas (nuits blanches). Des traditions héritées d’une vieillissime coutume subsaharienne et qui séduisent de plus en plus de jeunes.
les maalems
Une chanteuse diwanie.
Houda Belabd24-04-2013

18 troupes faisant partie de ce qu’on appelle depuis bien des décennies « Les gnaouis d’Algérie » prendront part à la 7e édition du Festival national de musique et danse Diwane, du 7 au 13 juin prochain à Béchar (Algérie). Une occasion de revisiter le patrimoine culturel algéro-subsaharien, pour le grand bonheur des festivaliers.
Parmi les troupes participantes, 16 seront en compétition pour les 3 premiers prix du festival. Les gagnants prendront part au prochain festival international de musique et danse Diwane, prévu au mois de juillet à Alger.
Placée sous le signe Diwane, du sacré à la scène artistique, cette édition verra la participation d’un grand nombre de chercheurs algériens et étrangers versés dans le monde de la musicothérapie.
Bien qu’ancré dans le quotidien des zaouias algériennes (mausolées à tendance spiritualiste), ce n’est qu’en 2006 que le ministère de la Culture décide de dédier un festival culturel à la musique Diwane. « Cette décision exprime, à elle seule, la volonté de la première responsable algérienne du secteur de la culture d’offrir à la musique Diwane un espace d’expression et de développement aux connaisseurs et aux amoureux de cet art », indique Tayeb Al-Ouafi, chanteur du groupe Gaada de Béchar.
Le festival vise à promouvoir et enrichir la musique gnaouie algérienne et constitue désormais un cadre national d’échange d’expériences entre artistes, créateurs et opérateurs culturels.
D’après les observateurs, il a été longuement attendu par les maalems diwanis (les maîtres chanteurs), a atteint sa vitesse de croisière en 2009 et est devenu aujourd’hui le porte-drapeau du spiritualisme algérien.
Soulignons aussi les efforts des maalems tels que Hadj Miliani, Hasna El Bécharia, Gaada de Béchar, Zaouia Bilalia et Rabah Sebaa, qui ont littéralement brillé dans cet art lors de leurs concerts internationaux. Les maalems Brahim, Nass El Ouaha et Medjber ont eux aussi fait découvrir l’univers diwani aux profanes et aux fans des fusions panafricaines.
Castagnettes et guembris
Munis de leurs castagnettes, guembris et de leur talent souvent hérité de père en fils, ces chanteurs portent ce style musical au fin fond de leur coeur.
La musique spiritualiste, elle, est en train de devenir un vrai phénomène social en Algérie, à en croire ces centaines de milliers d’adeptes qui prennent d’assaut les cours des concerts diwanis. Si la plupart d’entre eux sont originaires du pays, d’autres ont pris le soin de venir de loin dans l’optique d’admirer cet art à part entière. A entendre certains morceaux musicaux diwanis, nombreux sont ceux qui pourront se remémorer des chansons gnaouies marocaines durant lesquelles des maalems implorent la présence, voire la bénédiction des saints des deux mondes parallèles.
Force est alors de constater que les deux pays voisins se sont grandement imprégnés du même patrimoine légendaire subsaharien. Des supplications s’élèvent alors au beau milieu des lilas en ouvrant la voix à des rythmes inextricables, où les cliquetis des castagnettes se mêlent inlassablement aux résonances du guembri jusqu’à atteindre la transe, cet esprit si étranger à la raison du bas monde.
« Transmises oralement, les paroles de ces chants rituels, parfois composées dans des dialectes des pays du Sahel — comme le Bambara du Mali ou le Wollof du Sénégal — n’ont jamais été transcrites ni même traduites dans une langue comprise par nous tous. Cela fait partie des règles très strictes que les maalems transmettent à leurs disciples — appelés guendouz — depuis des siècles et n’ont pas le droit d’expliquer parfois », explique le musicologue algérien Camel Zikri.
5 siècles sans changer
« L’art Diwane a survécu près de cinq siècles durant, traversant — sans préjudices — la période coloniale. Après l’indépendance, ce style musical a conservé ses pratiques mystiques et le caractère intime, restreint et presque énigmatique, de ses cérémonies organisées dans le sud-ouest et quelques autres régions d’Algérie où vivent de petites confréries d’inspiration soufie », poursuit Zikri.
Mais un travail délicat s’est imposé aux maalems pour donner à cette musique une dimension festive capable de remporter l’adhésion du grand public, notamment grâce à l’introduction d’instruments
qui s’adressent à la jeunesse. Un pari gagné pour la fusion !
« Il y a environ 6 ou 7 ans, des observateurs algériens assimilaient la fulgurante ascension de la musique Diwane à un simple phénomène de mode. Aujourd’hui, il y a lieu de dire que ce fut des pronostics erronés », remarque le maalem El Ouafi.
Il affirme : « La bonne réputation de l’art diwani au-delà de ses frontières géographiques naturelles a donné naissance à un grand engouement de la part de la jeunesse algérienne pour la culture et le mode de vie des communautés gnaouies et des populations des pays subsahariens en général » ... de la musique à la culture.


Mots clés:

Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire