Semaine du 17 au 23 avril 2013 - Numéro 970
Bec et ongles avec l’armée
  Soheir, femme au foyer et grand-mère, incarnait parfaitement l'Egyptienne traditionnelle. Depuis la révolution, elle est une militante acharnée et soutient le retour au pouvoir des militaires.
bec
Soheir a su rallier son rôle de grand-mère et son nouveau rôle d'activiste.
17-04-2013

« L’idée que l’armée pourrait nous trahir est inconcevable », affirme Soheir, 65 ans. La sexagénaire déploie toute son énergie à défendre l’Institution militaire, car, selon elle, en la soutenant, on protège l’Etat. « Je ne crois pas qu’il y ait eu un accord entre le Conseil Suprême des Forces Armées (CSFA) et les Frères musulmans pour leur céder le pouvoir, comme tout le monde le prétend. Pour moi, c’est la confrérie qui a trahi le Conseil militaire. A présent, il n’y a que l’armée pour nous faire sortir de ce traquenard », affirme-t-elle. Cette femme au foyer a été la première au sein de sa famille à descendre dans la rue le 28 janvier 2011 (Vendredi de la colère) pour manifester. Elle n’a cesser d’expliquer à ses filles et à ses gendres l’importance de manifester pour réclamer pain, liberté, dignité et justice sociale.

Depuis la révolution, cette veuve s’est transformée en activiste acharnée. « J’ai déjà fait ma vie, mais je lutte pour celle de mes enfants et de mes petits-enfants. Ils ont droit à une vie meilleure», confie Soheir. « Lors des élections législatives de 2010, la corruption et la fraude électorale ont battu tous les records. J’étais révoltée. Je me demandais comment après tout cela, les gens continuaient à rester passifs », s’exclame-t-elle. La retraitée affirme avoir constaté, preuve à l’appui, que de pauvres gens recevaient des pots-de-vin pour offrir leurs voix à certains candidats de l’Assemblée du peuple. Il fallait que quelque chose arrive, et lorsque la révolution a été déclenchée, Soheir a compris que de nombreuses personnes ressentaient la même chose qu’elle.

Au début, il n’a pas été facile pour cette veuve de s’engager en politique. En effet, Soheir n’est plus toute jeune et n’a jamais fait partie d’un mouvement politique. Le fait de participer à une manifestation a constitué pour elle une prouesse. De plus, elle a dû tenir tête à son entourage et défier certaines personnes moqueuses. Mais Soheir est têtue et dotée d’une forte personnalité. Elle a surpris tout le monde en descendant dans la rue. Durant deux ans, sa participation aux différentes manifestations a fini par mobiliser même ceux qui l’avaient critiquée au départ. « Peu importe ce que les gens pensent de moi. Ce que je fais, c’est pour le bien de mon pays et c’est aussi une façon de défendre mes droits et mes principes », poursuit-elle.

Dès le début, elle a misé sur l’armée. Les seules manifestations auxquelles elle n’a pas participé ont été celles organisées contre le CSFA. Convaincue de la nécessité du changement, Soheir a abandonné son univers qui se limitait à sa cuisine et à sa famille, pour se lancer dans un tout autre combat. Bien qu’elle ait des problèmes à la colonne vertébrale et d’hypertension, elle n’hésite pas à enfiler son jean, prendre son sac dans lequel elle n’oublie pas de glisser ses médicaments et une bouteille d’eau. Puis, elle rejoint le rassemblement munie de sa canne.

Mobiliser son entourage

On la rencontre notamment devant Al-Manassa (lieu de rassemblement des manifestants soutenant l’armée), Kobri Al-Qobba, Abbassiya, près du siège du ministère de la Défense, à Port-Saïd, partout où l’on organise des manifestations pour soutenir l’armée. Quand elle ne manifeste pas, elle passe son temps à lire les journaux, à suivre les chaînes satellites. Elle n’hésite pas à mobiliser son entourage et signer des pétitions pour que l’armée reprenne le pouvoir. Son nouveau défi est d’apprendre à utiliser l’ordinateur pour avoir accès aux sites Internet qui lui permettront de suivre l’actualité en direct.

« Avant, mes voisins et mes proches venaient me demander des recettes de cuisine, maintenant ils veulent connaître mon point de vue sur ce qui se passe dans le pays », explique fièrement Soheir. Elle parle comme un expert et émet ses propres analyses à ses petits-enfants âgés de 6 à 17 ans. Souvent, ces derniers sont lassés de l’entendre parler constamment de politique. « Si tu étais à la place du vice-président ou même du président, les choses se seraient nettement améliorées », lui répète souvent l’un de ses petits-fils. Soheir n’a plus le temps ni de jouer avec eux, ni de leur raconter de belles histoires comme elle le faisait avant.

Ce n’est pas seulement son quotidien qui a changé, mais aussi son comportement. Elle n’hésite pas à boycotter le boucher du coin qui défend les islamistes et insulte l’armée. « Avoir le sens patriotique, c’est faire confiance à l’armée et ne pas douter de sa loyauté. C’est notre dernier salut contre les ennemis internes et externes du pays, et contre tous ceux qui veulent notre perte », conclut Soheir.



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