Semaine du 3 au 9 avril 2013 - Numéro 968
Frères musulmans: Le rôle immuable de la confrérie
  Le verdict attendu sur la dissolution de la confrérie a relancé le débat sur son rôle politique. Et un changement de statut n'aurait que peu d'impact sur les activités du groupe.
Frères musulmans
Des dirigeants des Frères musulmans devant le siège de la confrérie au Moqattam. (Photo: Reuters)
Chaïmaa Abdel-Hamid03-04-2013

Qu’ils soient au pouvoir ou dans le camp de l’opposition, le statut des Frères musulmans est toujours le même : interdit. Le tribunal adminis­tratif vient de reporter au 23 avril l’annonce de son verdict sur la légalité du statut de la confré­rie. Craignant une dissolution que beaucoup croient imminente et le fait de voir ses locaux confisqués, la confrérie s’est hâtée de créer une organisation non gouvernementale déclarée au ministère des Affaires sociales par le matricule 644 pour l’année 2013. La confrérie sera-t-elle vraiment dissoute alors qu’elle vient de fêter, le 22 mars dernier, son 85e anniversaire ? Peu importe, ce qui compte ce sont les consé­quences d’une éventuelle dissolution. La confrérie vient de se reconstituer en associa­tion et sera donc censée respecter les codes d’une ONG, à savoir l’interdiction d’exercer la politique et la soumission à un contrôle finan­cier.

Il ne sera plus question de parler d’un guide suprême, mais plutôt d’un directeur d’associa­tion. Il s’agit certes d’un coup dur pour les Frères, car ce changement dans leur mode de fonctionnement va toucher à leur réputation. En Egypte, comme ailleurs où les Frères sont implantés, hiérarchie est le mot d’ordre.

La confrérie est composée de plusieurs branches, avec des noms différents, qui jouent sur plusieurs tableaux se rapportant de près ou de loin à la politique. Avec ce changement de statut, la confrérie aura sans doute quelques difficultés à remplir ce rôle. Il serait cependant naïf de croire que les Frères vont disparaître de la scène. C’est ce que pense le politologue Yousry Al-Azabawi du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. « Il ne faut s’attendre à aucun changement : Que les Frères musulmans portent le logo d’un parti, d’une association, d’une confrérie ou que sais-je encore, cela n’aura aucune influence sur leur rôle politique. Au contraire, ils vont s’implanter de plus en plus dans la vie sociale et politique. Quant aux lois qui les gèrent, ils savent très bien comment les trans­former de manière à servir leurs intérêts ».

Officiellement, c’est au bras politique des Frères, le Parti Liberté et Justice (PLJ), que reviendra l’action politique. C’est sous cette bannière qu’ont été élus la moitié des députés de l’Assemblée nationale actuellement dis­soute. Les membres de ce parti ont constitué la grande majorité de l’assemblée consti­tuante qui a rédigé la Constitution en décembre dernier. C’est également sous cette bannière que le président Morsi a été élu à la présidence, bien que les Frères aient affirmé quelques mois auparavant qu’ils ne voulaient pas présenter de candidats à la présidence pour ne pas « tout rafler » et rassurer le peuple égyptien quant à leur volonté de parta­ger.

Pour le politologue Emad Gad, « le Parti Liberté et justice n’est au fond rien qu’un canal officiel à travers lequel la confrérie exerce la politique. Mais nous savons tous très bien que c’est bien la confrérie en tant qu’organisation qui exerce la politique, et ce, depuis de longues années ». Et d’ajouter : « Le vrai problème c’est que dès le début, on n’a pas réglé la question de l’illégalité de cette organisation ».

Pour les membres de la confrérie, la diffé­rence entre le Parti Liberté et justice qui exerce la politique et l’association des Frères musulmans est évidente. Ainsi, Gamal Hechmat, cadre de la confrérie, précise : « Il est évident qu’après la création de l’associa­tion, la confrérie n’existe plus. Le Parti Liberté et justice est un parti politique qui se charge principalement des affaires politiques, comme tout autre parti. Quant à l’association des Frères musulmans, elle se charge d’acti­vités purement sociales, culturelles et de pré­dication ». Et d’ajouter : « Même si la justice décide de dissoudre la confrérie, le procès n’aura aucun effet après la création de la nouvelle association ».

Une idéologie fortement enracinée

Depuis 1928, date de création de la confré­rie des Frères musulmans, les règles sont inchangées. L’ascension de ces hommes qui occupent aujourd’hui le sommet du pouvoir est due à une idéologie fortement enracinée dans l’esprit des membres de ce mouvement. Même si leurs activités avaient un caractère caritatif, leurs objectifs ont toujours été poli­tiques. Ils ont réussi, à travers les oeuvres de charité, à former une large base populaire.

Pour Al-Azabawi, les ambitions politiques des Frères n’ont pas changé. Selon lui, leur idéologie depuis la fondation de la confrérie par Hassan Al-Banna a toujours consisté à mêler la politique à la religion. « Les Frères d’aujourd’hui ont gardé de leur maître Al-Banna non seulement le caractère clan­destin de leur organisation, mais aussi cette profonde volonté d’exercer la politique tout en manipulant la religion pour atteindre leurs buts », dit-il. Et d’ajouter : « Les Frères d’au­jourd’hui suivent plutôt l’idéologie de Sayed Qotb ».

La doctrine de Qotb dans les années 1960 est différente de celle de Hassan Al-Banna, attaché, lui, à une islamisation progressive de la société. Qotb préconisait, lui, le recours à la manière forte face au pouvoir jugé impie. Ce courant plus radical est celui qui domine au sein de cette mouvance aujourd’hui selon les spécialistes. « Que les Frères se cachent derrière une asso­ciation ou une confrérie, l’essentiel pour eux est de ne pas s’éloigner de la politique. Un principe qui leur a été inculqué et auquel ils tiendront toujours », conclut Gad.




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