Semaine du 13 au 19 février 2013 - Numéro 961
11 février: Une politique plutôt terne à l’étranger
SamarAl-Gamal13-02-2013
 
  Morsi s'est peu démarqué de son prédécesseur en politique étrangère. Même si des visites symboliques ont été organisées en Iran, au Soudan et en Algérie, les pierres angulaires restent Washington et Tel-Aviv.

En décembre, l’article 1 de la Constitution, définissant à son habitude les grandes lignes de la politique étrangère de l’Egypte, a été modifié. L’ancien texte marquait l’appartenance du peuple égyptien à « la nation arabe », tout en oeuvrant « pour réaliser son unité totale ». Ainsi, le texte soulignait l’intégration de l’Egypte au monde arabe. Le nouveau texte précise un peu plus l’aire géographique dans laquelle s’ancre l’Egypte : «peuple égyptien fait partie de la nation arabe et islamique », insistant sur « son appartenance au bassin du Nil, au continent africain et à leurs couloirs asiatiques ».

Pour le professeur de sciences politiques, Névine Mossad, cette « extension » témoigne d’une « absence de politique étrangère » chez Mohamad Morsi. Celle-ci est vague et laisse toute interprétation possible. Le professeur appuie cet argument en opposant le nouveau président à ses prédécesseurs. Ainsi Nasser basait sa politique extérieure en tenant compte de cercles de priorités, à savoir l’aire géographique arabe, africaine et enfin internationale. Moubarak, lui, n’a jamais caché ses priorités derrière des « couloirs ». Ses priorités étaient une relation étroite avec les Etats-Unis, un intermédiaire entre Israéliens et Palestiniens, un partenaire de pays du Golfe.

Frontières floues

Cette redéfinition de l’article numéro 1 contraste avec le fait que l’arrivée au pouvoir de Morsi ne semble pas avoir apporté de grands bouleversements en termes de politique étrangère. Pour la politologue, « Washington reste la clé de cette politique, dont les relations militaires et la sécurité d’Israël demeurent la pierre angulaire ». Pour preuve : l’achat de F16 et une trêve israélo-palestinienne parrainée en personne par Morsi.

Pour les analystes, même ses récents voyages, notamment en Arabie saoudite et en Iran, respectivement les deux plus grands pays de l’islam sunnite et chiite, n’expriment pas de nouvelle orientation dans les relations étrangères du Caire.

Dans le premier — à savoir l’Iran — le président a plutôt effectué une visite de protocole liée à la passation de la présidence du Mouvement des non-alignés de l’Egypte à l’Iran. Pour le président du centre Orient pour les études régionales, Moustapha Al-Labbad, les relations avec l’Iran conduisent à une impasse pour l’Egypte. « Certes, les relations avec Téhéran semblent s’améliorer, mais celles-ci sont plombées par des raisons internes et externes pour l’Egypte », explique-t-il, arguant qu’à l’intérieur, certains partis influents tels que les salafistes « mènent une pression sur Morsi » pour couper court à tout rapprochement, et qu’à l’extérieur, l’alliance avec la Turquie et le Qatar l’empêche d’entériner une véritable alliance.

Pour sa deuxième visite à l’étranger, à savoir l’Arabie saoudite, « Morsi s’y est rendu car c’est un pays d’aide financière et accueille une main-d’oeuvre égyptienne », explique Mossad. Pour elle, cette visite est une poursuite de la stratégie de politique étrangère de Moubarak.

Trouver son identité

La Turquie, qui a cessé d’être alliée de poids pour les Frères, ne bénéfice pas d’une approche différente. Le président s’est rendu à Ankara, pour une seule journée, afin de participer à la conférence du parti au pouvoir. La seule démarcation de Morsi avec la politique de Moubarak était le rapprochement avec le Soudan et l’Algérie, mais pour des raisons purement économiques. En effet, l’ouverture sur les pays du bassin du Nil a été enregistrée par le ministère des Affaires étrangers sous le règne du Conseil militaire.

Qu’il s’agisse des pays arabes ou de l’Europe, Morsi ne semble pas tenir de ligne rouge en termes de politique étrangère. Moustapha Al-Labbad croit que « Morsi aurait pu être plus ouvert, s’il était traité comme un chef d’Etat et non en tant que cadre d’une confrérie. A l’heure actuelle, sa politique n’a pas de sens et ne bénéficie d’aucun consensus national ». Les analystes font même allusion à une politique penchée vers l’« extrémisme » et la défense de ses propres intérêts, citant la demande formulée auprès de Barack Obama de libérer Omar Abdel-Rahman, accusé d’être impliqué dans l’attaque des deux tours.




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