Semaine du 30 janvier au 5 février 2013 - Numéro 959
Contestations: Les militaires sont de retour
  La présence de l’armée dans le rues égyptiennes et donc sur la scène politique pose beaucoup d’interrogations sur les raisons et significations de cet appel.
Les rues
Pendant 30 jours, l'armée serait chargée de protéger les institutions publiques dans les gouvernorats du Canal. (Photo: Mohamad Kamal)
Chaïmaa Abdel-Hamid30-01-2013

Une fois de plus, après la révolution de janvier 2011, les militaires et les blindés ont fait leur apparition dans les rues de certains gouverno­rats égyptiens. Au cours de la semaine dernière et à cause de graves violences dans les gouver­norats du Canal de Suez, l’armée égyptienne s’y est déployée « pour rétablir le calme et protéger les établissements publics ». Ainsi, reviennent à l’esprit les scènes des premiers jours de la révo­lution lorsque l’armée s’était déployée dans tout le pays le 28 janvier 2011 après le retrait total de la police. Revoir de telles scènes impose des interrogations quant au sens à donner à la pré­sence des militaires dans les rues, même si cette présence est limitée à certains gouvernorats seulement. Les conditions sont-elles semblables à celles qui prévalaient il y a deux ans ?

Même si les chefs militaires ont insisté sur le fait que leur déploiement consiste uniquement « à rétablir le calme et protéger les établisse­ments publics », les citoyens s’interrogent. Déjà au lendemain de leur descente, le président Morsi a décrété l’état d’urgence et le couvre-feu dans trois provinces en Egypte. Le gouverne­ment a, en outre, approuvé un projet de loi autorisant au président de la République à demander à l’armée de participer au maintien de l’ordre jusqu’à la fin des législatives prévues dans les pro­chains mois et « chaque fois que le président de la République le demandera ». En plus, le Conseil consultatif (Chambre haute du Parlement) vient de fournir le droit d’arrestation à l’armée.

Selon les experts sécuritaires, la présence de l’armée dans un pays marque une exception et un danger dus à l’instabilité et l’insécurité. C’est d’ailleurs ce qu’affirme l’expert sécuritaire Mahmoud Katari qui assure : « La seule signification du retour de l’armée est une situation de danger et de révolution. Elle signifie aussi que les forces de police n’arrivent toujours pas à se remettre de leur chute lors du soulèvement de janvier 2011. Elles sont toujours incapables d’assumer leur rôle de maintien de l’ordre ». Facile à croire, mais certains n’hésitent pas à penser à un coup d’Etat imminent. « C’est facile de croire à cela, mais il faut reconnaître que c’est bien difficile d’en parler en ces moments. Pour résoudre cette crise, on a besoin d’une solution plutôt politique que militaire », ajoute Katari.

C’est dans le cadre des violences dans les gouvernorats de Port-Saïd et de Suez que l’armée a refait son apparition dans les rues égyptiennes. Ainsi à Port-Saïd, les soldats se sont déployés pour protéger une centrale électrique, la prison, une station de pompage d’eau, des locaux de banques, ainsi que les bâtiments de l’administration du canal et du port, entre autres. La veille, 30 personnes, dont deux policiers, ont été tuées et plus de 300 blessés à Port-Saïd, dans des violences qui se sont produites après que des proches des personnes condamnées à la peine capitale eurent tenté d’envahir la prison dans laquelle se trou­vaient ces dernières.

A Suez aussi, à l’extrémité sud du canal, des soldats sont arri­vés dès vendredi dernier, où au moins 8 personnes sont mortes après des affrontements entre policiers et manifestants lors des manifestations marquant le deuxième anniversaire du début de la révolution égyptienne. « Nous avons demandé aux forces armées d’envoyer des renforts à Suez jusqu’à ce que nous ayons passé cette période difficile », a annoncé à la télévision Adel Refaat, responsable de la Sécurité publique à Suez. Mais tou­jours dans le cadre de souligner leur écart, les militaires ont tenu à distribuer des brochures aux habitants leur expliquant que leur présence est temporaire et répond à un besoin de sécurité. Ainsi, l’armée égyptienne renforce la protection du Canal de Suez. Les « mesures pour sécuriser la navigation » ont ainsi été renfor­cées. « Cette décision vise à répondre à toute situation d’ur­gence et à faire face à tout acte qui pourrait menacer la naviga­tion sur le Canal », a expliqué une source militaire.

Ce n’est pas tout, selon le porte-parole des forces armées, le colonel Ahmad Mohamad Ali, des unités militaires ont été aussi déployées en ban­lieue du Caire à titre préventif, à la veille du 25 janvier, date de l’anniversaire de la révo­lution égyptienne. « La présence de plu­sieurs unités militaires déployées sur les autoroutes menant vers Le Caire est pure­ment symbolique : elles se trouvent en ban­lieue de la capitale égyptienne à titre de mesure de précaution ordinaire », a déclaré Ali, cité par le site Internet des forces armées.

Assaillants inconnus

C’est bien la faillite policière qui est le premier accusé de cette intervention mili­taire. D’après des témoins, des assaillants inconnus ont ouvert le feu en direction de la police qui a riposté avec du gaz lacrymo­gène. Quatre postes de police ont été pris d’assaut et des tirs nourris se faisaient entendre, le ministère de l’Intérieur a indi­qué que ses forces faisaient face à « des affrontements violents et sanglants » à Port-Saïd, affirmant que la prison et le tri­bunal étaient visés par des tirs à l’arme automatique.

Comme l’explique l’expert militaire le général Sameh Seif Al-Yazal, la présence de l’armée dans ces gouvernorats provient suite à une faiblesse de l’appareil de la Sécurité nationale. « L’armée n’aurait pas voulu intervenir de nouveau dans la rue égyptienne. Elle le fait malgré elle. Sa première expérience a levé un vent de colère qu’elle ne veut pas revoir », assure-t-il. Et d’ajouter : « La faiblesse de la police a fait que ce sont les gouverneurs eux-mêmes qui ont appelé à une intervention mili­taire ».

Pour Katari, il s’agit d’une grave erreur : « Les responsables se sont habitués à recourir à l’armée en cas de crise, quelle qu’elle soit. Mais en fait, la descente de cette armée a de graves répercussions, car ces militaires ne sont pas habitués à entrer en contact avec les civils. Ils ont depuis toujours été entraînés à faire face à des ennemis et à utiliser la force. Si c’est le cas, ils se retrouveront de nouveau rejetés par les citoyens, comme cela a été le cas quand le Conseil militaire était à la tête du pays ».

Qu’elle le veuille ou non, la charge de l’armée s’est alourdie surtout suite à la décision du président Morsi de décréter l’état d’urgence et le couvre-feu dans ces gouvernorats du Canal pen­dant 30 jours. Il faut maintenant voir ce qui en résultera.



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