Semaine du 30 janvier au 5 février 2013 - Numéro 959
Contestations: 3 km pour défendre la démocratie
  De Madinet Nasr à Ittihadiya, une marche était organisée pour dénoncer le régime. Peu suivie, elle reste une illustration des manifestations du 25 janvier et des violences survenues en marge de ces protestations pacifiques.
La démocratie
Des jeunes tentant de dépasser les barbelés ont fait dégrader la situation. (Photo: AP)
Chérine Abdel-Azim30-01-2013

La date ? Vendredi 25 janvier 2013. L’horaire du rassemblement ? 13h, après la prière du vendredi. Le lieu ? La mosquée de Rabea Al-Adawiya à Madinet Nasr. L’objectif ? Une marche jusqu’au palais présidentiel d’Ittihadiya à Héliopolis. La raison ? Dénoncer le régime de Mohamad Morsi. Il est midi et demi, soit une demi-heure avant l’heure prévue pour le rassemblement. La place est déjà bloquée par les voitures garées en deuxième et troisième files. Des jeunes levant le drapeau du mouvement du 6 Avril attendent devant la mosquée, sans cris, la fin de la prière du vendredi. Un silence interrompu seulement par les klaxons des voitures. Certains chauffeurs, en passant, affichent leurs soutiens aux manifestants. L’un se permet même de faire le « V » de la victoire.

Héba a 40 ans. Elle est voilée et appartient au Parti des Egyptiens libres. Elle patiente jusqu’à la fin de la prière. Entourée par d’autres activistes des partis d’Al-Dostour, du mouvement du 6 Avril et d’autres du Mouvement populaire, elle crie de sa voix aiguë : « C’est fini du pacifisme ... on veut les affronter ».

Les personnes à ses côtés sont tous membres du Front national du salut, par ailleurs, à l’origine de cette marche. Des hommes essaient de la convaincre de changer l’itinéraire de la marche, car certaines rumeurs courent que les Frères musulmans se regroupent près de la mosquée d’Al-Rahma pour les attaquer. Elle ne bat pas d’un cil. « C’est très bien, c’est ce qu’on veut ! », s’écrie Héba, furieuse contre les milices des Frères depuis les attaques d’Al-Ittihadiya en décembre dernier.

Elle hurle, avec une détermination presque guerrière : « On ne va pas changer d’itinéraire, celui qui a le courage de m’accompagner, qu’il m’accompagne ! Celui qui a peur des Frères musulmans, qu’il reste chez lui ! ». Sans hésitation, des masses de citoyens n’appartenant à aucun parti se rassemblent autour d’elle. Ils sont prêts à marcher sur ses pas. « On est là pour récupérer notre liberté. Nous avons lutté pour vivre libres et non pas en esclaves », crie un homme de 50 ans. Finalement, il est décidé que la marche se divise en deux. Certains, comme le mouvement du 6 Avril, changent de chemin pour ne pas affronter les partisans de M. Morsi.

Dès que la prière s’est terminée, les cris commencent à s’élever devant la mosquée : « A bas, à bas, le régime du guide suprême de la confrérie ! », « Vive la chute des chiens qui suivent le guide ! ». Des gens stationnent sur le trottoir. A l’intérieur, la mosquée est pleine de fidèles, parmi lesquels des partisans du président. Ils ont entendu les insultes mais n’ont pas osé répondre. « Ils n’ont pas reçu l’ordre de réagir », se moque l’un des manifestants en passant. La marche se lance, malgré tout. Après quelques mètres, les groupes du 6 Avril qui avaient quitté la marche décident finalement de la rejoindre. Hommes, femmes et enfants : tous brandissent le drapeau égyptien, les photos des martyrs qui sont tombés sous Mohamad Morsi et des panneaux de toutes sortes où est écrit : « Al- Azhar est une ligne rouge », « Le Sinaï pour les Egyptiens, pas pour Hamas », « Va-t’en, tu ne comprends pas ? » et, bien sûr, le fameux « Pain, liberté et égalité sociale ».

A la porte du palais

Vers 14h, les manifestants arrivent en face de la mosquée Al-Rahma où les attendent des Frères musulmans. Mais toujours aucune réaction. Tout au long du chemin, des femmes et des hommes sortent dans leurs balcons crier leur soutien aux révolutionnaires. Les manifestants leur répondent : « Descendez, venez avec nous ! La liberté est pour tous ! », crie une femme dans la soixantaine.

Après plus d’une heure et demie, la marche arrive à proximité du palais présidentiel. Des centaines de policiers entourent la résidence, mais rien n’est bloqué : le chemin est ouvert devant les manifestants. Au maximum, les nouveaux arrivés doivent être 3 000. « Où sont les gens ? », lance Héba, désespérée. « La plupart se sont dirigés vers la place Tahrir », répond un jeune policier. Des discussions commencent alors entre les forces de l’ordre et des manifestants. Selon ces derniers, la crise est entre le peuple et le régime, la police n’a rien à voir là-dedans ! De temps à autre, des groupes continuent d’arriver, mais leur nombre ne dépasse pas le millier. Des slogans contre les Frères et le régime retentissent. Ils espèrent ainsi se faire entendre à l’intérieur du palais.

Vers 17h, la scène change radicalement de visage. Un groupe de quelques dizaines de personnes arrive sur la place et commence à détruire les barbelés pour tenter, comme ils le disent, de rentrer dans le palais. Les manifestants, ne voulant pas aggraver les choses, tentent de les empêcher, mais en vain. La situation se dégrade. La police commence à lancer des bombes lacrymogènes et à donner des coups de matraques. Le petit groupe jette alors des cocktails molotov. Les jeunes révolutionnaires décident de se retirer afin que la police puisse arrêter ce groupe violent. Qui sont donc ces groupes ? La question reste en suspens. Après une demi-heure, ils avaient disparu et les manifestants prenaient la direction de Tahrir.




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