Semaine du 26 décembre 2012 au 1er janvier 2013 - Numéro 954
Ahmad Saïd : « La préhistoire est méconnue en Egypte »
  3 questions à Ahmad Saïd, organisateur de la Conférence arabe sur la préhistoire, tenue cette semaine à la faculté d’archéologie de l’Université du Caire.
Ahmed Said
Pointe de flèche fabriquée en verre libyque au désert Blanc en Egypte.
Doaa Elhami26-12-2012

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi une conférence sur la préhistoire ?

Ahmad Saïd : C’est d’abord personnel. Le sujet de ma thèse traite de cette époque lointaine. L’autre raison est qu’il y a un nombre astronomique de spécialistes de la préhistoire dans les pays arabes. Pendant la conférence, près d’une quarantaine d’exposés ont été présentés par des spécialistes de toutes nationalités arabes, de la Syrie au Yémen, du Maghreb à la Mauritanie, en passant par l’Egypte et le Soudan … Sans oublier certains préhistoriens européens, chefs de nombreuses missions en place dans ces mêmes pays. C’était l’occasion pour ces experts d’échanger leurs expériences et de connaître les derniers travaux en matière de préhistoire. Autre point important : nous voulons réfléchir ensemble à la protection des sites préhistoriques, notamment face à l’expansion démographique. Nous espérons aussi encourager les collaborations mutuelles entre pays arabes dans 3 domaines, à savoir les études, les recherches scientifiques et les fouilles archéologiques.

— Parlons de l’Egypte. Pensez-vous que la préhistoire représente un domaine encore méconnu du grand public ?

— Absolument ! Et paradoxalement, cette période est la plus longue de l’Histoire humaine. Les dernières traces de la préhistoire en Egypte remontent à 3000 av. J.-C. C’est l’époque de la première dynastie, qui débouchera sur 3 millénaires d’institutions pharaoniques. Mais les débuts de la sédentarisation de l’homme en Egypte remontent à 8 000 ans, c’est-à-dire à l’an 5000 av. J.-C. Evidemment, on peut aller plus loin encore. Les premières traces de civilisation humaine datent de 50 000 ans avant notre ère, pendant le paléolithique (ndlr : première plus longue période de la préhistoire, qui s’achève aux environs de 10 000 ans av. J.-C.). Dans le monde arabe on a trouvé une multitude d’indices sur l’utilisation des outils, la manière dont les gens vivaient à l’époque, leur évolution et leur pratique des arts. La conférence revient sur cette histoire très riche, et surtout, elle met en évidence les dernières trouvailles datant de la préhistoire.

— Quelles sont ces trouvailles en Egypte ?

— La dernière décennie a connu 2 découvertes majeures, à Nabta Playa, dans le désert Nubien, et au nord du lac Qaroun, dans le gouvernorat du Fayoum. Arrêtons-nous d’abord à Nabta Playa. Une mission américaine a révélé, entre 2006 et 2010, l’existence de communautés humaines au paléolithique moyen (300 000/30 000 av. J.-C.). Et ce, grâce à la trouvaille de plusieurs outils lithiques et d’une horloge solaire. C’est la plus récente découverte préhistorique en Egypte. Quant au site du Fayoum, il a été découvert par une mission purement égyptienne guidée par Khaled Saad et financée par la région de 2008 à 2010. Il remonte à 40 000 ans avant notre ère. Plusieurs preuves préhistoriques y ont été ressorties du sable, des pointes de flèches, des pilons à broyer les aromates, des abris … Je me suis rendu à plusieurs reprises sur le chantier et j’ai participé à l'école des fouilles. Sur place, on formait alors de jeunes archéologues aux nouvelles techniques de fouilles. J’espère aujourd’hui que ces jeunes passionnés transmettront ce savoir partout où ils iront gratter la terre.


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